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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

La Terre est bleue comme une orange... pourrie !

Haïfa Wehbé.

Oui tout devient bleu... Ou ce sont peut-être la mélancolie et la colère bleues qui me rongent.
Mon pays sombre davantage dans une marée noire et à chaque fois, je me réconcilie (quelle illusion !) en disant que ça ira, que c'est la pire des situations et que ça ne peut plus empirer davantage ! Mais en réalité, les choses basculent et la corruption touche littéralement à tous les secteurs, les virus se propagent dans l'air, dans les mentalités et dans le système nerveux des Libanais qui finiront bientôt par être psychotiques.
La guerre civile a produit une génération névrotique, celle de mes parents, qui avait hâte de vivre comme il faut, voilà pourquoi elle a décidé de procréer, dès que la guerre a pris fin, dans un climat qui commence à chanter la paix et la reconstruction.
Je suis donc née en 1991 et je fais partie de la génération de l'après-guerre. J'aime continuer à apprendre et à étudier (même si j'ai déjà deux masters, mais attention, cela ne veut pas dire que je suis intelligente ! Car comme l'a dit Flaubert, « le diplôme : signe de science. Ne prouve rien ! »). Mais j'aime aussi chanter, boire, danser et vivre. J'aime errer dans les rues beyrouthines en imaginant qu'il y aura un jour plus d'arbres, que les magnifiques vieilles maisons seront bien restaurées, etc.
J'aime mon pays... et peut-être ai-je raison, c'est un pays à aimer, mon Liban d'amour. Riche en potentialités, riche par son peuple diversifié... enfin, riche par les dons qui lui ont été accordés.
Malheureusement, mon pays a le talent d'un Mozart en musique mais qui a décidé d'être une Haïfa Wehbé.
Le ridicule et la bêtise nous rongent en éducation comme en culture, les rats finiront par ronger notre environnement, tout comme les rats de la politique et les rats « voisins » qui veulent démolir cette terre.
Inadmissible ! Tout ce que l'on voit est inamissible, allant de la micro à la macrostructure du pays ! Les vidéoclips, les émissions et programmes télévisés, les élèves désenchantés et les parents-enfants qui ne savent pas comment les élever, l'ignorance, les préjugés, les clichés lamentables, les fleuves infectés et bientôt desséchés, les belles montagnes hélas broyées pour des projets pécuniaires faisant grossir les poches des politiciens, l'infrastructure presque inexistante, et bien sûr, le sacré Sénat, la Chambre des députés.
Faut-il alors rester ? Je vous demande en toute sincérité de me répondre parce que je ne sais plus quoi faire. J'aime mon pays malgré tout, mais je suis encore jeune et je ne veux pas connaître la souffrance qu'ont subie mes parents... Pire, je ne voudrais pas dire un jour que la guerre civile était de loin meilleure que la situation actuelle !
Comment rester ?
Aidez-moi : je passe mon temps au sein des livres, avec Sophocle et son Œdipe, qui a lui-même choisi l'ostracisme quand il a enfin « vu » les crimes qu'il a commis (et que d'ostracismes faut-il faire aujourd'hui...) ! J'écoute toujours les vrais intellectuels du pays et je vois les autres écouter une majorité inculte et grossière de politiciens, en tout cas, des politiciens très loin d'être, au moins, de bons orateurs.
Je rêve d'un pays vert dont le peuple est unifié et civil(isé), mais je me rends compte que je l'ai uniquement connu dans les chansons de notre folklore.
Même une fois, alors que j'étais tranquille chez moi et que je me plongeais dans mes échappatoires artistiques, les œuvres littéraires et mes ouvrages critiques philosophiques pour me soûler, j'ai entendu une horrible voix qui criait d'une télé voisine, une voix jaunâtre qui déchirait le silence paisible de la soirée, une voix haineuse qui déchirait toutes les pages de tous mes livres, et mes diplômes et les partitions musicales et les rubans roses de mes pointes. Elle vint violemment arracher l'espoir et le printemps à une jeunesse qui veut créer, donner et aimer.
Comment rester ? Pourquoi rester ? N'aurais-je pas raison de quitter un pays dans lequel le fossé augmente entre « cultivé » et « ignorant », entre « citoyen » et « clanique », entre « intellectuel » et « politicien », entre les écrits fleuris de Samir Kassir qui chantait la vérité et demandait la liberté à un État qui l'a horriblement massacré alors que la majorité du Liban le suivait en levant haut notre beau drapeau, et les discours abominables, insultants, des oranges pourries qui prennent l'« autre », le compatriote, pour l'ennemi, et qui sont soutenues par une pauvre minorité qui lève haut les drapeaux du fascisme ?
Ne voyez-vous pas que ce fossé s'approfondit terriblement ?
Là où les uns chantent l'union, l'art et la culture, les autres chantent la grandeur de leur chef clanique dont la tête folle est complètement gonflée, et se vantant fièrement de son énorme phallus et le gonflent à l'image des discours gonflés qu'ils écoutent.
Voilà ce qu'est le Liban d'aujourd'hui... et ce qu'il sera, si l'orange pourrie arrive à Baabda : un gonflement, voire une hypertrophie sexuelle, remplie du cru, de la cruauté, de discours takfiristes et éliminatoires à la manière de leurs alliés jaunes, et à la manière de Daech. Oui, les néonazis existent partout et n'appartiennent pas exclusivement à une seule confession. Du barbarisme oral, on en a partout au Liban, et bientôt on passera au stade phallique avec Aoun, le vénérable président imminent atteint de tous les complexes possibles, et surtout de celui d'Œdipe : il veut coûte que coûte posséder la terre mère, le Liban (comme si l'on pouvait posséder une terre !), en tuant le père (la loi émettant les rayons de la vérité et qui se manifeste par ce qu'il reste des intellectuels du pays).
Et pourtant, Aoun et Œdipe ne se ressemblent pas beaucoup. Là où le second s'est crevé les yeux après avoir vu les horribles choses qu'il a faites et s'est banni pour toujours, le premier aura le plus grand plaisir à bannir et à crever les yeux de tout le monde rien que pour devenir président.
Pourquoi rester puisque tous ces politiciens de mafia (et leurs auditeurs !) veulent avorter les projets de la jeunesse et massacrer la paix sous prétexte de la faire répandre, écarter les uns sous prétexte de mieux préserver les autres ?
Est-ce moi qui deviens folle... ou c'est le pays qui est déjà en frénésie car il subit quotidiennement les hystéries surréalistes ?
Le fossé est déjà énorme... entre le « cuit » et le « cru » (comme le dit Lévi-Strauss), entre le stylo intellectuel et les scènes de l'art... et entre le phallus d'un gros bébé capricieux dont la tête pourrie est atteinte de la folie des grandeurs (un terme édulcoré pour « trouble psychiatrique »), je n'hésiterai pas à choisir le droit chemin : soit on devient psychiatrique comme lui, soit on lui cède la terre pour gagner la tête et on part... anywhere but here !
Enfin, j'ai toujours cherché à éviter les noms de politiciens dans mes billets précédents par respect pour les opinions de tous. Mais franchement, il est grand temps de distinguer la doxa de la vérité générale !

Sissi BABA

Oui tout devient bleu... Ou ce sont peut-être la mélancolie et la colère bleues qui me rongent.Mon pays sombre davantage dans une marée noire et à chaque fois, je me réconcilie (quelle illusion !) en disant que ça ira, que c'est la pire des situations et que ça ne peut plus empirer davantage ! Mais en réalité, les choses basculent et la corruption touche littéralement à tous les secteurs, les virus se propagent dans l'air, dans les mentalités et dans le système nerveux des Libanais qui finiront bientôt par être psychotiques.La guerre civile a produit une génération névrotique, celle de mes parents, qui avait hâte de vivre comme il faut, voilà pourquoi elle a décidé de procréer, dès que la guerre a pris fin, dans un climat qui commence à chanter la paix et la reconstruction.Je suis donc née en 1991 et je fais...
commentaires (1)

MADAME, VEUILLEZ M,EXCUSER... MAIS COMPARER UNE CHANTEUSE AU GRAND COMPOSITEUR MOZART CA NE VA PAS ! L,UNE N,A QUE LA VOIX... L,AUTRE A LE CERVEAU... EN TOUT CAS, TROP DE PELE-MELE DANS VOTRE DIATRIBE !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

09 h 14, le 02 novembre 2016

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Commentaires (1)

  • MADAME, VEUILLEZ M,EXCUSER... MAIS COMPARER UNE CHANTEUSE AU GRAND COMPOSITEUR MOZART CA NE VA PAS ! L,UNE N,A QUE LA VOIX... L,AUTRE A LE CERVEAU... EN TOUT CAS, TROP DE PELE-MELE DANS VOTRE DIATRIBE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 14, le 02 novembre 2016

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