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Économie - Focus

Les banques libanaises en Irak font le dos rond

Les établissements étrangers implantés entre le Tigre et l'Euphrate ont jusqu'à demain pour verser la première tranche d'augmentation de capital exigée par la banque centrale du pays.

Jusqu’ici, tous les établissement étrangers étaient obligés de convertir leurs capitaux en dinars avant de les enregistrer à la BCI. Bassim Shati/Reuters

Il y a dix jours environ, une délégation représentant l'Association des banques du Liban (ABL) concluait sur une note positive une série de réunions avec des responsables de la Banque centrale d'Irak (BCI), à Bagdad.
« Le gouverneur de la BCI, Ali al Allag, a décidé d'autoriser les banques étrangères à ne pas convertir en dinars irakiens les montants dont elles doivent s'acquitter dans le cadre de l'augmentation de capital de 50 millions de dollars imposée en mai 2015 aux banques étrangères opérant dans le pays et dont la première tranche doit être versée avant fin décembre », explique à L'Orient-Le Jour Samir Tawilé, directeur exécutif d'IBL Bank, qui opère dans ce pays depuis 2006. Une annonce confirmée par la direction de l'ABL, qui n'était pas disponible dans l'immédiat pour répondre aux demandes de précisions de L'Orient-Le Jour.

Éviter une perte sèche
« Jusqu'ici, tous les établissement étrangers étaient obligés de convertir leurs capitaux en dinars avant de les enregistrer à la BCI », rappelle de son côté Chawki Bader, le directeur général adjoint de BBAC, implanté en Irak depuis 2009 et qui faisait partie, avec M. Tawilé, de la délégation de l'ABL dépêchée la semaine du 19 décembre à Bagdad pour aborder ce dossier avec les autorités bancaires du pays. Selon eux, la décision de la BCI va permettre aux banques libanaises d'éviter une perte sèche liée à l'opération de change qu'elles allaient être obligées de réaliser dans le cadre de l'augmentation de capital réclamée par Bagdad. « C'est une procédure automatique : l'opération de change est effectuée une fois que l'on vire de l'argent en faveur de la banque centrale », précise M. Tawilé.

« Le cours officiel du dinar irakien est fixé à 1 190 dinars pour un dollar, mais la BCI n'a pas le droit, selon la réglementation du pays, d'en vendre aux établissements bancaires dans le cadre d'une augmentation de capital », développe M. Bader. « Les banques sont donc obligées d'acheter des dinars au prix du marché, où les cours peuvent grimper jusqu'à 1 300 dinars pour un dollar », poursuit-il. En clair, chaque dollar qu'une banque veut virer à la BCI au taux officiel peut lui coûter jusqu'à environ 1,1 dollar sur le marché. Une différence minime à cette échelle mais qui peut produire une perte d'environ 5 millions de dollars sur une transaction de 50 millions. « La décision de la BCI est donc une bonne nouvelle pour les banques libanaises qui opèrent en Irak », se réjouit M. Tawilé.

 

(Pour mémoire : Prudence des banques libanaises en Irak)

 

Assouplissement progressif
Depuis 2006, dix banques répertoriées par l'ABL (BBAC, Bank Audi, Banque Libano-Française, Bankmed, Blom Bank, Byblos Bank, Crédit libanais, Fransabank, IBL Bank et MEAB) ont progressivement inauguré des agences ou des bureaux de représentation dans plusieurs villes irakiennes.

Attirés dans un premier temps par les perspectives de développement du pays – qui possède un marché de plus de 33 millions d'habitants et l'une des plus importantes réserves prouvées de pétrole du monde –, ces établissements sont obligés d'adopter une stratégie plus prudente depuis deux ans en raison des incertitudes liées à la situation politico-sécuritaire.

L'affaire se complique un peu plus en 2014 lorsque la BCI décide d'obliger les banques étrangères d'augmenter leur capital – fixé jusqu'ici à 7 millions de dollars par agence – à 70 millions de dollars indépendamment du nombre d'agences qu'elles possèdent dans le pays. « En 2013 déjà, la BCI avait imposé une mesure similaire aux banques irakiennes en les obligeant à multiplier leur capital par cinq », expose M. Bader.

À l'issue de plusieurs réunions entre la BCI et des représentants de l'ABL, Bagdad accepte finalement en mai 2015 de baisser ce montant à 50 millions de dollars en mettant en place un premier échéancier comprenant un versement de 25 millions de dollars le 1er juin 2016, le solde devant être versé un an plus tard. En mai 2016, à la suite de nouvelles négociations, la BCI accepte d'assouplir une nouvelle fois sa position en reportant ces deux échéances au 31 décembre de cette année et de l'année prochaine.

« En outre, le montant qui doit être versé par une banque avant le 31 décembre tient compte des sommes dont elle s'est déjà acquittée avant le 31 décembre pour répondre aux exigences de la BCI en matière de capital », ajoute M. Bader. « Ainsi, si une banque avait déjà versé 7 millions de dollars pour ouvrir une agence, elle ne devra en théorie s'acquitter que de 18 millions de dollars avant la fin de l'année », détaille-t-il encore.

 

(Pour mémoire : L'Irak, nouvelle terre promise des banques libanaises ?)

 

Millions gelés
De fait, ces aménagements sont très bien accueillis par les banques libanaises établies en Irak et dont les profits se sont élevés à 26 milliards de livres (plus de 17,2 millions de dollars) à fin septembre, un chiffre en légère hausse, selon M. Bader, reprenant les chiffres de la Banque du Liban (BDL). « Malgré les difficultés, aucun de ces établissements n'envisage de mettre un terme à ses opérations dans le pays », confirme-t-il encore, estimant cependant que certains obstacles doivent encore être levés pour permettre au marché irakien d'exercer son plein potentiel.

Outre la question sécuritaire – l'armée irakienne a lancé hier sa 2e offensive contre le groupe État islamique à Mossoul (voir page 11) –, le pays doit également composer avec les répercussions du différend entre les autorités de Bagdad et celles du Kurdistan irakien, sur fond de velléités de sécession kurdes. Une situation qui a conduit les branches de la BCI à Erbil et Suleimaniyé à ne plus reconnaître l'autorité de Bagdad et à geler au passage environ 90 millions de dollars enregistrés sur les comptes des banques libanaises auprès de ces institutions. « Depuis 2015, la BCI reconnaît toutes les agences des banques étrangères implantées dans le Kurdistan irakien, mais la question du dégel des fonds bloqués par Erbil et Suleimaniyé n'a pas encore trouvé de solution », conclut M. Bader.


Il y a dix jours environ, une délégation représentant l'Association des banques du Liban (ABL) concluait sur une note positive une série de réunions avec des responsables de la Banque centrale d'Irak (BCI), à Bagdad.« Le gouverneur de la BCI, Ali al Allag, a décidé d'autoriser les banques étrangères à ne pas convertir en dinars irakiens les montants dont elles doivent s'acquitter...

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