Depuis son rapprochement historique avec les États-Unis, 83 projets d’investissements ont été signés mais beaucoup d’entre eux attendent d’entrer en phase de réalisation. Archives AFP
Deux ans après son rapprochement historique avec les États-Unis, Cuba est parvenue à lisser son image auprès des investisseurs étrangers, mais la bureaucratie et l'embargo américain freinent encore l'afflux de capitaux pourtant essentiels à la sauvegarde de son économie.
En juin 2014, dans le cadre de son plan d' « actualisation » d'un modèle étatique obsolète, le gouvernement de Raul Castro a élargi l'ouverture aux capitaux extérieurs avec une loi favorisant l'investissement sur l'île.
Selon les calculs du gouvernement, plus de 2 milliards de dollars annuels en investissements étrangers sont nécessaires pour accompagner les réformes et soutenir la croissance. Mais depuis 2 ans, le montant des 83 projets déjà signés n'atteint que 1,5 milliard de dollars, et une bonne partie d'entre eux attendent encore d'entrer en phase de réalisation.
« En matière de concrétisation d'affaires, on n'avance pas encore au rythme que requiert le développement de notre économie », a reconnu cette semaine le ministre du Commerce extérieur, Rodrigo Malmierca, en marge de la Foire internationale de La Havane (Fihav).
En tête des causes soulevées par le ministre, figurent l'impact de l'embargo américain, qui menace de sanctions toute entreprise commerçant avec Cuba si elle a des liens avec les États-Unis, mais aussi le manque de préparation des agents de l'État cubain, sur les épaules desquels reposent 80 % de l'économie.
« Manque de préparation »
Les entrepreneurs étatiques cubains « hésitent à l'heure de prendre des décisions, parfois à cause d'un manque de préparation », a admis M. Malmierca, promettant de faire son possible pour rendre ces agents plus efficaces et plus autonomes, et plus généralement d'« améliorer le climat des affaires » à Cuba.
Les autorités ont publié lors de la Fihav un nouveau « portefeuille d'affaires » destiné à attirer les capitaux étrangers. Le document présente 395 projets pour un montant total de 9,5 milliards de dollars, mais aucun n'implique l'initiative privée locale, frustrant investisseurs et experts.
Après l'arrivée au pouvoir de Raul Castro il y a 10 ans, l'État a ouvert la porte au petit entrepreneuriat privé, mais il privilégie encore le modèle des coopératives, conforme à l'idéologie de la révolution.
« La logique de sécurité nationale » fait que « la croissance économique du pays se voit limitée par le manque de cohérence et de complémentarité des changements économiques », regrette le politologue cubain de l'Université du Texas Arturo Lopez-Levy.
Soucieuses d'améliorer leur image, les autorités cubaines sont parvenues ces dernières années à faire apurer une grande partie de leur dette extérieure.
Mais pour l'ancien diplomate et universitaire cubain Carlos Alzugaray, elles doivent maintenant s'engager sur la voie « de la décentralisation et accepter que le secteur privé doive jouer un rôle plus important ». Car Cuba jouit d'un énorme potentiel inexploité, notamment au regard « de la qualité et du (faible) coût de la main-d'œuvre, d'une demande insatisfaite et d'un manque d'expertise », explique à l'AFP l'économiste cubain Pavel Vidal.
Alexandre GROSBOIS/AFP


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