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Moyen Orient et Monde

Comment l’Ordre de Malte a dû calmer le jeu avec le pape François

Éclairage / Vatican

La décision du souverain pontife d'écarter le grand maître et le cardinal Burke, délégué du pape auprès de l'Ordre, a créé des remous au sein de l'Église.

13/02/2017

Ce qui se passe au Vatican ne reste plus au Vatican désormais. Les échos de la discorde relative à la restructuration du gouvernement de l'Ordre de Malte se sont répandus dans la capitale italienne.

Des affiches critiquant ouvertement les actions du souverain pontife, à qui il est reproché d'avoir « décapité l'Ordre de Malte », ont été placardées la semaine dernière dans les rues de Rome. « Mais où est ta miséricorde ? » pouvait-on lire sur celles-ci, avec un objectif assez clair : rallier l'opinion publique et faire reculer le pape François, qui a pris la décision d'écarter le grand maître de l'Ordre et le cardinal Burke, délégué du pape auprès de l'Ordre. En cause: la pression que ces derniers auraient exercée pour pousser le grand chancelier (ministre des Affaires étrangères) Albrecht von Boeselager à la démission, tout comme leur tentative de faire opposition aux réformes engagées par le souverain pontife. Le Saint-Père a tranché en réhabilitant M. Von Boeselager et en congédiant les réfractaires. Mais son intervention a suscité de nombreuses critiques, l'organisation revendiquant sa souveraineté et sa connexion simplement spirituelle au Vatican. « Il s'agit d'une organisation catholique, le pape possède donc un droit de regard », estime François Mabille, membre du goupe Sociétés, Religions, Laïcités (GRSL-CNRS), interrogé par L'Orient-Le Jour. Plusieurs grands maîtres ont d'ailleurs déjà été nommés par des papes.

Ce n'est pas la première fois que le pape François livre une bataille politique contre les forces conservatrices au sein de l'Église. Et ce n'est probablement pas la dernière, même si le souverain pontife cherche à ne pas envenimer la situation. Sans faire allusion aux affiches, il a vivement déploré hier l'usage banalisé des « injures ». « Nous sommes habitués à insulter, c'est comme dire bonjour, mais qui insulte un frère tue ce frère dans son cœur », a-t-il déclaré sur la place Saint-Pierre en intimant aux fidèles d'éviter les injures.

L'Ordre de Malte essaye de son côté de calmer le jeu, réaffirmant sa fidélité au pape et s'engageant « au renouveau spirituel et moral, en particulier des membres de l'Ordre ». Ce volontarisme augure une meilleure relation entre les deux institutions. L'organisation « risque d'être moins tentée par une contestation virulente », analyse pour L'OLJ Bernard Lecomte, spécialiste du Vatican, et pourrait en filigrane tendre vers une ligne plus progressiste. Le pape a d'ailleurs nommé l'un de ses plus proches collaborateurs, Mgr Becciu, pour envisager une réforme constitutionnelle de l'Ordre et ainsi mener une action de long terme avec le Vatican. L'apaisement des tensions entre l'Ordre et le Vatican n'a toutefois pas empêché la formation d'un groupe contestataire. « C'est un groupe qui résiste au pape, se situant entre les tenants d'un rappel à la doctrine et ceux ayant une approche sacrée de la pastorale », explique François Mabille. L'approche contestataire est novatrice sur le fond et la forme. En collant de nombreuses affiches dans les rues de Rome, ce groupe a pour ambition de se faire entendre par le plus grand nombre et surtout d'indigner les fidèles à leur tour. Cependant, la campagne restant anonyme, son impact reste limité d'autant plus que la mairie de Rome a jugé ces affiches illégales.

 

Sa manière dérange
Le dénouement de cette affaire représente une nouvelle étape dans les réformes de l'Église, entamées depuis le début du mandat du pape François. D'une part, elle accentue la volonté de François de promouvoir une Église pauvre, en phase avec la réalité des fidèles. L'Ordre de Malte est au contraire une communauté qui n'hésite pas à arborer des signes ostentatoires de richesse. D'autre part, elle accroît la méfiance du souverain pontife envers le fonctionnement de sa propre institution et des membres qui la composent. Considérant l'opposition permanente du cardinal Burke à son supérieur hiérarchique, la volonté du pape de créer un lien direct entre les évêques et lui, sans passer par la curie romaine, prend tout son sens.

Le pape François n'est pas le premier à acter des réformes d'ampleur, mais sa manière de procéder dérange une partie des conservateurs. Il se revendique clairement de la ligne de Paul VI et du concile Vatican II de 1965, qui avaient pour vocation d'ouvrir l'Église au monde moderne. Dans cette approche, le pape François n'a pas hésité à évoquer prioritairement les enjeux du monde contemporain en décriant les impacts dus aux changements climatiques ou encore les controverses liées à la finance. Il s'est d'ailleurs récemment attaqué aux vices financiers du Vatican en réduisant le conseil d'administration à une réunion purement laïque. Les cardinaux surveillant la banque du Vatican n'ont désormais plus le droit d'assister à ces réunions afin d'éviter tout conflit d'intérêts. Les questions purement dogmatiques, telles que la communion des divorcés-remariés, restent, quant à elles, en arrière-plan, au grand dam d'une minorité s'indignant face à l'abstraction dont fait preuve le souverain pontife sur ces enjeux.

Il n'en reste pas moins que ce nouvel épisode vient rappeler, notamment à ceux, de plus en plus nombreux, qui seraient tentés de l'oublier, une réalité certaine : François est assurément l'un des papes les plus politiques de l'histoire moderne.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Enfin un pape Homme !

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