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Économie

Trump amorce le changement de cap anti-libre-échange des États-Unis

Commerce

Le président américain a signé hier le retrait de Washington de l'Accord de partenariat transpacifique. L'Alena et le TTIP sont également dans la ligne de mire du nouveau locataire de la Maison-Blanche.

OLJ
24/01/2017

En se retirant hier du partenariat transpacifique (TPP), Donald Trump porte un coup d'arrêt au libre-échange commercial traditionnellement défendu par les États-Unis et amorce un changement de cap qui pourrait laisser le champ libre à la Chine.
Cette première grande décision économique de son mandat était attendue. Pendant sa campagne, le candidat républicain n'a cessé de dénoncer cet accord abolissant les barrières douanières et réglementaires entre les États-Unis et 11 pays de la région Asie-Pacifique, et auquel la Chine n'était pas associée. « Le TPP est un accord horrible. Il ne nous apportera que des ennuis », avait notamment lancé M. Trump, assurant que ce traité, qui était en attente de ratification au Congrès, accélérerait les délocalisations.
En réaction au retrait des États-Unis du TPP, le président mexicain Enrique Peña Nieto a annoncé hier que son pays allait ouvrir « immédiatement » des négociations bilatérales avec les pays signataires du traité de libre-échange. Le chef de l'État mexicain a lancé à Donald Trump qu'il ne souhaitait « ni confrontation ni soumission : la solution est dans le dialogue et la négociation », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Renégocier l'Alena
Élu sur la promesse de ramener des emplois sur le sol américain, le nouveau président ne compte pas s'arrêter là et a promis dimanche de renégocier l'accord de libre-échange Alena alliant depuis 1994 États-Unis, Mexique et Canada, et accusé de précipiter la désindustrialisation aux États-Unis. La nouvelle administration républicaine a d'ores et déjà averti que si ses partenaires refusaient une négociation « qui apporte aux travailleurs américains un accord équitable », les États-Unis quitteraient l'Alena.
Traditionnels défenseurs du libre-échange sous des administrations démocrates comme républicaines, les États-Unis s'engagent donc, sous l'impulsion de leur nouveau président, dans un changement de cap radical. « C'est symbolique (...) d'une nouvelle ère des politiques commerciales, qui favorisera les travailleurs américains avant toute autre chose », a commenté devant la presse le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer.
« La libéralisation régionale des échanges associant les États-Unis est morte », affirme à l'AFP Edward Alden, expert au Council on Foreign Relations. Selon lui, l'administration Trump est persuadée que les États-Unis « se font toujours avoir dans les grandes négociations multilatérales » et privilégiera désormais des accords bilatéraux de moindre ampleur.
Déjà dans les limbes, l'accord de libre-échange TTIP négocié depuis 2013 entre les États-Unis et l'Union européenne pourrait donc bien être la prochaine victime sur la liste. Grand critique de la construction européenne, M. Trump ne cache pas son souhait de négocier en priorité un accord bilatéral avec le Royaume-Uni afin de faire du Brexit un « succès ». Signe qui ne trompe pas, la Première ministre britannique Theresa May sera, vendredi, la première dirigeante étrangère à venir rencontrer le président Trump à Washington.
Portée par un cabinet aux forts penchants protectionnistes, la nouvelle administration américaine pourrait aller encore plus loin en imposant des taxes frontalières, mettant ainsi à exécution une menace maintes fois agitée par M. Trump. « Ce serait un immense revirement par rapport à la politique américaine des 50 dernières années », affirme à l'AFP Barry Bosworth, expert au Brookings Institute.
Ce recalibrage américain, et plus spécifiquement l'abandon du TPP, n'est pas sans risques pour la nouvelle administration et pourrait paradoxalement conduire à renforcer la Chine. Selon ses promoteurs, le TPP aurait ainsi permis de faire contrepoids à l'influence grandissante de la Chine et de la contraindre à se plier à des pratiques commerciales plus équitables pour ne pas être délaissée par les investisseurs.
L'abandon pur et simple du TPP « va consolider le statut de la Chine comme le seul acteur dominant en Asie dans le commerce », estime M. Alden, selon qui les États-Unis ont ainsi détruit « leur meilleur moyen de pression » sur Pékin. La Chine pourrait même en profiter pour tenter de combler le vide laissé par les Américains.
Lors du récent Forum de Davos, le président chinois Xi Jinping s'est posé en champion du commerce international en plaidant pour le « développement du libre-échange ». Tablant sur l'échec du TPP, Pékin fait d'ailleurs depuis plusieurs mois la promotion de ses propres accords de libre-échange (FTAAP pour le bassin Asie-Pacifique et RCEP en Asie orientale).
Sur la scène intérieure, le recalibrage américain amorcé par le président Trump promet en tout cas de continuer à brouiller les règles du jeu politique, comme il l'a fait pendant sa campagne. Le TPP était ainsi défendu en chœur par les élus républicains au Congrès et les milieux d'affaires, grands défenseurs du libre-échange, et était farouchement combattu par les syndicats et les ONG environnementales et sociales... qui ont pourtant appelé à défiler contre M. Trump pendant les grands rassemblements de ce week-end.

(Source : AFP)

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