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Moyen Orient et Monde

Les « diplômés chômeurs » aux avant-postes de la mobilisation en Tunisie

Conférence

Des universitaires ont présenté une radiographie de l'activisme au pays berceau du printemps arabe, lors d'un colloque organisé par l'Institut Issam Farès à Beyrouth.

06/02/2017

Suite à la révolution tunisienne de 2011, l'activisme politique et social en Tunisie a connu un renouveau, poussé par une fracture économique persistante. C'était le thème d'une conférence organisée jeudi dernier par l'Institut Issam Farès de l'Université américaine de Beyrouth, dans le cadre d'un colloque portant sur la justice sociale dans le monde arabe depuis 2010.
Les jeunes diplômés de l'enseignement supérieur, nombreux à être au chômage, sont le fer de lance des mobilisations contestataires dans le pays. Ils votent plus, s'engagent davantage et participent nettement plus aux manifestations que les autres franges de la population, selon une étude d'Helen Milner, Amaney Jamal et Chantal Berman, de l'Université de Princeton (États-Unis). La jeune génération éduquée, mais incapable de s'insérer dans le monde du travail, ne s'est pas reconnue dans les partis et syndicats traditionnels. Elle a fondé son propre syndicat en 2006, l'Union des diplômés chômeurs. Il a connu un succès fulgurant qui lui a permis de compter 16 000 membres depuis 2011.

Une mobilisation peu efficace
Cette mobilisation n'a toutefois pas porté ses fruits en termes de résultats politiques. Tandis que les actions locales sont foisonnantes, la coordination au niveau national et les liens avec les acteurs politiques installés sont encore peu efficaces. « Il y a un dialogue social au sujet du chômage, mais les sans-emploi n'y ont pas réellement accès », souligne Irene Weipert-Fenner, de l'Institut de recherche pour la paix de Francfort (Allemagne), qui a travaillé avec Samiha Hamdi, de l'Université de Sfax (Tunisie), sur l'activisme des sans-emploi tunisiens. « Il y a un manque d'attention et une opinion de la société de plus en plus négative à l'égard des manifestations. Cela amène à l'utilisation de moyens de protestation de plus en plus perturbateurs et spectaculaires », souligne Mme Weipert-Fenner.
Les deux chercheuses ont particulièrement étudié le bassin minier de Gafsa (centre-ouest de la Tunisie), dans lequel les activistes n'hésitent pas à bloquer les rues ou à se mettre en grève de la faim. La rupture est franche avec les autres marginalisés, chômeurs et travailleurs du secteur informel. Ces derniers s'engagent peu en politique, et quand ils le font, « ils votent plus pour des partis symbolisant l'ancien régime, en particulier Nidaa Tounès », rappelle Chantal Berman. Un choix électoral qu'ils ont en commun avec les travailleurs du service public, à l'autre extrémité d'une société tunisienne très fracturée.

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