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Liban

L’opinion d’un gynécologue pratiquant des IVG : aider toute femme qui le demande

avortement au Liban
OLJ
23/12/2016

Au Liban, malgré la loi, certains médecins ont choisi de pratiquer des avortements. C'est le cas d'un gynécologue à Beyrouth qui a accepté de se confier sous le couvert de l'anonymat.

« Quand j'avais 20 ans, j'ai lu un livre de John Irving intitulé L'œuvre de Dieu, la part du diable. Ce livre qui parle des accoucheurs et des avorteurs m'avait marqué et je m'étais dit qu'un jour, moi aussi je pratiquerais des avortements, indique le médecin. Parce qu'il ne faut pas distinguer, dans notre métier, entre un côté "honorable" et un autre qui ne le serait pas. Il faut accepter le métier dans son entièreté. Quand on est gynécologue, on décide d'aider toute femme qui le demande et non pas uniquement la femme qui est enceinte ou la femme qui présente un problème gynécologique. »

Cela fait 20 ans que ce médecin pratique l'avortement au Liban. Il a choisi de le faire dans le cadre de ce que prescrit la législation française qui autorise l'avortement jusqu'à 12 semaines de grossesse.
Il dit avoir en moyenne 5 clientes par mois. Leur profil ? « Il y a des chrétiennes, des musulmanes, des femmes mariées, des célibataires, répond le gynécologue. Il y a celles qui ne prennent pas la pilule et ont fait une erreur de calcul de leur date d'ovulation. Il y a aussi celles qui ont trompé leur mari, celles qui sont veuves ou celles qui ne sont pas mariées et qui veulent éviter que leur enfant soit considéré comme un bâtard. »

Selon le gynécologue et des ONG, l'avortement étant clandestin au Liban, il est impossible de le quantifier. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que, de 2010 à 2014, une moyenne annuelle de 56 millions d'avortements (sécurisés ou non) a été enregistrée. L'OMS estime à environ 22 millions le nombre d'avortements à risque pratiqués dans le monde chaque année, pour la plupart dans les pays en développement. « Environ 5 millions de femmes sont hospitalisées chaque année à la suite d'avortement à risque dans les pays en développement. Mais plus de 3 millions de femmes souffrant de complications après un avortement à risque ne sont pas soignées », précise l'OMS.

Si le gynécologue pratiquait, par le passé, des avortements dans sa clinique, aujourd'hui, il préfère les faire à l'hôpital, « pour ne prendre aucun risque ». Deux techniques peuvent être utilisées pour l'avortement, l'une médicamenteuse, l'autre chirurgicale. La première est à base de RU486 et de Cytotec. « Ensemble, ces médicaments ont 90% de réussite, mais sont uniquement prescrits pour des grossesses très jeunes, car il y a un risque d'hémorragie massive. » Au Liban, le RU486 n'existant pas, seul le Cytotec est prescrit. « Ce médicament, qui est initialement utilisé pour des douleurs d'estomac et qui a par la suite prouvé qu'il peut provoquer des contractions, n'a que 50 % de réussite, explique le médecin. Le risque de cette méthode, c'est qu'elle ne marche pas toujours et qu'elle peut provoquer des hémorragies et des douleurs qui peuvent être très importantes. »
Pour ce qui est de la seconde technique, il s'agit de ce qu'on appelle l'aspiration ou le curetage, qui peut se faire, selon le praticien, au cabinet sous anesthésie locale. Cette technique comporte aussi des risques. « Il y a un risque d'infection et de perforation de l'utérus. » Quelle que soit la méthode utilisée, une échographie doit être faite une ou deux semaines après l'avortement, souligne le gynécologue. « L'avortement étant illégal, son prix est très aléatoire, entre 800 et 4 000 dollars », explique-t-il.

Craint-il d'avoir, un jour, des soucis avec la justice ? « Des hommes haut placés, leurs épouses et leurs amantes sont mes clients. Alors j'ai mes protections », répond le médecin.
Pour lui, il est nécessaire que l'avortement devienne légal au Liban. « Il y aura toujours des grossesses non désirées et si l'avortement n'est pas légalisé, il aura toujours lieu en secret et tous les excès seront alors permis », affirme-t-il. Le médecin n'a toutefois pas beaucoup d'espoir que la légalisation ait lieu. « C'est un combat perdu d'avance. Les religieux ont le pouvoir au Liban et il y a aussi la mentalité de la population qui entre en jeu. »

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Yves Prevost

"aider toute femme qui le demande". Oui, bien sûr! Mais pas à n'importe quel prix. Si "aider la femme" suppose empoisonner une belle-mère tyrannique, le médecin est-il tenu à l'assassinat? Et puis, au fond, la faire avorter est-il réellement l'aider? Pas sûr!
Le médecin a prononcé - en principe - le serment d'Hippocrate. Quelle que soit sa formulation, celui-ci met toujours le médecin au service de la vie.

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