Malgré une forte hausse des exportations libanaises vers l’Égypte et une baisse des importations depuis 2011, la balance commerciale bilatérale reste très favorable à l’Égypte. Photo archives Reuters
Depuis plusieurs mois, le gouvernement égyptien manifeste sa volonté de renforcer la coopération économique avec le pays du Cèdre, notamment dans le domaine commercial. La ministre égyptienne de la Coopération internationale, Sahar Nasr, a ainsi appelé la semaine dernière, dans une interview accordée à l'Agence nationale d'information, à réactiver « la commission mixte pour la coopération économique » entre les deux pays dès début 2017. Les services consulaires égyptiens n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour répondre aux questions de L'Orient-Le Jour.
« Avec cette proposition, le gouvernement égyptien semble vouloir renforcer ses relations bilatérales avec le Liban, notamment en matière commerciale en marge de l'accord de libre-échange arabe (Gafta) », relève Georges Khoury, conseiller du ministre sortant de l'Économie et du Commerce, Alain Hakim. Signé par 18 pays membres de la Ligue arabe, cet accord a progressivement réduit les barrières douanières pour, à terme, les supprimer.
Rééquilibrer les échanges
Une impression que partage Atef Idriss, membre du comité chargé des accords commerciaux à la Fédération des Chambres libanaises de commerce, d'industrie et d'agriculture du Liban (FCCIAL). « La commission à laquelle Mme Nasr fait référence a été instituée par l'accord commercial bilatéral signé en 1998 entre le Liban et l'Égypte », explique-t-il. « Elle permettait aux représentants des institutions publiques des deux pays de se réunir une fois par an pour négocier les modalités d'application du traité dans les limites fixées par celui-ci », poursuit-il. Cette commission a continué à se réunir jusqu'en 2011, avant que les événements suivant le départ de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak n'interrompent ses travaux.
Pour M. Khoury, le Liban doit rebondir sur la volonté égyptienne de négocier en aparté avec le Liban pour « rééquilibrer les échanges commerciaux entre les deux pays ». En 2015, le Liban a importé pour plus de 461 millions de dollars de marchandises égyptiennes, principalement du cuivre, du matériel électrique et des légumes, faisant de ce pays l'un de ses plus importants fournisseurs. En revanche, les exportations libanaises vers l'Égypte n'ont atteint que 88,2 millions de dollars pour 144 545 tonnes de produits – essentiellement composées de fruits, de chaudières et équipements assimilés et de produits à base de plastique.
Un déficit bilatéral qui inquiète M. Khoury, malgré le fait que les exportations égyptiennes vers le marché libanais ont baissé de 49 % entre 2011 et 2015, pendant que les exportations libanaises vers ce pays augmentaient de 30 % sur la même période. Une hausse qui pourrait en partie correspondre à celle du transit, la fermeture du poste-frontière syro-jordanien de Nassib, en avril 2015, ayant contraint de nombreux exportateurs au Liban à passer par l'Égypte pour expédier leurs marchandises vers les pays du Golfe.
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Obstacles structurels
Les difficultés du Liban à tirer un meilleur parti du marché égyptien sont en partie liées à des obstacles structurels qui entravent son accessibilité. L'Égypte n'occupe en effet que la 116e place sur 136 au classement de l'indice établi par le Forum économique mondial (FEM) dans ce domaine, avec une note de 3,72 sur 7 (le Liban est 90e avec un score de 4,03). Un handicap que le FEM lie aux carences de l'administration douanière égyptienne, citant notamment les barrières tarifaires ou la lourdeur des procédures administratives, en tête de liste des obstacles qui pénalisent les exportations vers ce pays. « Les barrières non tarifaires imposées par l'administration égyptienne – lenteur des procédures de dédouanement, exigence de certificats d'origine pour les pommes et les raisins, etc. – pénalisent les exportateurs libanais », déplore M. Khoury.
Le pouvoir d'achat des Égyptiens a de son côté été fragilisé par une profonde crise économique et sociale, renforcée par une pénurie de dollars qui s'est traduite par une baisse de 45 % des réserves en devise du pays entre décembre 2010 et septembre 2015, à 19,6 milliards de dollars. Une situation qui a conduit la Banque centrale égyptienne, le 3 novembre dernier, à laisser flotter librement sa monnaie après l'avoir dévaluée de près de 48 %.
« Cette pénurie de devises ne rassure pas les investisseurs étrangers », constate le président du Rassemblement des dirigeants et chefs d'entreprise libanais (RDCL), Fouad Zmokhol. Il indique par ailleurs que « les prises de contact entre les entrepreneurs égyptiens et libanais qui s'étaient rencontrés, fin février, dans le cadre d'un forum d'affaires organisé à Beyrouth » ont été freinées par ce phénomène. « Plusieurs sociétés égyptiennes souhaitant commercialiser leurs marchandises en Afrique étaient alors venues négocier des opportunités de partenariats avec des entrepreneurs libanais présents sur ce continent, afin de bénéficier de leurs réseaux. » « Malgré ces handicaps, l'Égypte offre de belles perspectives pour le Liban à moyen terme », veut toutefois rassurer Marwan Barakat, chef du département de recherche économique de Bank Audi, présente en Égypte. Il rappelle que le Fonds monétaire international a accordé à l'Égypte, le 13 novembre, un prêt de 12 milliards de dollars sur trois ans afin de financer le redressement de son économie.
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