Si le Premier ministre désigné Saad Hariri se veut optimiste, répétant que le prochain gouvernement verra le jour dans les plus brefs délais, les contacts qu'il mène dans ce sens se heurtent toujours aux demandes des diverses formations politiques désireuses de prendre part au nouveau cabinet.
La plus marquante de ces demandes reste, bien entendu, celle du président de la Chambre, Nabih Berry, qui souhaite garder le ministère des Finances entre les mains du mouvement Amal qu'il préside. Pour justifier cette prise de position, M. Berry ne manque pas d'évoquer l'accord de Taëf qui accorde, selon lui, ce portefeuille à la communauté chiite.
Honein : « La Constitution est claire »
Ce tableau a fait dire à certains que la formation du premier cabinet du mandat Aoun est marquée par des « hérésies constitutionnelles ».
Interrogé à ce sujet par L'Orient-Le Jour, le juriste et ancien député Salah Honein a fait savoir que « la Constitution est très claire en matière de formation des cabinets ». « Le seul critère est celui de respecter les équilibres confessionnels, et c'est une nécessité », a-t-il expliqué, avant de poursuivre: « Contrairement à ce qu'avance M. Berry, aucun texte constitutionnel, encore moins l'accord de Taëf, ne consacre un portefeuille quelconque à une communauté bien déterminée. »
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Pour l'ancien député de Baabda, « une telle procédure s'inscrirait dans le cadre d'un partage du gâteau entre les partis politiques et le texte constitutionnel ne peut entrer dans de tels détails. Bien au contraire, il favorise la participation de tous à la prise de décision étatique conformément aux seuls critères de la capacité et du mérite ».
C'est dans ce cadre que Salah Honein place le concept de « rotation des portefeuilles ministériels », évoqué mardi par le bloc du Changement et de la Réforme : « Comme les ministères ne sont pas attribués à des communautés religieuses bien précises, cela signifie que toutes les formations politiques peuvent occuper tous les ministères. Il y a donc rotation des portefeuilles. »
Commentant les concepts de « minorité de blocage » et de « portefeuille régalien », le juriste a estimé que « la première vise à assurer l'importance accordée aux sujets dits fondamentaux (article 65 de la Constitution), et qui ont besoin de l'approbation des deux tiers des ministres, et cela ne renvoie aucunement à la possibilité de bloquer ou de paralyser le Conseil des ministres ». « Il ne faut pas parler de portefeuilles régaliens parce qu'il est honteux de classifier les ministères », a souligné M. Honein, avant d'ajouter : « Tout dépend du ministre et de son action. C'est lui qui donne de l'importance à son portefeuille. Preuve en est l'expérience du ministre sortant de la Culture, Rony Arayji. »
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Rifaï met en garde contre un « cinquième de blocage »
Face à ce tableau principalement axé sur les textes constitutionnels, l'avocat et juriste Hassan Rifaï propose une explication politique aux revendications de Nabih Berry et au reste des « atteintes à la Constitution observées actuellement ». Rappelant que le président de la Chambre négocie le dossier gouvernemental au nom du tandem Amal-Hezbollah, M. Rifaï a estimé qu'« il s'agit d'une partie libanaise qui dit bénéficier d'une majorité populaire (laquelle n'existe pas chez les chrétiens par exemple), et qui veut opter pour une opposition de l'intérieur ». « En confiant à Nabih Berry la mission de négocier au nom du duopole chiite, le Hezbollah a voulu assurer son unité », constate M. Rifaï à L'OLJ. « M. Berry lie ainsi sa demande de détenir le ministère des Finances à la conformité du nouveau cabinet au pacte national », note M. Rifaï, avant d'en tirer la conclusion suivante : « Cela pourrait mener les chiites à ne pas prendre part au premier gouvernement du nouveau mandat. »
Ce tableau pousse le juriste à évoquer ce qu'il appelle « le cinquième de blocage » : « Dans un cabinet de 30 ministres, les chiites devraient être représentés par 6 ministres, c'est-à dire un cinquième du gouvernement. » Selon lui, » il suffit que les ministres chiites démissionnent ou menacent de boycotter les séances ministérielles, pour bloquer le gouvernement, ce qui constitue une atteinte à la Constitution ». Pour M. Rifaï, un tel chantage « s'explique par la détention des armes, d'une part et d'autre part par l'hégémonie des partis de Hassan Nasrallah et de Nabih Berry au sein de la communauté chiite ».
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La plus marquante de ces demandes reste, bien entendu, celle du président de la Chambre, Nabih Berry, qui souhaite garder le ministère des Finances entre les mains du mouvement Amal qu'il préside. Pour justifier cette prise de position, M. Berry ne manque pas d'évoquer l'accord de Taëf qui accorde, selon lui, ce portefeuille à la communauté chiite.
Honein : « La Constitution est claire »Ce tableau a fait dire à certains que la formation du premier cabinet du mandat Aoun est marquée par des « hérésies...


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07 h 56, le 10 novembre 2016