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Moyen Orient et Monde - Décryptage

La bataille de Raqqa se fera-t-elle sans les Turcs ?

L'opération pour reprendre la capitale de l'EI en Syrie a débuté.

Des combattants des Forces démocratiques syriennes se trouvaient hier à 1 km de la ville de Aïn Issa, c’est-à -dire à 30 km au nord de Raqqa. Delil Soulieman/AFP

Raqqa en même temps que Mossoul. C'est le pari risqué qu'ont fait les Américains malgré le contexte chaotique du terrain syrien. Le lancement de l'opération, baptisée « Colère de l'Euphrate », a été annoncé hier par les forces arabo-kurdes (FDS), alors que Washington, qui dirige la coalition internationale antijihadistes, a de son côté confirmé le début des opérations pour « isoler » Raqqa, considérée comme la capitale politique et administrative de l'État islamique (EI), après que les jihadistes s'en furent emparés en 2013.

Comme lors de la bataille de Mossoul, démarrée le 17 octobre dernier, la première phase de l'offensive menée par les FDS consistera à libérer la province de Raqqa, pour encercler la ville. Mais contrairement à Mossoul, où les peshmergas ont collaboré avec Bagdad et d'autres milices durant la première phase, les FDS seront les seules à participer à cette opération sur le terrain. Toutes les forces extérieures ayant été, a priori, exclues, à savoir les Russes, les Iraniens et surtout les Turcs qui avaient pourtant clairement expliqué que la bataille ne se ferait pas sans eux. Et encore moins avec leur ennemi juré, les Kurdes du Parti de l'union démocratique (PYD) – branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) – considéré par Ankara comme un groupe terroriste.

(Lire aussi : La chute du "califat" de l'EI prendra encore un peu de temps)


Les Américains semblent cependant avoir fait leur choix en soutenant les Kurdes, au détriment des Turcs, leurs alliés au sein de l'Otan. Ces derniers avaient pourtant réussi à reconquérir plusieurs territoires aux mains de l'EI, notamment la ville de Dabiq, en s'appuyant sur des forces rebelles modérées. Échaudé par la victoire des Kurdes après la reprise de Manbij en août dernier, qui avait mis à mal ses relations avec Washington, puis écarté de la bataille de Mossoul, Ankara acceptera-t-il de ne pas avoir un rôle déterminant à jouer dans la bataille la plus importante contre l'EI en Syrie ? « Le fait que les Turcs ne soient apparemment pas associés à l'offensive sur Raqqa aurait normalement dû susciter chez eux une colère et une frustration », estime Bayram Balci, expert franco-turc, chercheur au CNRS et à l'Institut français d'études anatoliennes d'Istanbul. Or, pour l'heure, ces derniers seraient restés silencieux, précise-t-il après avoir épluché les journaux turcs.





Pas de confiance mutuelle
« Les participations des armées turque et kurde sont désormais devenues exclusives l'une de l'autre. Les deux parties ne se font pas confiance et rejettent toute forme de coopération directe », rappelle de son côté Dlawer Ala'Aldeen, président du Middle East Research Institute (Meri) et ancien ministre de l'Éducation et de la Recherche scientifique du Kurdistan irakien (2009-2012).
« Les États-Unis ont clairement leurs propres raisons de pousser pour la bataille de Raqqa, car ils veulent acculer l'EI, alors que des progrès sont réalisés à Mossoul », affirme l'expert kurde. Les dessous de la rencontre entre le chef d'état-major interarmées américain Joseph Dunford et son homologue turc à Ankara, hier, n'ont pas filtré, mais l'émissaire américain auprès de la coalition internationale anti-EI, Brett McGurk, a déclaré en soirée, à Amman, que les États-Unis sont en « contact étroit » avec la Turquie pour coordonner l'offensive sur Raqqa. « Après avoir été tellement marginalisés du fait de leur non-participation à la bataille de Mossoul, je pense que les Turcs ne veulent pas perdre la face et être humiliés une fois de plus, d'où leur silence », estime Bayram Balci. Les Américains auraient donc fait pression en sous-main sur Ankara pour mener à bien leur entreprise lancée par le biais des FDS.


(Lire aussi : Raqqa, la « ville modèle » du « califat »)


Pour Dlawer Ala'Aldeen, il est possible qu'après pression des États-Unis, la Turquie ait accepté de rester en retrait, avec en échange la garantie d'une nouvelle limitation, « voire d'une inversion de l'expansion kurde ». « Pour la Turquie, Jarablous et al-Bab sont stratégiquement plus importantes que Raqqa, car sa priorité est d'empêcher la connexion entre Afrin et le reste du Rojava (Kurdistan syrien). Ils savent aussi que la bataille de Raqqa sera imprévisible et potentiellement très coûteuse avec pas grand-chose à la clef », estime le chercheur kurde.



Confiants
Les FDS mèneront donc pour l'instant, à elles seules, la bataille permettant d'encercler Raqqa. Fortes de 30 000 hommes et femmes, ces unités ont remporté une série de victoires contre l'EI au cours des 12 derniers mois. « Les Américains et les FDS semblent confiants sur le fait que leur coopération suffira pour reprendre la ville des mains de l'EI », abonde Dlawer Ala'Aldeen. Le fait que ces forces composées des Unités de défense du peuple kurde (YPG), mais aussi d'Arabes et de Turkmènes, soient issues des populations présentes dans cette région du pays vient conforter l'idée que « la Turquie n'a pas d'autre option que d'accepter qu'il s'agisse d'une affaire qui concerne les Syriens, dont les Kurdes font partie », explique Bayram Balci.

Les autres acteurs sur le terrain syrien sont restés silencieux malgré l'annonce du lancement des opérations. Pourtant, ni les Russes ni les Iraniens, et encore moins le régime syrien ne voient d'un bon œil une nouvelle victoire, et non des moindres, de cette alliance arabo-kurde. « Le gouvernement syrien aurait aimé conquérir Raqqa avant les Kurdes, mais il n'en a pas les moyens. L'Iran et la Russie ne peuvent pas s'opposer à ce que les FDS et le PYD prennent Raqqa pour le moment, mais dans l'avenir ils voudront voir comment ces gains seront utilisés politiquement par les Kurdes », conclut Dlawer Ala'Aldeen.


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commentaires (2)

LA TURQUIE TOUT COMME L,IRAN EST UN ELEMENT DE DESTABILISATION EN IRAQ ET EN SYRIE...

DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

10 h 29, le 07 novembre 2016

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Commentaires (2)

  • LA TURQUIE TOUT COMME L,IRAN EST UN ELEMENT DE DESTABILISATION EN IRAQ ET EN SYRIE...

    DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

    10 h 29, le 07 novembre 2016

  • Pourquoi écarter les turcs? Ils font partie de la famille pourtant, en ayant permis aux bactéries de s'infiltrer à raqqaille sur proposition des occidentaux er des bensaouds.

    FRIK-A-FRAK

    08 h 51, le 07 novembre 2016

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