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Liban - Société

Grosse polémique autour des diffusions musicales à la faculté de génie de l’UL

La commémoration a finalement eu lieu, mais sans la diffusion des chansons de Feyrouz.

Feyrouz, « l'ambassadrice du Liban aux étoiles », n'est plus la bienvenue sur les campus de l'Université libanaise. Il y a moins d'une semaine, la diffusion des chansons de Feyrouz sur le campus de la faculté de génie de l'UL à Hadath a été interdite. L'affaire a, depuis, suscité un grand tollé sur les réseaux sociaux, comme ailleurs.

Un étudiant de la faculté, qui a requis l'anonymat, raconte à L'Orient-Le Jour les détails de l'incident. Des amis de Mohammad Hamadé, un étudiant de la faculté qui a disparu il y a un mois dans un accident de la route, ont eu l'autorisation écrite du directeur de la faculté, Khaled Tawil, pour commémorer l'anniversaire du défunt sur le campus. Au programme : lancer de ballons, affichage de photos de lui entouré de sa famille et ses amis sur les murs du campus et diffusion de ses chansons préférées puisées des répertoires de Feyrouz et de Julia Boutros.
« L'événement devait avoir lieu avant 8 heures du matin, donc avant le début des cours », précise l'étudiant. Jusque-là tout allait bien. Les amis et les membres de la famille de Mohammad étaient présents, notamment sa maman affligée, qui s'était consolée de voir les proches de son fils disparu célébrer son anniversaire comme il aurait bien aimé le faire.

« Vers 7h00, une trentaine d'étudiants ont débarqué sur le campus et ont fait part aux amis de Mohammad de leur désaccord quant à la diffusion des chants », révèle-t-il. Pour l'étudiant en génie, « les amis de Mohammad ne se seraient jamais doutés d'un possible malentendu autour des chansons de Feyrouz, une icône nationale qui transcende toute connotation politique ou religieuse. Je suis moi-même croyant et pratiquant, et je n'écoute pas de la musique pour ces mêmes motifs, mais jamais je ne me permettrais d'interdire à quiconque de le faire », affirme-t-il.
Toujours selon le récit du futur ingénieur, l'événement a finalement eu lieu pendant la pause de midi. Les ballons ont été lancés comme prévu, les photos du jeune défunt accrochées aux murs et ses proches rassemblés. Un seul élément, le plus cher à Mohammad, manquait au tableau : la voix de Feyrouz.

 

(Lire aussi : Quand les colonnes de Baalbeck appellent Feyrouz)

 

La version du Hezbollah
« Il ne s'agit ni de chansons ni de Feyrouz, et encore moins de la nature de l'événement. Là n'est pas la question », conteste Hussein Farroukh, responsable au sein du Hezbollah des affaires estudiantines à la faculté de génie de l'UL à Hadath. « Il est question d'un accord bouclé depuis trois ans par le conseil des étudiants et les clubs de la faculté. Cet accord qui interdit toute diffusion de musique stipule que tout événement sur le campus nécessite aussi un consensus préalable entre eux », explique-t-il. « Cet accord a été négligé, et c'est là où se pose tout le problème », poursuit-il.

L'événement n'a-t-il pas été cependant autorisé par le directeur, une autorité supérieure au conseil estudiantin ? À cette question, M. Farroukh répond par un oui décisif. « C'est pour cela que nous nous sommes adressés au directeur, qui a finalement proposé une solution qui aurait pu satisfaire tout le monde », dit-il. « Le directeur a proposé un simple déplacement de l'événement vers un lieu adjacent, un peu plus loin du centre du campus, mais les organisateurs ont rejeté la suggestion », ajoute-t-il. C'est ensuite les responsables de la sécurité de la faculté qui ont interdit le déroulement de l'événement, toujours selon le responsable au sein du Hezbollah.

« Nous n'avons rien interdit à personne et nous n'avons menacé personne », assure-t-il. « Si nous avons voulu déclencher une dispute nous aurions pu le faire, mais nous avons eu recours à la communication entre nous et les organisateurs en premier, puis avec la direction en second », ajoute-t-il. M. Farroukh insiste sur le fait que le campus respecte la diversité et la richesse et que l'accord dont il a parlé s'applique à tout le monde.
« On nous reproche de diffuser par contre des chants religieux ou politiques. Si nous le faisons, c'est dans les amphithéâtres et dans les salles privées que de tels événements ont lieu, conformément aux titres de l'accord. D'ailleurs, deux jours à la suite de la disparition de notre ami, les chansons de Feyrouz ont été diffusées sur le campus, après qu'on se soit mis d'accord sur la date et le lieu », conclut-il.

