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Un Américain pas tranquille

Quand Paris s'enrhume l'Europe prend froid, disait Metternich. Mais qu'en serait-il alors du monde tout entier quand c'est la première des puissances qui est atteinte d'un mal dépassant largement en gravité un rhume banal et que c'est un médecin amateur qui va se charger de la soigner ?

Bien atteinte déjà paraissait l'Amérique le jour même où elle se condamnait à choisir entre deux ambitions dévorantes desservies par des moralités manquant pour l'une de rigueur et de transparence, notamment financière ; et, pour l'autre, manquant tout simplement à l'appel. Encore plus malade s'avérait l'Amérique quand, au terme d'une campagne d'une férocité sans précédent, marquée par un vertigineux déballage de linge sale, c'est pour le plus controversé des deux rivaux qu'elle optait : le milliardaire novice en politique, braillard, arrogant, insultant, vulgaire, raciste, islamophobe et on en oublie.

C'est vrai que dans la patrie du mythique rêve américain, tout peut arriver, c'est-à-dire le pire tout autant que le meilleur. On y a vu ainsi l'acteur de films de série B Ronald Reagan se poser en brillant joueur d'échecs face à l'Union soviétique ; évènement proprement historique, les électeurs ont installé un Noir à la Maison-Blanche, même si le problème racial demeure malheureusement entier ; et Hillary Clinton n'a pas été trop loin de devenir la première femme à accéder au suprême poste de commandement.

Incroyable néanmoins demeure le parcours de ce Donald Trump dont l'acte de candidature a été moqué des médias mais qui, très vite, faisait le vide autour de lui pour s'adjuger l'investiture du Parti républicain, finissant, en dépit de ses insupportables frasques, par démentir pêle-mêle instituts de sondages et analystes politiques en décrochant la timbale. Simple, sinon simpliste, aura pourtant été son secret. Pour le bâtisseur de colossales fortunes, celui-ci consistait surtout à galvaniser un électorat de race blanche et à faible niveau d'éducation et de revenu : à promettre une part de rêve à ces laissés-pour-compte de la mondialisation froidement sacrifiés, selon lui, par les élites de Washington.

Toujours est-il que c'est une Amérique profondément divisée, à l'horizontale comme à la verticale, qui émerge de cette élection absolument pas comme les autres, et que Trump s'engageait, dès hier, à réunifier. Faisant opportunément assaut de modération, le président élu a même rendu un hommage inattendu à cette même Hillary Clinton qu'il menaçait, hier encore, de jeter en prison et qui, sans le moins du monde renoncer au combat, se soumettait sportivement au verdict des urnes, suivie en cela par Barack Obama. Adossé à un Congrès qui demeure résolument républicain, le président élu n'aura pas trop de mal à s'affirmer, ainsi qu'il le promettait, comme un président fort, probablement acharné à déconstruire le legs de son prédécesseur démocrate. Mais sera-t-il vraiment le président de tous ?

Reste à savoir comment la planète Terre, elle aussi affectée, de près ou de loin, par les humeurs ou bien l'état de santé de l'Oncle Sam, s'adaptera ou non à une Amérique revue et corrigée par Donald Trump. Si la victoire de celui-ci comble d'aise la Russie et Israël, elle est vécue comme un cauchemar par le Mexique et nombre de pays musulmans. Elle inquiète profondément une Europe attachée à l'Otan et aux accords climatiques et elle donne des ailes aux courants hypernationalistes, démagogues, populistes et extrémistes.

Qu'elle soit interventionniste ou repliée sur elle-même, que les habituels garde-fous et contre-pouvoirs institutionnels parviennent ou non à réfréner les ardeurs de Trump, l'Amérique et son roi dollar continueront longtemps de peser sur les affaires du monde, d'impressionner, d'effrayer. Mais c'est bien la première fois que le monde se prend à trembler pour l'Amérique.



Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Quand Paris s'enrhume l'Europe prend froid, disait Metternich. Mais qu'en serait-il alors du monde tout entier quand c'est la première des puissances qui est atteinte d'un mal dépassant largement en gravité un rhume banal et que c'est un médecin amateur qui va se charger de la soigner ?
Bien atteinte déjà paraissait l'Amérique le jour même où elle se condamnait à choisir entre deux ambitions dévorantes desservies par des moralités manquant pour l'une de rigueur et de transparence, notamment financière ; et, pour l'autre, manquant tout simplement à l'appel. Encore plus malade s'avérait l'Amérique quand, au terme d'une campagne d'une férocité sans précédent, marquée par un vertigineux déballage de linge sale, c'est pour le plus controversé des deux rivaux qu'elle optait : le milliardaire novice en politique,...