X

La Dernière

« 26 février 2015 » de Abed el-Kadiri, prix du Musée Sursock

Distinctions

Baromètre de la scène artistique à travers le regard de 52 artistes, le 32e Salon d'automne a distribué hier ses lauriers.

21/01/2017

Avec la réouverture du Musée Sursock en octobre 2015, après une fermeture due aux travaux de réaménagement et d'agrandissement, le Salon d'automne, événement phare de la scène artistique libanaise, a réintégré son foyer avec une première exposition de 52 œuvres, inaugurée en novembre 2016. Mais c'est hier soir, huit semaines plus tard, que les prix du Salon ont été décernés lors d'une cérémonie qui a rassemblé plusieurs membres du comité du musée autour de son président Tarek Mitri et de la directrice du musée Zeina Arida.

Le prix du Salon d'automne, d'une valeur de 5 000 dollars, a ainsi été octroyé au peintre Abed el-Kadiri pour son œuvre intitulée 26 février 2015. Le prix des jeunes talents, d'une valeur de 3 000 dollars offerts par Hind Sinno, membre du comité du musée, est revenu à Dala Nasser pour son David Adjaye's Trash. Le symbolique prix du public, basé sur le vote des visiteurs, a été attribué à Nevine Boueiz. Par ailleurs, deux mentions spéciales du jury ont été accordées au collectif Engram (Conversation with my Friend) et à Raymond Gemayel (La Mémoire de l'eau)
« Depuis 1961, le Salon d'automne illustre parfaitement la mission du Musée Sursock : refléter la vitalité artistique du Liban », a rappelé M. Mitri. « C'est un musée qui a une valeur patrimoniale. Dans sa sélection, pas d'idées reçues, pas de préférence pour une forme artistique en particulier, pas de restrictions d'âge, il est véritablement ouvert à tous. »

 

Remous et questionnements
Tarek Mitri a également tenu à exprimer sa reconnaissance envers le jury et les membres du comité qui ont fait leurs choix selon des critères bien établis. « Des visiteurs, des journalistes ont exprimé leur désapprobation vis-à-vis de la sélection initiale. Cela montre un intérêt pour l'art et c'est bien. Il est impossible d'arriver à un consensus général. De même que cela ouvre le débat. Un débat qui était surtout tourné vers une évaluation de l'état de l'art libanais et cela est certainement productif », a-t-il dit.

Avec sa sélection très discutée de 52 œuvres d'autant d'artistes retenus sur les 324 candidatures, le 32e Salon d'automne du musée Sursock a effectivement remis sur le tapis la notion insaisissable d'art contemporain et provoqué de nombreux questionnements.

Tout en étant parfois exigeantes pour le visiteur, un bon nombre des œuvres exposées demandent en effet un travail de réflexion et de décryptage. Vecteur de créativité et d'image, l'art se veut, se voit, ici, sombre et soucieux. Emphatique et intellectuel. Violent et conceptuel.
Dépassés les jours où le spectateur s'extasiait sur la beauté d'une représentation ? Sur la magnificence d'une palette ? Faut-il désormais chercher plutôt la beauté cachée, mais surtout la signification d'un message que certains captent mais auquel d'autres restent imperméables ?

L'art comme un moyen de réflexion sur notre monde ? L'art pour donner une vision de notre réalité ? Ce sont certainement ces questionnements qui ont interpellé le jury, composé de Reem Fadda, Walid Sadek, Kaelen Wilson-Goldie, Racha Salti et Hind Soufi. Un jury qui avait affirmé s'être fermement « détourné des stéréotypes pour rester particulièrement sensible aux œuvres empreintes d'une grande intensité émotionnelle. En prêtant une attention particulière aux couleurs et à la texture, à certains signes ainsi qu'aux conditions et circonstances de la vie des artistes, qui est aussi la nôtre, celle de la ville et de ses nombreux résidents ».

C'est dans cette même lignée de pensée que le jury a décerné le prix du Musée Sursock à Abed el-Kadiri pour sa peinture 26 février 2015, qui figurait au top 3 de la sélection des favoris de L'Orient-Le Jour présentés dans notre édition du vendredi 20 janvier.
Le jury a ainsi loué cette œuvre, « une complexe incarnation de l'iconographie symbolique arabe, pour sa manière si particulière de tisser des acquis de l'art occidental du XXe siècle avec l'art de la miniature arabo-islamique et les traditions du manuscrit », comme l'a noté Racha Salti. « Pour son interrogation courageuse du rôle de l'artiste en tant qu'auteur, le jury a tenu a accorder une mention honorable à Raymond Gemayel. Le seconde mention a été attribuée au collectif Engram pour son emploi judicieux des mixed media dans la conceptualisation d'une installation et l'illustration d'un désastre écologique au Liban.
Ce sont à l'évidence les œuvres qui portent en elles des considérations environnementales, d'ordre politique ou sanitaire qui ont remporté le suffrage du jury.

Si le Salon d'automne est le baromètre de la scène artistique libanaise, les artistes de 2016 sont à écouter comme on tend l'oreille aux observations des sociologues anthropologues. Ils sont là à enregistrer, préserver et diffuser cet air du temps qui résonne en eux. Vous voulez un art plus beau à voir ? Montrez aux artistes la beauté du monde et ils feront volontiers les miroirs non déformants.

 

Pour mémoire 

32e Salon d’automne : les 7 choix de « L’Orient-Le Jour »

La bienheureuse résurrection du musée Sursock

Salon d’automne 2016 : du sang neuf... dans la continuité

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

George Khoury

le top 7 dans la page culturelle et la remise du prix dans la seize...on change de registre un peu trop vite la

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué