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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

Le ballet chez nous est ridicule !

On ne badine pas avec le ballet classique.

Commençons par dire que si j'avais une énorme fortune, je lancerais tout de suite la construction d'une prestigieuse académie professionnelle digne de la magnifique et difficile discipline qu'est le ballet, au lieu de perdre mon temps à critiquer et à écrire ce billet. Mais puisque je n'ai pas encore ces moyens, je vais m'emparer du seul moyen que j'ai à présent ; l'écriture.
C'est arrivé aussi à Galilée... de vivre dans un monde où toutes les vérités que l'on enseignait étaient fausses, où l'on détenait la véritable vérité mais personne n'en voulait. Mais parfois, je me demande si on est ignorant parce que l'on veut rester ignorant ou parce que l'on ne sait pas que l'on est ignorant. En tout cas, les deux options sont dangereuses. Mais prétendre connaître la sagesse alors que l'on est ignorant demeure pire qu'ignorer le fait qu'on est ignorant.
Au Liban, on est ignorant en ce qui concerne le ballet en général, et le ballet classique en particulier. Quelle sorte d'ignorance? Je l'ignore! Et parce que l'on n'a aucune académie ni école de référence, tout est chaotique. À l'image de notre pays qui manque de père et de repère, où la figure de l'autorité et de l'État n'existe même pas, tout est désordonné allant de la micro à la macrostructure. Même notre système éducatif est devenu risible... pourquoi alors s'étonner du mauvais enseignement en danse quand ce même enseignement existe dans les écoles et les universités?
Dans mes billets précédents j'ai évoqué un problème majeur: on manque de culture classique au Liban. On pense qu'on connaît les grandes œuvres classiques en littérature, en musique, en danse, etc. Mais on ne sait rien. On est la victime de notre orgueil et de notre prétention intellectuelle et culturelle.
En ce qui concerne le ballet, les atrocités et les horribles techniques que les soi-disant enseignants communiquent à leurs élèves doivent cesser. Je m'adresse surtout aux écoles de danse et aux parents qui payent des fortunes sans savoir qu'ils sèment des graines dans un terrain stérile. Je me permets de critiquer le ballet parce que je connais mes compétences et j'ai vu celles des autres, que ce soit sur scène ou à travers les photos que les écoles de danse (surtout celles de Beyrouth et de ses alentours) diffusent fièrement sur les réseaux sociaux, des photos qui pourraient certainement semer la colère au sein des communautés artistiques en Europe ou en Amérique. Et parce que j'ai fait des études professionnelles poussées jusqu'au bout en ballet, je me permets de critiquer le ballet au Liban. À savoir que je ne critique pas les débutants: le vrai et le faux en danse sont facilement perçus pour ceux qui ont des yeux pour les voir. Quand on est débutant, ça se voit. Quand on est un danseur ignorant qui se considère professionnel, ou, pire, qui enseigne la danse, ça se voit aussi!
On ne peut pas se croiser les bras en contemplant le faux même si l'on est le seul à le savoir. Désormais, je ne peux plus me retenir ni voir les autres (parents et enseignants) approuver le «faux» parce qu'ils ne savent pas que c'est faux. Désormais, je ferai de la réforme des écoles de danse ma mission, et du stylo mon moyen. C'est qu'il est grand temps de distinguer le faux du vrai, le mauvais technicien du vrai danseur, le prétentieux chorégraphe du simple artiste, l'ignorant enseignant du bon pédagogue. Hélas le «faux» au Liban prend le devant de la scène et jouit même des applaudissements et des lumières, là où le «vrai» vit dans le silence, dans les coulisses ténébreuses, ou peut-être, il n'existe pas...
Désormais, je me lancerai dans une mission observatrice que je ne choisis pas. Le vrai m'oblige à déchirer le silence, à noircir les pages blanches, à pousser les gens à ouvrir grands leurs yeux fermés. Je suis obligée de critiquer les lâches ports de bras, les pointes non archées, les arabesques dont le pied en l'air est dirigé vers le bas, les positions qui ne font pas partie des cinq et uniques positions majeures, etc. Il est grand temps de sortir de la prétention de la connaissance. Et si personne ne veut montrer du bout du doigt ce «faux» qui est monstrueux et qui ronge l'un des rares domaines du pays, l'un des beaux domaines qui nous restent dans ce pays, moi je le ferai.
Alors je m'adresse aux écoles de danse au Liban: désormais, je citerai des noms d'école pour critiquer leur flagrant mauvais enseignement, non pas pour me créer des ennemis, au contraire, pour que les danseurs libanais puissent du moins avoir la chance d'apprendre correctement, et d'apprendre juste ce qui, depuis des années, a été mal appris ; et le mal appris finit par devenir un non-appris.
Non, je ne suis pas la police qui cherche à corriger la danse, « c'est une folie à nulle autre seconde/Que vouloir se mêler de corriger le monde » comme nous ont appris les classiques de Molière. Moi, en bonne danseuse, je voudrais simplement montrer, démontrer, découvrir et dénuder et le faux et le vrai pour que les parents ne soient pas trompés, pour que les écoles de danse méritent ce nom d'«école», pour que nous commencions à voir naître de vrais danseurs, surtout professionnels, modestes et curieux, et non pas des techniciens qui exécutent mal les pas et qui se prennent pour des Noureev et des Plissetskaïa. Pire encore, ces mauvais projets de danseurs se permettent de se prendre pour des Balanchine et des Béjart comme si « chorégraphe » était synonyme de «danseur»!
Que personne ne badine avec le ballet, surtout classique. C'est une noble discipline artistique, précise et qui comprend tout un univers de terminologie, de performances, d'histoire et d'icônes...
Luttons alors contre la mauvaise danse, mais encore luttons contre la prétention intellectuelle. Revenons au véritable ballet classique, revenons aux classiques, revenons aux origines... car
« Si l'on ne sait d'où vient la danse
On ne doit pas en parler.
Si on ignore l'origine de la danse,
On ne peut pas danser. »

Sissi BABA

Commençons par dire que si j'avais une énorme fortune, je lancerais tout de suite la construction d'une prestigieuse académie professionnelle digne de la magnifique et difficile discipline qu'est le ballet, au lieu de perdre mon temps à critiquer et à écrire ce billet. Mais puisque je n'ai pas encore ces moyens, je vais m'emparer du seul moyen que j'ai à présent ; l'écriture.C'est arrivé aussi à Galilée... de vivre dans un monde où toutes les vérités que l'on enseignait étaient fausses, où l'on détenait la véritable vérité mais personne n'en voulait. Mais parfois, je me demande si on est ignorant parce que l'on veut rester ignorant ou parce que l'on ne sait pas que l'on est ignorant. En tout cas, les deux options sont dangereuses. Mais prétendre connaître la sagesse alors que l'on est ignorant demeure pire...
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