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Moyen Orient et Monde

L’Amérique plonge dans l’ère de la « postvérité »

Éclairage

Choisi mot de l'année par le dictionnaire Oxford, le terme fait référence à la supériorité de l'émotionnel sur l'objectivité des faits pour influencer l'opinion publique.

24/11/2016

Aujourd'hui, c'est Thanksgiving, le jour férié le plus célébré, officiellement et sur le plan populaire, aux États-Unis. Il est de coutume ce jour-là que les familles et les proches se réunissent. « Mais cette année, ils y vont avec l'inquiétude de retrouver un invité intrus : l'ombre du président élu Donald Trump, qui risque de transformer cette réunion familiale en bataille politique entre frères, sœurs, pères, mères, grands-pères, grands-mères et autres beaux-parents », fait remarquer un analyste.

Depuis l'élection du 45e président des États-Unis, le pays est entré, selon divers observateurs, dans l'ère du « post-truth », ou postvérité, alors que pendant une campagne mouvementée, les médias n'ont pas hésité à afficher ouvertement leurs positions. Le terme de postvérité vient d'être choisi comme mot de l'année par le dictionnaire britannique Oxford. Il se réfère à une façon de relater les événements d'une manière qui fait que l'objectivité des faits passe au second plan dans l'esprit de l'opinion publique, en faveur d'un appel à l'émotion et aux options personnelles. Cette tactique s'est beaucoup développée durant la campagne présidentielle américaine, et bien que Donald Trump ait souvent qualifié certains médias de « menteurs » et de « malhonnêtes », elle n'a pas toujours été le monopole des républicains.

En attendant, plus de deux semaines après sa victoire, le président élu est toujours enfermé dans ses bureaux de la Trump Tower à New York, entourée de barricades en ciment, de voitures de police, de policiers armés et d'un nombre impressionnant d'agents du secret service. Contrairement à tous ses prédécesseurs, le président élu n'a toujours pas organisé de conférence de presse après son élection. Il est complètement plongé dans la tâche difficile d'attribuer les postes-clés de son cabinet, et les quatre à cinq mille postes que requiert toute nouvelle administration. Il reste la cible de critiques acerbes, y compris de la part de son propre clan, quoiqu'il n'ait pour l'instant commis aucune action justifiant un opprobre.

 

(Lire aussi : Trump aimerait "être celui qui fera la paix entre Israël et les Palestiniens")

 

Non au « Hail Trump »
Jusque-là, il a déjà contrevenu à certaines promesses faites durant la campagne électorale. L'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger a d'ailleurs affirmé, après avoir rencontré Donald Trump il y a quelques jours : « Ne vous attendez pas à ce que Trump tienne toutes ses promesses. » En effet, le président élu vient de téléphoner au secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, lui affirmant soutenir cette organisation qu'il avait pourtant affirmé vouloir quitter. De même qu'il a renoncé à prendre les mesures judiciaires contre Hillary Clinton, qu'il avait à plusieurs reprises menacée de jeter en prison.

Il a également dénoncé la mouvance des suprémacistes blancs qui ont tenu une conférence de presse à Washington, le week-end dernier, et au cours de laquelle Richard Spencer, leader du mouvement d'extrême droite Alt Right, n'a pas hésité à clamer : « Hail Trump ! » « Hail notre peuple ! » « Hail victoire! », des propos accueillis par plusieurs bras droits tendus. Donald Trump semble ainsi jouer ici la carte de la transition sans heurt et non celle de la « postvérité ». « Ce cycle ne peut se clore du jour au lendemain. Comme n'importe quel bouleversement politique, il lui faudra au moins toute une génération pour achever son cours », affirme un historien américain, pour lequel toutes les tranches de la société américaine (de l'establishment militaire aux minorités) craignent ces soubresauts.

Aujourd'hui donc, la morosité est de mise. Dans son dernier ouvrage paru il y a quelques jours, le célèbre éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman, a touché du doigt ce malaise, refusant néanmoins de se laisser emporter par ce tourbillon de scepticisme, comme l'indique le titre de ce livre Thank You for Being Late : An Optimist's Guide to Thriving in an Age of Accelerations.

 

 

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