Culture

Objets de désir dans une jungle de (faux) protocoles

House of Today

Après « Confessions – The Secret Is Out » et « Naked – Beyond the Social Mask », voici « The Jungle Protocol –Tradition et étiquette » au Yacht Club de Beyrouth*, troisième édition d'un événement design qui s'impose avec toujours plus de raffinement.

13/12/2016

Offrir une plateforme qui mette en valeur la créativité de la communauté design au Liban, soutenir ses talents à travers une grande exposition organisée chaque deux ans à Beyrouth, participer à des salons et foires à l'étranger et octroyer des bourses à des étudiants prometteurs... Tel est l'objectif de House of Today, organisation non gouvernementale lancée en 2012 par Chérine Maghrabi, une passionnée de design. Et qui pour la troisième édition de sa « biennale » beyrouthine (le terme est un peu ample par rapport à la dimension encore intimiste de cet événement) a sélectionné, avec soin, la vingtaine de participants à ce rendez-vous désormais incontournable de la scène design libanaise.

Tous les deux ans donc, House of Today expose les créations de designers libanais, confirmés ou émergents, sous un thème original, voire même, parfois, assez paradoxal. Ainsi, après avoir recueilli leurs « confessions » dans « The Secret Is Out » en 2012 et les avoir poussés à aller toujours plus loin dans le dévoilement de soi dans « Naked – Beyond the Social Mask », en 2014, la fondatrice de l'ONG et curatrice de cette troisième exposition a proposé aux créateurs participants de traiter dans leurs œuvres la « Jungle Protocol – Tradition et étiquette ». Une manière, semble-t-il, de les inciter à puiser toujours plus loin dans leurs imaginaires. Parce que le design sert, entre autres, à repousser les limites du conventionnel et de l'établi... Et parce qu'il en faut de l'inventivité pour concilier l'idée de protocole avec celle d'état sauvage et d'anarchisme que véhicule le mot jungle. Pour amalgamer, en somme, en un seul et même produit deux conceptions aussi diamétralement opposées.

 

(Lire aussi : Afkart 2016 : des talents, des couleurs et de la grâce)

 

Les coups de cœur de la rédaction
Le challenge était plus que motivant et les designers qui y ont répondu (sur appel à candidature) en ont donné des interprétations assez intéressantes. La mieux partagée étant la référence à « Beyrouth, jungle urbaine » et cependant ville de traditions et d'étiquettes.

Une direction suivie par le très talentueux jeune couple de designers (Stéphanie) Sayar & (Charbel) Gharibeh. Lesquels, partant d'une réflexion sur le charme de la capitale libanaise, à la fois complètement chaotique, désorganisée mais codifiée et sophistiquée, ont conçu des tables d'un... raffinement extrême. Deux magnifiques tables basses en céramique, marbre et laiton, ainsi qu'une table haute (façon buffet) en marbre blanc et laiton doré incorporant directement les assiettes et plats aux formats déstructurés. Sinon, la rédaction a aussi aimé :

– Les sièges-parasols (coussins posés à même le sol sous abri en rotin) de Marc Dibeh, qui concentrent dans leurs lignes et matériaux l'idée de tradition, de protocole et de jungle. Évidemment, toujours avec cette (fausse) désinvolture qui signe d'une note ludique la facture du travail du designer lauréat 2016 de Génération Orient.
– La table d'appoint de Georges Mohasseb. Pour ce designer établi, c'est la cuisine, l'art de la table, celui du manger ensemble qui créent des liens aujourd'hui dans ce monde devenu globalement d'une urbanité sauvage. Pour illustrer cette conception, il a choisi de reproduire, en table basse (moulée en résine et poudre de métal), l'un des ingrédients que l'on retrouve dans les traditions culinaires des quatre coins de la planète : la châtaigne.
- Les tables basses d'une beauté éthérée de Flavie Audi. Normal, c'est de la forme d'une cellule d'eau, celle qui en se divisant a été à l'origine de la vie sur terre, que cette artiste multidisciplinaire s'est inspirée. Pour traduire, elle aussi, en objets à mi-chemin entre l'art et le design son questionnement sur ce qui unit les hommes dans cette grande jungle qu'est la diversité de la vie sur terre. Cela donne des pièces uniques aux mélanges inédits de matières (morceaux de verre sculptés à la main incorporés dans de la résine moulée).

 

The Shop... en ligne aussi
Par ailleurs, cette année, House of Today lance, parallèlement à son exposition thématique, The Shop, un pop-up d'objets décoratifs et de bureau mis en place par le curateur Nicolas Bellavance-Lecompte (co-fondateur de Carwan) en collaboration avec le Wallpaper Store. Une collection composée de pièces signées d'une trentaine de designers internationaux (à l'instar de Matteo Thun, Ettore Sottsass Jr. et Bethan Laura Wood...) disponibles sur la boutique online du prestigieux magazine. Ainsi que de petites créations de 18 designers libanais, qui seront désormais également commercialisées sur cette plateforme en ligne. Parmi ces derniers, le choix de L'Orient-Le Jour s'est porté sur les vases réinventés du duo Ghaith & Jad, la luxueuse réinterprétation du presse-papier de Carlo Massoud ainsi que sur les minitoupies délassantes signées Booabbood.
Bref, la sélection 2016 de House of Today se révèle particulièrement attractive. Elle offre une multitude d'objets de désir dans une jungle de (faux) protocoles. À découvrir assurément !

*Au Yacht Club de Zeytouna Bay, jusqu'au 29 décembre, tous les jours de 10h à 19h.

 

Des parrains internationaux
Outre les 22 designers libanais sélectionnés, House of Today a invité l'Italien Massimiliano Locatelli ainsi que Daniel Berlin et Robert Greenwood, du collectif norvégien Snohetta, à exposer des produits de leur création et à parrainer cette 3e édition. En partageant, notamment, leurs visions du design dans des conférences données au Musée Sursock.

 

 

 

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