X

Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« J’ai disparu un soir de septembre 1975, devant le cinéma Rivoli »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Moustapha.
J'avais 14 ans. J'étudiais à l'école de Ghobeyri, mais je n'étais pas un très bon élève.
Ma famille aurait souhaité que je sois aussi bon à l'école que je ne l'étais à faire la fête et à rigoler avec les amis. Mais j'étais intéressé par le dessin. J'avais un cahier sur lequel je dessinais des caricatures et des portraits de figures politiques de l'époque. Du président de la République au secrétaire général des Nations unies, en passant par les zaïms de quartier. Je m'amusais de leurs travers et de leurs faiblesses.
Le cinéma était une autre passion. Dès que je réussissais à économiser un peu d'argent, je me rendais au cinéma Rivoli, situé à la place des Martyrs, pour voir un film. Mon meilleur ami Hicham ou ma sœur aînée m'accompagnaient souvent. Le dernier film que nous avions visionné était Les oiseaux d'Alfred Hitchcock.
Un soir de septembre 1975, je devais me rendre à Ras el-Nabeh pour passer la nuit chez mon oncle. Mais Hicham est venu me proposer d'aller voir un film. Il ne m'a pas fallu longtemps pour changer mes plans.
Nous étions sur le point d'entrer dans la salle du cinéma Rivoli, lorsque des coups de feu ont retenti. Nous avons alors couru tous les deux hors du bâtiment pour nous mettre à l'abri. Une fois en sécurité, Hicham s'est retourné et ne m'a pas trouvé. Il a passé la nuit à me chercher. Il ne pouvait se résigner à aller annoncer l'indicible à ma mère.
Pourtant, au petit matin, il a franchi le pas de notre maison à Chiyah, la mine décomposée.
Ma mère et mes deux sœurs prenaient leur petit déjeuner dans la cour, derrière la maison. Le sol s'est dérobé sous leurs pieds. Après le choc, elles ont réuni tout ce qui leur restait de force pour faire le tour des morgues.
Rien. Il n'y avait aucune trace de moi.
Mon nom est Moustapha Safa. Mon histoire ne s'arrête pas là.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

À la une

Retour au dossier "Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner..."

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué