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Économie

Businessman et président : Donald Trump guetté par les conflits d’intérêts

Éclairage

De la Russie à Deutsche Bank, les ramifications de l'empire immobilier du nouveau président américain restent entourées de mystères.

OLJ/AFP/Jeremy TORDJMAN
11/11/2016

Patron d'un empire économique et, désormais, président des États-Unis : en cumulant ces deux casquettes, Donald Trump s'expose à des conflits d'intérêts d'une magnitude sans précédent dans l'histoire politique américaine.

En tant qu'entrepreneur, le président républicain élu mardi a fait fortune en bâtissant un vaste réseau d'hôtels et d'immeubles de luxe à la tête de la Trump Organization, la holding qui chapeaute ses activités et dont les ramifications restent entourées de mystère. D'après les informations publiques, cet empire immobilier est principalement implanté aux États-Unis mais s'étend aussi à des pays alliés (Corée du Sud, Turquie...) avec lesquels l'administration Trump devrait continuer d'entretenir des liens diplomatiques, au risque d'alimenter un curieux mélange des genres.

La Trump Organization n'étant pas cotée en Bourse, de nombreuses activités restent par ailleurs dans l'ombre et des médias américains ont fait notamment état de liens financiers étroits avec des proches du président russe Vladimir Poutine, dont le magnat de l'immobilier a loué le leadership pendant sa campagne. « Que ce soit clair, j'ai zéro intérêt financier en Russie », avait rétorqué M. Trump en juillet.

Les zones grises sont loin de se limiter à la Russie. Selon le Wall Street Journal, le milliardaire new-yorkais a ainsi reçu, depuis 1998, pour 2,5 milliards de dollars de prêts de la Deutsche Bank pour financer ses activités économiques. Or la banque allemande, mise en cause aux États-Unis pour son rôle dans la crise financière de 2008, va bientôt se voir infliger une très lourde amende dont le montant est encore débattu à Washington. Si elle hérite de ce dossier, l'administration Trump décidera-t-elle d'avoir la main moins lourde en pensant aux intérêts du président ?

Les accusations de conflits d'intérêts ne sont certes pas inédites aux États-Unis. Elles avaient ainsi pollué l'administration de George W. Bush dont le vice-président Dick Cheney dirigeait, jusqu'à sa désignation en 2000, le groupe pétrolier Halliburton, qui a hérité de juteux contrats en Irak après l'invasion américaine de 2003.

 

(Lire aussi : Le Mexique frappé par « l’ouragan Trump »)

 

« On ne sait pas à qui il doit de l'argent »
Mais le cas Trump, dont le nom est indissociablement attaché à son empire économique, relève d'une autre dimension. « C'est sans précédent dans l'histoire des États-Unis notamment, parce qu'on ne connaît pas l'ampleur et la nature de ses liens financiers », affirme à l'AFP Kathleen Clark, professeure de droit à la Washington University.
Cette experte en questions éthiques pointe un fait particulièrement préoccupant pour cet homme d'affaires qui a financé son expansion par la dette. « On ne sait pas à qui il doit de l'argent et devoir de l'argent est un lien financier bien plus significatif qu'un investissement », soutient-elle.

Pour le moment, Donald Trump n'a que peu parlé de ces potentiels conflits d'intérêts, d'abord parce personne ne l'imaginait vraiment s'installer dans le bureau Ovale mais aussi parce que la loi américaine est très souple en la matière. En vertu de la législation, le président ou le vice-président peuvent ainsi combiner leurs mandats avec des activités économiques alors que les obligations pesant sur les membres non élus de l'exécutif sont bien plus contraignantes. La Constitution interdit certes à tout responsable politique d'accepter le moindre « émolument » d'une puissance étrangère mais cette disposition n'interdit en rien d'entrer en affaires avec des partenaires privés à l'étranger.

 

(Lire aussi : L’impact de la victoire de Trump sur l’économie américaine)

 

Tentant d'éteindre toute polémique, M. Trump s'était toutefois engagé pendant la campagne à confier ses activités à un « blind trust », une structure financière indépendante le privant de tout droit de regard sur son groupe. Mais le magnat s'était empressé d'ajouter que cette société fiduciaire serait en réalité placée sous le contrôle de trois de ses enfants qui occupent déjà les fonctions de vice-président de la Trump Organization. Cela suffira-t-il réellement à tenir Donald Trump à l'écart de son empire ? « Nous ne discuterons pas de ces choses. (...) Comme vous le savez, (président) est un job à plein temps. Il n'a pas à se préoccuper de son entreprise », clamait en septembre un de ses fils, Donald Jr.

Un autre dirigeant avait opté pour la même stratégie : après sa première élection en 1994 à la tête du gouvernement italien, Silvio Berlusconi avait confié la direction de son empire audiovisuel à des membres de sa famille, sans toutefois échapper à de tenaces soupçons de conflits d'intérêts.

 

 

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Ma Fi Metlo

Où est la bizarrerie qu'un élu américain puisse être riche ?

Trump n'est pas le 1er , Carter était le roi de l'arachide, Ford les bagnoles, bush le pétrole etc....

La seule chose qui dérange c'est qu'il aime bien Poutine qui reste très réservé malgré tout.
J'ai comme l'impression que ceux qui souhaitaient le voir au pouvoir pour venir nous régler nos problèmes sont un peu déçus. Attendons 2017, et je crains le pire pour ceux là . Lol.....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ELECTION BIZARRE ! IL ETAIT SI CERTAIN COMME S,IL ETAIT CHOISI...

M.V.

Contre vérités ou intox AFPiste ...ou les deux...les lois américaines sont très claires , pour codifier et encadrer pendant la durée du mandat présidentiel ,la gestion du patrimoine d'un élu ,d'autant que cela se fait aussi sous le contrôle l'IRS (Internal Revenue Service) ,créé en 1862 d'ailleurs par un président Républicain, Abraham Lincoln ...

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