Le texte a été approuvé par 53 sénateurs contre 16 et devra être promulgué dès cette semaine pour entrer en vigueur en 2017. Adriano Machado/Reuters
Le Sénat brésilien a définitivement adopté hier une proposition controversée d'amendement à la Constitution qui gèle les dépenses publiques sur 20 ans, une mesure phare du gouvernement de Michel Temer pour relancer la croissance mais rejetée par la majorité des Brésiliens. Les dépenses publiques ne pourront pas augmenter plus vite que les prix, y compris dans l'éducation et la santé.
Le texte a été approuvé par 53 sénateurs contre 16, alors qu'en première lecture fin novembre, 61 sénateurs (sur un total de 81) avaient voté pour. Il devra être promulgué dès cette semaine pour entrer en vigueur en 2017.
De petites manifestations organisées par les syndicats et les étudiants contre ces mesures d'austérité se déroulaient sans incidents à l'extérieur du Parlement à Brasilia, dont la sécurité a été renforcée. En revanche dans d'autres villes, comme à São Paulo ou Porto Alegre, les manifestants ont bloqué des avenues avec des barricades.
Le gouvernement conservateur de M. Temer juge la réforme « fondamentale » pour éviter la faillite de l'État brésilien, attirer les investisseurs, enrayer la spirale inflationniste et permettre à terme une relance de l'économie, plongée depuis 2015 dans une récession historique. « En ce moment, nous avons besoin de beaucoup de courage au Brésil pour faire des choses apparemment impopulaires, mais qui seront populaires à l'avenir », a affirmé M. Temer mardi pour défendre l'amendement. Selon un sondage Datafolha publié hier, 60 % des Brésiliens rejettent la proposition d'amendement baptisée « PEC 55 ». Seuls 24 % l'approuvent.
Les sénateurs ont validé un texte qui impose un plafond aux dépenses publiques de l'État fédéral brésilien sur 20 ans. Celles-ci ne pourront pas croître au-delà de l'inflation annuelle, y compris dans l'éducation et la santé.
Pour Philip Alson, rapporteur spécial de l'Onu pour l'extrême pauvreté et les droits de l'homme, cela aura un impact « sévère » sur les plus pauvres et aggravera les inégalités sociales.
Coupe de pouce à Temer ?
M. Temer et son ministre des Finances Henrique Meirelles espèrent quant à eux réduire avec ces mesures – très attendues par les marchés – le déficit budgétaire du Brésil qui devrait atteindre 48 milliards de dollars cette année.
L'approbation de la PEC 55 donne un coup de pouce favorable au gouvernement de M. Temer au moment où l'étau se resserre autour du président lui-même, déjà très impopulaire, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.
Le chef de l'État a nié avec « véhémence » samedi les déclarations d'un ancien responsable du géant du BTP Odebrecht, entreprise au cœur de ce scandale, l'accusant d'avoir demandé en 2014 dix millions de réals (près de 3 millions de dollars) au propriétaire d'Odebrecht pour des campagnes de membres de son parti PMDB (centre-droit).
À peine 10 % des Brésiliens soutiennent sa gestion et 63 % souhaitent qu'il démissionne avant la fin de l'année pour permettre la tenue d'élections anticipées, selon un sondage Datafolha publié dimanche.
La séance d'hier a été dirigée par le président du Sénat, Renan Calheiros, contre qui ont été portées lundi par le parquet de nouvelles accusations de corruption dans le cadre du mégascandale Petrobras. Indéboulonnable cacique de la vie politique brésilienne et considéré comme l'allié le plus puissant de Michel Temer, M. Calheiros nie également toutes les accusations mais elles fragilisent le gouvernement.
La PEC 55 est la première mesure du plan d'austérité de M. Temer qui prévoit une réforme du travail et du système des retraites qui vont lui donner du fil à retordre. Le projet pour les retraites fixe l'âge minimum à 65 ans pour les hommes et les femmes, et exige 49 années de contribution pour toucher le maximum.
M. Temer, 75 ans, a succédé à la présidente de gauche Dilma Rousseff, destituée fin août par le Sénat pour maquillage des comptes publics, au terme d'une procédure controversée et d'une longue crise politique d'ampleur historique qui a mis fin à 13 ans de gouvernements de gauche du Parti des travailleurs (PT).
(Source : AFP)


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