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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

Toute violence est terroriste !

Même quand il ne reste plus rien à faire, il faut faire quelque chose. La passivité est criminelle. Le silence aussi. Il fallait faire quelque chose, mais personne ne l'a fait. Il fallait évacuer les citoyens d'Alep, il fallait aider Alep, il fallait soutenir Alep... Ça n'a jamais été fait. Le monde témoigne d'un génocide que certains applaudissent et que d'autres pleurent. Il fallait faire quelque chose, donc j'ai décidé de sécher mes larmes et d'écrire. Et pourtant, on pourra me reprocher un style parfois lyrique, un billet qui manque de dates historiques, peu importe. Les reproches viennent toujours, c'est le prix que l'on paye quand on décide d'écrire.
Premièrement, le monde semble oublier comment la guerre en Syrie a commencé : inspirés par des révoltes voisines qui n'ont jamais pu voir le printemps, des citoyens syriens se sont rebellés contre un régime dictateur qui a tyrannisé son pays et (le nôtre, jusqu'en 2005) depuis l'arrivée de la famille Assad au pouvoir. Et quiconque pense autrement vit hélas dans l'illusion et dans le manque des acquis historiques.
Deuxièmement, Daech est officiellement né lors de la guerre syrienne en agglomérant des réseaux terroristes déjà existants. Et depuis, le monde (surtout occidental) s'est divisé en deux, adoptant ainsi une vision manichéenne – ô combien erronée ! – des choses. On a facilement commencé à confondre le citoyen révolté sans armes au terroriste, le « Allahou akbar » d'un peuple massacré qui invoque désespérément un Dieu qui a quitté depuis longtemps cette terre d'Orient est confondu avec celui des jihadistes qui ciblent tout le monde. Puisque tout est confus et puisque la fumée noire de la guerre mais aussi de la haine naïve des gens de l'extérieur s'épaissisent, la vue devient brouillée et l'on pense qu'il y a le bien, Assad et ses alliés, et le mal, Daech. Le monde semble oublier un troisième parti, celui du peuple anti-Assad qui n'a plus de place dans cette équation manichéenne, donc on le supprime. C'en a été fait. Littéralement.
Désormais, certains pensent que si l'on est pro-Assad, on est pacifiste, si l'on est pro-Daech, on est takfiriste. Donc, si l'on est anti-Assad, on devient ipso facto pro-Daech ! Je vous rappelle, cette vision est erronée et c'est ce que l'on veut faire croire aux gens qui ne savent pas réfléchir. Pourtant, le conflit n'est pas assez compliqué : depuis tout le temps, le nazisme et le fascisme ont été deux facettes de la même médaille, de même pour le terrorisme de l'État syrien et de celui de l'État islamique. Oui, chers lecteurs, on peut condamner les deux à la fois et être le véritable humain, anti-Daech, anti-Assad, qui réclame le droit de vivre des pauvres citoyens, du pauvre être humain dont la voix est étouffée, dont le cri est oublié.
Puis vient le véritable défaut des réseaux sociaux : tout le monde veut s'exprimer, tout le monde veut partager ses opinions, tout le monde veut commenter et critiquer, tout le monde veut écrire, même si l'on écrit mal, même si l'on écrit faux, même si l'on ne veut rien dire ou l'on ne sait quoi écrire, même si l'on ne peut pas écrire, on écrit. On détourne les choses sans le savoir, on lance des jugements racistes et terroristes (peut-être) sans le vouloir...
Troisièmement, il devient de coutume dans cette région de recevoir les massacres telle une victoire qui se prête aussi à être « divinisée ». Oui, pourquoi pas ? Les atrocités indicibles qu'Alep vient de connaître m'ont rappelé la guerre en 2006 : le Liban a perdu et pourtant, « on a gagné sur le plan militaire », ce même discours est chanté aujourd'hui par le régime syrien dont l'influence est érigée par l'un de ses alliés, l'« intouchable » Hezbollah dont l'ego est plus dangereux que les armes.
« On a gagné à Alep ! » Le peuple dans tous les cas allait périr sous l'emprise du lion ou du tigre, mais on s'en fout. L'important, c'est que le lion a gagné sur les plans militaire et stratégique. Peu importe comment. Peu importe la victime. Peu importe les enfants, au diable l'humanité ! Comme si le véritable conflit existait entre Assad et Daech ! On oublie de voir qu'ils sont tous deux des bêtes cannibales. Quoique « différentes », elles ont, pour cible commune, la petite gazelle ensanglantée et sans défense.
Quatrièmement, j'aimerais bien voir la réaction des gens face à ceux qui renieraient le génocide juif ou arménien !
On les lapiderait ! C'est qu'on n'a pas le droit de nier un fait historique qui s'est véritablement déroulé et dont le peuple est témoin ! Mais renier le génocide d'Alep, on en a pleinement le droit ! Ne pas croire aux propos ni aux larmes, ni aux massives destructions, ni au sang, ni aux cris, ni aux regards perdus du peuple en perdition devient tout d'un coup permis !
Finalement, puisqu'on ne peut rien faire, luttons, du moins verbalement, contre l'insensée mascarade, cette fausse vitrine d'une Syrie encore en paix qui veut faire croire au monde que tout va bien grâce à Assad. Une Syrie qui chante la mort de la majorité de son peuple en l'humiliant et en allant même jusqu'à le considérer terroriste.
Pauvre peuple, on détourne les choses pour ne pas te croire. On refuse d'assister à tes braves témoignages et l'on refuse de voir les atrocités commises exclusivement par le régime Assad à Alep et par ses alliés takfiristes sunnites et chiites.
Quelle connerie la guerre ! Quelle connerie cette humanité inhumaine qui témoigne d'une violence sans précédent et qui arrive à être dupée.
Mais moi, comme mes semblables, nous lutterons contre la violence sous toutes ses formes. Oui, on peut être à la fois anti-Assad, anti-Daech, condamnant l'Iran qui trouble le Moyen-Orient à cause d'une haine fatale et géopolitique pour la terre d'Arabie qui date du Moyen Âge et qui prend pour prétexte la religion, condamnant une ex-URSS qui cherche la vieille gloire en se montrant digne d'un jeu dans la cour des grands, condamnant les pays occidentaux dont la capacité d'aider est dominée par une passivité sans nom, condamnant les USA d'avoir façonné les obstacles et les prétextes takfiristes luttant contre tout printemps, mais condamnant surtout le silence des pays arabes qui, depuis la Nakba, n'osent plus faire face à la violence et à la tyrannie. Hélas, la passivité et le silence sont signes d'approbation.
Dans une guerre pareille où l'humanité est la véritable victime, il est néfaste de voir les choses d'un « point de vue », sous un « angle de vue ». Il est aussi dangereux de parler d'« opinion ». Il ne s'agit pas de choisir un parti ou d'adopter une opinion quand les génocides s'opèrent. On ne peut pas préférer la violence d'Assad à celle de Daech, etc. Il y a une vérité générale, des faits historiques que personne n'estompera, on ne peut plus donc continuer à parler d'opinion là où il ne s'agit pas d'opinion. La violence sous toutes ses formes doit être condamnée.
Épargnez donc les réseaux de vos « opinions ». Condamnez toute violence.
Lisez avant de dormir. Lisez avant d'écrire.

Sissi BABA

Même quand il ne reste plus rien à faire, il faut faire quelque chose. La passivité est criminelle. Le silence aussi. Il fallait faire quelque chose, mais personne ne l'a fait. Il fallait évacuer les citoyens d'Alep, il fallait aider Alep, il fallait soutenir Alep... Ça n'a jamais été fait. Le monde témoigne d'un génocide que certains applaudissent et que d'autres pleurent. Il fallait faire quelque chose, donc j'ai décidé de sécher mes larmes et d'écrire. Et pourtant, on pourra me reprocher un style parfois lyrique, un billet qui manque de dates historiques, peu importe. Les reproches viennent toujours, c'est le prix que l'on paye quand on décide d'écrire.Premièrement, le monde semble oublier comment la guerre en Syrie a commencé : inspirés par des révoltes voisines qui n'ont jamais pu voir le printemps, des citoyens...
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