La flambée des prix touche surtout les biens de première nécessité : l’huile, le sucre, le riz. Mohammad Abdel Ghany/Reuters
La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a indiqué hier qu'elle allait recommander au conseil d'administration du FMI, qui se tient vendredi, l'approbation d'un crédit de 12 milliards de dollars.
Vitaux pour une économie malmenée depuis la révolution de 2011 contre Hosni Moubarak, ces fonds devraient être versés sur trois ans au terme d'un programme de réformes qui comporte la libéralisation du taux de change et la réduction des subventions publiques allouées notamment à l'essence et à l'électricité.
« Je vais recommander au conseil d'administration d'approuver la demande de l'Égypte » pour soutenir ce programme de réformes « qui aidera à restaurer la stabilité macroéconomique et conduira l'économie de l'Égypte plus près de son plein potentiel », a déclaré Mme Lagarde dans un communiqué.
Coût de la vie
Mais à une station de minibus du Caire, les usagers pestaient ce week-end contre le sévère impact de ces réformes. « Comment puis-je vivre alors que le prix du kilo de sucre est passé de 4,5 livres (0,28 dollar) à 10 livres (0,62 dollar), et que le prix du riz a doublé ? » s'emporte Seddik Mohammad. Agent de nettoyage dans un grand hôtel, il travaille aussi dans un supermarché pour compléter son salaire mensuel de 95 dollars et subvenir aux besoins de ses trois enfants. Pour son trajet habituel, il doit désormais débourser environ 1,6 euro de plus par mois. « Les transports ne sont pas les seuls. Il y a surtout les biens de première nécessité : l'huile, le sucre, le riz », déplore Samar, femme au foyer de 30 ans, qui vient de récupérer ses trois enfants de l'école.
Jeudi, la Banque centrale a décidé de laisser flotter la livre égyptienne, entraînant de facto une forte dévaluation de près de 50 % de la monnaie face au dollar. Et le soir même, les prix du carburant subventionné, cible de la politique d'austérité du gouvernement, se sont envolés : hausse de 47 % pour le litre d'essence à indice d'octane 80 et de 35 % pour celui de super 92. « C'est l'application simultanée de ces deux décisions qui va entraîner une forte augmentation des prix », souligne Omar el-Shenety, à la tête de la banque d'investissement Multiples Group. L'inflation, aujourd'hui de 14 %, « pourrait dépasser les 20 % dans l'année et demie à venir », avertit-il.
Parallèlement, le programme de réformes inclut aussi une nouvelle TVA et une baisse des subventions sur l'électricité.
Hausse record
« Deux années difficiles attendent les Égyptiens » avant que les réformes ne portent leurs fruits, estime Amr Adly, professeur d'économie à l'Université américaine du Caire. Il s'attend à une « aggravation de la récession causée par la pénurie de devises étrangères, qui avait déjà conduit à un ralentissement de la production, en raison de la hausse des coûts d'importation. » Lui aussi prévoit une hausse de l'inflation, « conséquence de l'augmentation des prix du carburant. »
« Hausse record », pour les prix des fruits et des légumes, indiquait dimanche le quotidien économique al-Mal, conséquence d'une augmentation des prix du transport de 30 % à 40 %. Par ailleurs, le pays a connu ces derniers mois des pénuries de sucre, d'huile, de lait infantile ou encore de médicaments.
Face à la situation explosive et le risque de manifestations de masse, les autorités ont prévu des mesures pour limiter l'impact de la crise, dans un pays où près d'un tiers des 90 millions d'habitants vit sous le seuil de pauvreté. Le gouvernement entend augmenter de 7 % les salaires des six millions de fonctionnaires, faire passer le minimum vieillesse à 500 livres égyptiennes (31 dollars) et étendre le nombre de bénéficiaires d'aides publiques aux familles sans revenus. Et lundi, les autorités ont annoncé que le prix du pain subventionné ne changerait pas et qu'elles fourniront une aide financière aux boulangeries qui achètent du carburant pour faire fonctionner leurs fours.
« L'État prendra en charge les coûts supplémentaires de la production » créés par l'augmentation des prix du carburant, souligne un communiqué officiel expliquant que le carburant sera vendu à ces boulangeries au prix ancien soit 1,8 livre égyptienne (0,11 dollar) le litre au lieu de 2,35 (0,15 dollar).
(Source : AFP)