 

La direction de l'UL « pas concernée »
Quel rôle pour la direction de l'université dans la gestion d'un tel litige ? « Ceci ne relève pas du rôle de l'université », lance le doyen de la faculté de génie à l'UL, Rafic Younès, joint au téléphone par L'Orient-Le Jour.

« Tout ce qui concerne les activités para-académiques et la vie sur le campus est à gérer par les étudiants eux-mêmes », affirme le doyen. « Dans la faculté dont je suis responsable, nous nous occupons essentiellement de l'aspect académique, la vie sur le campus vient donc en second plan. Et si elle risque de nuire à la performance académique, nous l'arrêtons tout court », a-t-il ajouté. Pour M. Younès, l'affaire de l'interdiction de la diffusion des chants de Feyrouz sur le campus ne relève donc pas de la compétence de la direction, mais devrait être réglée par les forces de l'ordre. « Je ne suis ni juge ni policier, et je ne jouis pas des prérogatives nécessaires à la gestion d'une telle situation », déclare-t-il.

« Tout ce qui se déroule sur la place centrale de l'université, donc en dehors des salles fermées, relève de l'ordre public et devrait rassembler autour de lui l'accord de tous », précise le doyen. Quid des libertés publiques ? M. Younès estime que tout devrait avoir des limites. « Nous avons autorisé le déroulement de l'événement parce que Feyrouz a une valeur nationale et que nous n'avons pas prévu un tel malentendu », souligne-t-il. Le doyen a promis aux étudiants et à la famille de Mohammad Hamadé que son anniversaire sera de nouveau organisé et célébré d'ici à dix jours. « L'université n'est finalement que le reflet de l'image du pays. L'événement qui est célébré dans une région du Liban peut-il être célébré dans une autre ? Je le doute fort », s'interroge M. Younès.

Pour Issam Khalifé, ancien professeur d'histoire à l'UL, « les libertés » académiques « à l'UL sont violées ». « L'ambiance à l'Université libanaise est loin d'être saine », assure-t-il. « Ce qui se passe actuellement dans les campus est contraire à l'esprit d'ouverture qui caractérise le Liban et contraire à l'historique de l'Université libanaise », ajoute encore M. Khalifé.
Plusieurs responsables administratifs de l'UL ont refusé de répondre aux questions de L'OLJ. Quant au ministre sortant de l'Éducation, Élias Bou Saab, qui s'apprêtait à voyager, il a assuré, toujours à L'OLJ, n'avoir pas entendu parler de toute cette histoire.

 

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Feyrouz, « l'ambassadrice du Liban aux étoiles », n'est plus la bienvenue sur les campus de l'Université libanaise. Il y a moins d'une semaine, la diffusion des chansons de Feyrouz sur le campus de la faculté de génie de l'UL à Hadath a été interdite. L'affaire a, depuis, suscité un grand tollé sur les réseaux sociaux, comme ailleurs.
Un étudiant de la faculté, qui a requis...
commentaires (7)

LES HEZBIOTES NE VEULENT PAS DES CHANSONS DE FEIRUZ... PEUT-ETRE DES CHANSONS PERCEES ALORS ?

LA LIBRE EXPRESSION

16 h 25, le 05 décembre 2016

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • LES HEZBIOTES NE VEULENT PAS DES CHANSONS DE FEIRUZ... PEUT-ETRE DES CHANSONS PERCEES ALORS ?

    LA LIBRE EXPRESSION

    16 h 25, le 05 décembre 2016

  • daesh/hezbollah, meme desir d'etat Islamique, juste qui sera chef

    George Khoury

    15 h 15, le 05 décembre 2016

  • J'ai lu , mais il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat dans la gorge....

    FRIK-A-FRAK

    14 h 00, le 05 décembre 2016

  • Le Liban avance a grand pas vers le radicalisme Islamique..

    IMB a SPO

    12 h 31, le 05 décembre 2016

  • quelques (grosses) ficelles que la fumeuse moqawama aime bien utiliser: - Si nous voulions, nous pourrions declancher des problemes (meme pour l'election de aoun ils l'ont utilise) - Il nous faut un consensus (ils ont appris cela des syriens)

    George Khoury

    11 h 32, le 05 décembre 2016

  • Triste pour un si beau pays ...

    Remy Martin

    11 h 12, le 05 décembre 2016

  • « Si nous avons voulu déclencher une dispute nous aurions pu le faire,..." Phrase qui explique tout

    RIGA Pavla

    07 h 42, le 05 décembre 2016

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