Le « chaudron » des bords du fleuve Manzanares : le stade Vicente-Calderon. La vieille enceinte, inaugurée en 1966, est promise à la destruction. Javier Soriano/AFP
C'est la fin d'un demi-siècle de duels enflammés dans le « chaudron » des bords du fleuve Manzanares : le bouillant derby madrilène Atletico-Real, ce soir, devrait être le dernier disputé au stade Vicente-Calderon en championnat d'Espagne, avant le déménagement des Colchoneros prévu l'an prochain. À moins que de futurs tirages au sort en Ligue des champions ou en Coupe du Roi ne prolongent le plaisir, une page de cinquante années de derbies va se tourner à 21h45 heure de Beyrouth, avec la 214e confrontation officielle des deux clubs de Madrid, la 159e en Liga.
À partir de la saison 2017-2018, l'Atletico devrait en effet rejoindre le stade flambant neuf de La Peineta (70 000 places), dans les vastes terrains en plein développement de l'est de la capitale espagnole. Et tant pis pour l'antique stade Calderon, qui se dresse fièrement depuis 1966 au creux d'une boucle du Manzanares, au milieu des immeubles populaires et des cafétérias bon marché du sud de la ville. La vieille enceinte de 55 000 places étant promise à la destruction, l'émotion d'un ultime derby contre les voisins du Real s'annonce intense.
Une énergie énorme
« Il faut laisser de côté la mélancolie d'abandonner ce qui a été notre maison pendant 50 ans », a résumé l'attaquant Fernando Torres sur le site du club. « Je n'ai pas connu d'autre stade. Une partie de mes souvenirs va s'en aller avec le Calderon. Ce sera difficile de passer par là, de ne plus le voir et de n'avoir plus que la mémoire pour se rappeler de toutes ces choses », a fait valoir le joueur formé au club (32 ans), enfant chéri du peuple Rojiblanco.
Parmi « toutes ces choses », il y a eu des années sombres, comme ces 14 années d'éclipse sans la moindre victoire face au Real (1999-2013). En 2011, les supporters du Real avaient même osé une banderole provocatrice : « Recherche adversaire digne pour derby décent. »
La dynamique a néanmoins changé avec l'arrivée de Diego Simeone en 2011. L'entraîneur argentin a permis à l'Atletico de conjurer le sort en battant enfin le Real, en 2013 lors de la finale de la Coupe du Roi, au stade Santiago-Bernabeu (2-1 a.p.). Mais la Ligue des champions reste un crève-cœur : finalistes en 2014 et 2016, les Colchoneros ont perdu à chaque fois contre le Real (4-1 a.p. à Lisbonne, puis 1-1 a.p., 5-3 t.a.b. à Milan).
El Cholo Simeone, déjà l'un des favoris du public lorsqu'il était joueur (1994-1997 et 2003-2005), a souvent vanté le supplément d'âme apporté par le public du Calderon, l'un des plus bruyants d'Espagne. « (Ce stade) a une force et une énergie énormes, dont nous devons profiter », déclarait l'Argentin en septembre dernier. Devant son banc, on a souvent vu Simeone haranguer le public et le pousser à faire plus de bruit, toujours plus de bruit. Jusqu'à ce que les vivats recouvrent les vrombissements de la voie rapide M-30, laquelle s'engouffre sous un tunnel supportant la tribune principale, énième bizarrerie architecturale de ce stade d'un autre temps.
Boulevard des mélancoliques
À son inauguration en 1966, le stade du Manzanares, son nom initial, succédait à l'antique stade Metropolitano et se vantait d'être le premier en Europe à ne compter que des places assises. Bientôt rebaptisée du nom du mythique président Vicente Calderon Pérez-Cavada, l'enceinte a accueilli des matches du Mondial 1982, applaudi plusieurs légendes du football mondial, comme le roi Pelé, et connu tous les sentiments, joies immenses et peines atroces. « Il faut avoir pleuré à l'intérieur du Calderon, qui est ma maison », fredonnait en 2003 le chanteur Joaquin Sabina, auteur de l'hymne du centenaire du club.
Le premier à avoir marqué sur cette pelouse en 1966 ? Luis Aragones, idole absolue des Matelassiers (Colchoneros). Et le premier derby à y avoir été disputé ? Un match nul (2-2) face au Real en 1967. Cinquante ans plus tard, l'enceinte établie sur le Paseo de los melancolicos (Boulevard des mélancoliques) espère revivre ce soir ses plus belles émotions. Et vibrer, une dernière fois, aux dépens du Real.
Jean DECOTTE/AFP


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