X

Liban

Forcing du Hezbollah pour la tenue des législatives dans les délais

L’éclairage
17/01/2017

En déclarant à ses visiteurs, dimanche dernier, que les législatives se tiendront en mai prochain en vertu des délais en vigueur, et sur la base de la loi de 1960, le président de la Chambre, Nabih Berry, a dit tout haut ce que certaines forces politiques continuent de penser tout bas. Ce faisant, il a barré la route à toute tentative d'autoprorogation du mandat parlementaire ou même de report technique du scrutin, en même temps qu'il a révélé l'impossibilité, à l'heure actuelle, de mettre au point une nouvelle loi électorale, quels qu'en soient les contours.

Le président de la Chambre a mis ainsi un terme aux multiples interprétations et spéculations, souvent erronées, ayant accompagné le débat autour d'une nouvelle loi électorale, ce débat n'ayant été dicté, du reste, que par les tentatives des uns et des autres de faire passer des projets de loi à même de leur assurer la plus large représentativité parlementaire.
À y voir de plus près, le maintien de la loi de 1960 profiterait en somme à toutes les parties. En effet, outre l'impossibilité avérée de mettre au point une nouvelle loi électorale, jointe à la difficulté de le faire sans dépasser les délais constitutionnels, la logique prédominante au sein de la caste politique reste celle que l'on sait : maintenir tel quel l'équilibre des forces politiques internes, et s'abstenir de tout acte qui risque d'induire un changement trop brusque de l'équation interne, tant qu'aucune solution régionale n'est perceptible. Mais en marge de cette entente tacite de maintenir le statu quo, le Hezbollah continue de disposer d'une liberté de décision qui lui accorde de facto une latitude exclusive à réajuster en sa faveur – ne serait-ce que subrepticement – cet équilibre des forces plus ou moins préservé.
Et c'est sous cet angle qu'il convient de cerner les motifs de la déclaration-choc de M. Berry ayant quasiment décrété, contre toute attente, le maintien de l'ancienne loi électorale.

Il semble en effet que l'intérêt réel des forces du 8 Mars, et précisément du Hezbollah, soit à la tenue à tout prix des législatives à la date fixée, rapportent des milieux politiques. Par conséquent, et contrairement à ce que l'on tend à présumer, les forces du 8 Mars font primer le respect des délais sur tout autre projet, comme celui d'amender la loi électorale sur base de la proportionnelle.
Parce que selon les calculs du 8 Mars, celui-ci aurait tout à gagner en mettant un terme au plus tôt au débat autour d'une nouvelle loi électorale. Ce camp craint que les forces du 14 Mars, notamment le courant du Futur, ne trouvent dans ce débat – qui promet d'être long – prétexte à réclamer un nouveau report d'un an des législatives. Cela permettrait à Saad Hariri de resserrer ses rangs et réunir sa base, laquelle paraît actuellement affaiblie.

Mais loin du 8 Mars l'idée de concéder à Saad Hariri cette période de répit qui pourrait être décisive pour les résultats du scrutin. Qui plus est, des milieux du 8 Mars évoquent ouvertement cette opportunité que serait pour eux la « régression » financière et populaire actuelle de Saad Hariri. Ces milieux sont confiants que, si les législatives se tiennent à la date fixée, le bloc du Futur cessera d'être le bloc le plus large et perdra de son influence, le risque étant que le scrutin n'embarrasse le courant du Futur et ne renforce les courants contestataires au sein de la communauté sunnite. Ces mêmes milieux tendent également à minimiser les chances des Forces libanaises (FL) de décrocher le nombre de sièges « dont elles rêvent ». En dépit de l'alliance entre les FL et le Courant patriotique libre (CPL), la majoritaire ne pourrait profiter aux premières sans l'appui du Hezbollah, c'est-à-dire sans un dialogue préalable entre les FL et le Hezbollah, selon ces milieux, qui rappellent l'existence de blocs chiites ayant une voix déterminante dans des régions à majorité chrétienne comme Jbeil, le Kesrouan et le Metn. Le Hezbollah n'étant pas lié par l'alliance de son allié chrétien avec les FL, il n'entend donner ses voix, dans les régions à majorité chrétienne, qu'aux candidats du CPL et possiblement d'autres candidats indépendants. Ces milieux vont même jusqu'à dire que même à Zahlé, ou encore au Koura, les FL seraient peu avantagées à la lumière des alliances politiques actuelles. Cela vaudrait tout autant pour le caza de Zghorta, où l'alliance CPL-FL aurait peu de chances d'outrepasser le député Sleiman Frangié, qui aurait de fortes chances de bénéficier de l'appui du courant du Futur.

 

Cette grille de lecture du 8 Mars révélerait, selon un observateur, la conviction de certaines composantes de ce camp de pouvoir remporter les législatives en profitant de l'état d'éclatement du 14 Mars, d'une part, et des polémiques virulentes ayant éclaté entre les composantes chrétiennes, d'autre part.
Mais les milieux FL ne l'entendent pas de cette oreille. Ils affirment que les préparatifs des législatives s'intensifient, et que les contacts sont déjà menés en vue d'organiser les prochaines alliances politiques, dont le pivot serait leur alliance avec le CPL, « dont le scrutin prouvera la solidité ». Il serait prévu en effet que les candidats des deux partis se présentent sur des listes communes, avec l'intention de les élargir pour inclure le courant du Futur et le Parti socialiste progressiste, de manière à tisser une sorte d'alliance quadripartite.
Interrogés sur l'exclusion de la composante chiite de cette alliance, les milieux FL se contentent de répondre que leur parti n'est pas concerné par les régions caractérisées par un partenariat avec la communauté chiite.
Le bloc CPL-FL entendrait aussi, selon une source du 14 Mars, tendre la main aux autres composantes chrétiennes. Cela reste néanmoins à vérifier, à l'ombre de contre-informations sur une initiative du 8 Mars de soutenir un front chrétien commun, composé notamment des Kataëb, du Parti national libéral, du Bloc national et de personnalités indépendantes pour contrecarrer le nouveau tandem chrétien.

 

Lire aussi 

Joumblatt craint son « élimination » politique par le biais d’un « saut dans l’inconnu »

Samy Gemayel en appelle à Aoun

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

AIGLEPERçANT

Les seuls légitimistes , au Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON VEUT DEVANCER CE QUE L,ON SAIT QUE CA VIENT...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Et pourquoi pas, à nouveau Sukleen, pour nous nettoyer tout cet infeste bastringue !

Gebran Eid

BERRI BERRI BERRI....LA RETRAITE A SONNÉ.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants