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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Notre vie a basculé le 13 juin 1987, quelque part en Syrie »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Tout était prêt. Nos passeports et les billets d'avion étaient soigneusement rangés. Dans deux jours, nous serions enfin tous les cinq en Allemagne, sur le point d'entamer une nouvelle étape de notre vie. Les enfants étaient surexcités...
Avant de quitter le Liban, je devais encore me rendre en Syrie pour récupérer des pièces de camion pour la compagnie pour laquelle je travaillais. J'avais prévu de me rendre au port de Lattaquié le samedi, pour vingt-quatre heures.
Je devais rentrer dimanche, mais lundi matin, à l'heure où nous devions prendre la route pour l'aéroport, je n'étais toujours pas rentré.
Mes proches étaient inquiets. Si j'allais manquer notre départ pour l'Allemagne, c'est qu'évidemment quelque chose de grave m'était arrivé. Ils n'ont pas tardé à savoir qu'effectivement, j'étais rentré en Syrie. Les registres tenus à la frontière libano-syrienne le montraient. Mais à partir de là, il n'y avait plus aucune trace de moi.
Notre vie a ainsi basculé le 13 juin 1987, quelque part en Syrie.
Après ma disparition, ma femme Dalal a complètement perdu pied. Submergée par le chagrin, elle n'a plus eu la force de continuer. Elle se sentait incapable d'élever seule nos trois enfants. Sept mois après ce funeste jour, elle est partie, laissant nos enfants, Abir (9 ans), Manal (8 ans) et Bahaa (5 ans) avec leurs grands-parents.
Au fil du temps, mes enfants se sont habitués à mon absence. Ils ont fini par faire leur vie. Jusqu'à aujourd'hui toutefois, ma fille aînée, Abir, vit avec un profond sentiment de culpabilité. Elle se reproche de mener sa vie confortablement, de rire et de faire la fête, alors que son père est peut-être toujours en vie, enfermé dans une cellule. Les larmes aux yeux, elle s'imagine me retrouver et me dire : « Je suis désolée de t'avoir laissé tomber. »
Mon nom est Khalil Abou Zéki. Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici.

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

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