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Moyen Orient et Monde

Polémique autour de la première opération signée Trump au Yémen

Éclairage

Le raid des forces spéciales américaines lancé dimanche contre des positions d'AQPA, à al-Baïda, a fait de nombreux dommages collatéraux.

03/02/2017

Fiasco, incompétence du nouveau président américain Donald Trump, leçon pour ses conseillers militaires ou bien poursuite d'une stratégie militaire au Yémen lancée par son prédécesseur, reconnue pourtant comme infructueuse, favorisant le terrorisme à défaut de l'anéantir ?

La première opération antiterroriste autorisée par M. Trump et menée un peu plus d'une semaine après sa prise de fonctions, faisant suite aux promesses du nouveau président américain d'intensifier la lutte contre le « radicalisme islamique », n'a toutefois pas fonctionné comme prévu. Le raid des forces spéciales américaines lancé dimanche contre des positions d'AQPA (el-Qaëda dans la péninsule Arabique) à al-Baïda, dans le centre du Yémen, a fait de nombreux dommages collatéraux.

Selon l'International Crisis Group (ICG), cette opération a tué « de nombreux civils, dont au moins 10 femmes et enfants ». Après l'opération, dans laquelle un soldat américain a trouvé la mort, une source yéménite avait avancé un bilan de 41 membres d'el-Qaëda tués, ainsi que huit femmes et huit enfants. Mercredi, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom) a estimé « probable » le fait que des victimes civiles soient à dénombrer, prises dans des tirs d'avions ou d'hélicoptères appelés à la rescousse des soldats américains se battant à terre. Les soldats américains, censés surprendre les combattants d'el-Qaëda dans un raid éclair, se sont retrouvés « visés de toutes parts, y compris depuis des maisons et des bâtiments environnants », a indiqué le Centcom.

 

(Lire aussi : Trump, l’Iran et la stabilité au Moyen-Orient)

 

Seul responsable
Pour certains hauts militaires américains cités par Reuters, M. Trump est le responsable de cet échec. Des officiels de l'armée américaine ont déclaré à Reuters sous le sceau de l'anonymat que Donald Trump a donné son feu vert à cette opération, la première du genre depuis son arrivée à la Maison-Blanche, sans renseignements suffisants, soutien au sol ou préparatifs adéquats.

L'opération commando avait pour but de recueillir du renseignement, notamment en saisissant ordinateurs et appareils électroniques, sur l'organisation, considérée par les Américains comme la branche la plus dangereuse du réseau extrémiste. C'est dans un contexte chaotique de guerre civile, entre offensives des rebelles houthis soutenus par l'Iran et opérations d'une coalition dirigée par l'Arabie saoudite, que de nouvelles menaces ont germé. AQPA et l'État islamique ont rapidement étendu leur emprise. Dans un rapport intitulé « El-Qaëda au Yémen: une base en expansion », publié hier, l'ICG estime la branche yéménite du groupe terroriste « plus forte que jamais ». L'étude indique que malgré les revers subis par l'organisation, celle-ci « prospère dans un environnement d'effondrement de l'État, de sectarisme (religieux) croissant, de changements d'alliances, de vides sécuritaires et de guerre économique grandissante ».

L'ICG pointe notamment du doigt le fait que l'administration Trump ait lancé le raid sans prendre en considération ce « contexte local » qui a entraîné de nombreuses pertes civiles. Cela « ne présage rien de bon » dans les efforts pour « contrer intelligemment et efficacement l'AQPA », juge le rapport. La portée de telles frappes ciblées ne ferait que renforcer le jeu d'el-Qaëda qui affirme « défendre les musulmans contre l'Occident ». Jusqu'à l'opération militaire de dimanche dernier, les Américains s'étaient contentés de mener des attaques de drones contre les jihadistes d'el-Qaëda dans le Sud. Plusieurs hauts cadres du groupe avaient ainsi été éliminés. En 2015, l'ONU avait déjà épinglé l'administration précédente dans un constat accablant: les décès de civils tués par des frappes de drones dépassent largement ceux survenus dans le cadre d'attaques terroristes menées par el-Qaëda. De telles attaques aveugles se sont pourtant répétées, faisant fi des appels des experts et des activistes depuis 2012, évoquant la propagation d'un sentiment antiaméricain, terreau fertile favorisant la montée du terrorisme.

 

 

(Lire aussi : Trump, l’Iran et la stabilité au Moyen-Orient )

 

Nuit sans lune
En septembre dernier, le Centcom avait ainsi confirmé que 13 combattants présumés d'AQPA avaient été tués dans trois frappes aériennes menées en août et début septembre. Dans un discours bien rodé, le Centcom venait légitimer l'efficacité de tels raids aériens qui « mettent constamment la pression sur le réseau terroriste, et l'empêchent de préparer et de mener des attaques contre les ressortissants américains, notre nation et ses alliés ».

Avec cette dernière tentative en date et première autorisée par Donald Trump, le Pentagone s'est à nouveau exposé au feu des critiques. Selon ce dernier, l'opération était en préparation depuis longtemps, avec l'accord de la Maison-Blanche de Barack Obama. Le New York Times, dans un article publié mercredi intitulé « Raid in Yemen: Risky from the Start and Costly in the End », révèle que Barack Obama n'a pas autorisé l'opération parce que le Pentagone voulait perpétrer l'attaque lors d'une nuit sans lune, qui n'était pas prévue avant la fin de son mandat. Le Centcom évoque des « raisons opérationnelles » qui ont fait que le raid a eu lieu dimanche et non pas il y a deux semaines, quand le président Barack Obama était encore au pouvoir. La nouvelle administration Trump a hérité du dossier yéménite complexe et devra répondre de l'efficacité de ses manœuvres.

 

 

 

 

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Il ne pourra pas faire pire que cet ivrogne de bush.
Et surtout les américains se rendront compte très vite qu'ils ne desireront plus être les sacs de sable pour d'autres peuples.

Dussent ils être élus.

gaby sioufi

comme si une operation pareille n'avait pas ete etudiee,analysee preparee BIEN AVANT l'avenement de Trump
soyons quand meme serieux !

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