X

Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« J’avais 19 ans et je pensais avoir la vie devant moi »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Nizar. Je suis de Zahriyé, à Tripoli.
J'étais l'aîné d'une famille de sept enfants. Mon père est décédé alors que nous étions encore petits. Pour cette raison, j'ai dû interrompre mes études scolaires, alors que j'étais en classe de septième, pour travailler et aider ma mère à subvenir aux besoins de notre famille. Mon oncle m'avait décroché un travail chez un ami à lui. Il était mécanicien. J'ai saisi cette chance. Peu de temps après avoir été formé à ce métier, j'ai réussi à ouvrir mon propre garage près de l'école Ghannoum, à Zahriyé.
Je travaillais dur, mais je réussissais à consacrer du temps à mes amis. Nous avions l'habitude de nous retrouver le soir pour écouter de la musique et danser sur les chansons de nos deux groupes mythiques, Abba et les Bee Gees. Il y avait aussi cette fille, Hanadi, dont j'étais très amoureux. Elle était plus jeune que moi et ses parents n'approuvaient pas notre relation. J'étais toutefois prêt à l'attendre. J'avais 19 ans et je pensais, à tort, avoir la vie devant moi.

Le 1er janvier 1983, j'ai accompagné un ami au Koura pour chercher une pièce de rechange dont il avait besoin pour sa voiture. En chemin, nous nous sommes disputés avec des hommes armés au barrage de Bohsas. C'était la fin de notre voyage. Nous n'irons pas plus loin.
Selon plusieurs témoignages, nous avons été menés dans une prison à Amioun. Ma mère s'y est rendue à maintes reprises, mais on lui a toujours refusé l'entrée. Elle n'a pas baissé les bras. Elle a essayé de nombreuses fois de me voir, jusqu'au jour où on lui a annoncé que je n'étais plus là.

Dix-neuf mois après mon enlèvement, une personne qui avait travaillé avec mon beau-frère est venue la voir, ravivant son espoir de me revoir vivant. Il lui a raconté qu'il avait partagé ma cellule dans la prison de Fih, à Koura, connue aussi sous le nom de « la cave ». Il avait été kidnappé avec d'autres collègues sur son lieu de travail avant d'être relâché.
Lorsque ma mère s'est rendue à la prison, elle était vide.
Mon nom est Nizar el-Kartaoui. Mon histoire ne s'arrête pas là.

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

À la une

Retour au dossier "Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner..."

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué