Les Libanais ont souvent été dépeints comme d'indécrottables nombrilistes, convaincus de figurer au centre des préoccupations internationales. À cette fin, ils arguent du caractère unique de leur pays, modèle de coexistence dans une région livrée aux tensions sectaires : idyllique modèle régulièrement écorné pourtant par des secousses non exemptes parfois de violence, hélas. Tout comme le reste de l'humanité, ces mêmes Libanais sont néanmoins en droit de se demander de quelles espérances, ou alors de quels motifs d'angoisse peut être porteuse l'accession, à la tête de la superpuissance américaine, d'un personnage aussi singulier que Donald Trump.
Avec jubilation ou effroi selon le cas, nombre de nos compatriotes auront même fait fi de toutes les proportions et échelles pour voir dans les élections quasi concomitantes de Trump et de Michel Aoun une même illustration du déferlement populiste observé depuis quelque temps en divers points de la planète. Non sans humour, les internautes auront été les premiers à monter au créneau, ironisant sur les teintes orangées ornant les deux parcours. Plus sérieusement, d'aucuns auront relevé certaines similitudes dans le comportement des deux hommes face à leurs publics. Pour d'autres enfin, la présence, aux côtés de Trump, de plus d'un conseiller d'origine libanaise, agissant en titre ou de manière plus discrète, est bien la preuve des bonnes dispositions qu'aurait, envers notre pays, le vainqueur de l'épique présidentielle américaine.
Heureux, certes, ceux qui ont la foi ; mais que de montagnes la pauvre est-elle vouée à soulever, compte tenu de toutes les incertitudes et contradictions entourant un programme moyen-oriental dont tous les points auront forcément des retombées sur notre pays. De là où il affectait une bienveillante neutralité dans le conflit israélo-palestinien (bienveillante pour Israël, bien évidemment), Donald Trump se promet maintenant un rôle important dans un règlement négocié de cette question. Si la destruction de Daech est prioritaire pour le président élu des États-Unis, on ne sait trop, ainsi, quel avenir il envisage pour la Syrie. Brûlant de coopérer avec Poutine, il met néanmoins la pression sur l'Iran, qui combat avec la Russie pour la survie du régime Assad en même temps qu'il bétonne ses positions au Liban. Il veut interdire aux musulmans l'entrée aux États-Unis, mais sur son site Internet, l'infamante consigne d'exclusion est biffée pour réapparaître, tel un feu follet, peu après. Enfin, et sans aller jusqu'à parler de croisade contre le terrorisme comme le fit naguère George W. Bush, ses proches citent volontiers sa détermination à œuvrer pour les chrétiens d'Orient, applaudis en cela par les organisations araméennes et assyriennes militant à Washington.
Reste-t-on vraiment le même, une fois parvenu, de longue lutte, au faîte du pouvoir ? On découvre en ce moment un Michel Aoun déployant de visibles et méritoires efforts pour se poser en président de tous les Libanais. Et dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, on vient de voir un Donald Trump jouant à fond l'apaisement, devisant le plus civilement du monde avec le même Barack Obama dont il se jurait d'éliminer jusqu'à l'empreinte, tandis que les deux First Ladies papotaient sur les charmes et contraintes de la vie familiale dans la résidence présidentielle.
En définitive, ce n'est pas au temps qu'il faut donner le temps, mais à ces réalités et nécessités qu'impose, implacablement, le simple apprentissage du pouvoir.
Avec jubilation ou effroi selon le cas, nombre de nos compatriotes auront même fait fi de toutes les proportions et échelles pour voir dans les élections quasi...


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