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Nos lecteurs ont la parole - Rabih Nassar

Aie confiance... crois en quoi ?

Paraît qu'on risque de trouver un président. Et qu'on pourrait même se retrouver avec un gouvernement qui gouverne. Or quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne et qu'importe sa couleur, la prochaine troïka branlante qui, de par l'absence d'exploits passés, représente plus un trépied qu'un tricycle, a du pain sur la planche. Et pas de ce pain croustillant à l'odeur appétissante dont on rêve le matin en passant devant une boulangerie. Non. Le pain rassis de l'immobilisme et du voyage dans le temps qui a verdi dans un placard, tandis que tout le monde s'affaire autour de problèmes annexes, égocentriques, du genre « je veux être calife à la place du calife », « pousse-toi de là que je m'y mette », « je l'ai vue en premier » et le fameux « c'est très bien les vestes double face, mais si on danse ? ».
Enfin, bref. Les priorités du prochain gouvernement sont innombrables, mais on pourrait en distinguer quelques-unes fondamentales qui pivotent principalement autour de la (re)conquête de la confiance du peuple, à savoir, et en vrac :
• Informatiser les institutions et procédures citoyennes (permis de conduire, taxes, charges, etc.) pour minimiser la tentation, pour ne pas continuer à y céder.
• Réviser et renforcer les concours d'acceptation au sein de l'administration libanaise, pour éviter de se retrouver avec des incultes aux postes-clés. Ce serait la première étape dans l'élimination du favoritisme confessionnel, sport favori de chaque chef de file qui se prend pour une divinité aux pouvoirs infinis. Au moins avec un concours administratif respectable, on se retrouve avec des favoris moins incompétents , plutôt que de se retrouver avec les incapables favoris... qu'on pourrait réassigner au zoo de Beyrouth – tiens encore une idée...
• Dans la foulée, et puisqu'on partirait du principe qu'il faut encourager la compétence, il serait utile de revoir les salaires et bénéfices des fonctionnaires, de façon à rendre l'achat d'un simple préposé un peu plus cher qu'un sandwich de chawarma, et celui d'un haut placé un peu moins humiliant qu'un billet d'avion en « première » sur la Middle East. Des formations intensives pour rehausser le niveau de l'existant sont également inévitables.
• Et puis, puisqu'on en parle, renforcer le pouvoir judiciaire, en le rendant complètement indépendant, aussi bien politiquement que financièrement, et en lui demandant des comptes réguliers de performance – un genre de purge systématique –, et, pourquoi pas, choisir les plus éveillés de nos policiers pour leur prêter main-forte – ceux qui, par exemple, prennent la peine de se couvrir la bouche quand ils baillent en agençant un croisement.
• Exiger la transparence budgétaire de toutes les institutions libanaises, en commençant par les ministères les plus corrompus (Finances, Télécoms, Énergie, Santé), jusqu'à la plus petite des municipalités – même si, oui, la municipalité de Beyrouth à elle seule représente une décharge assez purulente –,
et imposer, par exemple, un système national d'appel d'offres robuste, qui éliminerait de facto les compagnies factices et reliées au pouvoir par un fils, un gendre ou un neveu.
• Relancer (pour ne pas dire lancer) le développement du secteur gazier, immobile de par la multitude d'options de découpages crapuleux. Développer une politique bien construite d'utilisation des fonds qui suivraient (en urgence l'éducation, la justice, l'électricité, l'industrie, les transports en commun) et collaborer avec des partenaires sérieux qui vérifieraient et confirmeraient la transparence des opérations.
• Exiger une heure d'information non partisane par jour à toutes les télés libanaises où on pourrait diffuser des programmes civiques, aux messages éducatifs sur les droits et responsabilités du citoyen.
Naturellement, il faudrait également exiger des réformes politiques au niveau d'autres sujets primordiaux comme l'éducation, la santé, l'environnement, les déchets et tout le reste. Je le sais bien, mais il faudrait un gouvernement de géants pour s'attaquer au gouffre dans lequel on se trouve. Et comme pour le moment, la classe politique n'a de géant que son ego et son incompétence, on ferait mieux de commencer petit. Surtout que c'est un test pour nous aussi ; est-ce qu'on saura identifier et faire part de nos exigences ? Est-ce qu'on saura exercer assez de pression sur nos « élus » et représentants politiques ? Est-ce qu'on saura se réveiller de cette léthargie qui manque d'espoir pour nous remettre petit à petit à reconstruire ce qu'on a détruit en mendiant des nationalités alternatives ? Est-ce qu'on saura leur expliquer qu'il est temps qu'on arrête de nous prendre pour des idiots ? Est-ce qu'on saura nous-mêmes oublier d'être idiots ?
Non, les défis qui viennent ne sont pas uniquement ceux du gouvernement. Les défis à venir sont ceux d'une population suiviste en fin d'adolescence, et qui devrait vite évoluer, sans pour autant devenir adulte, pour faire face à ses responsabilités et jouer son rôle dans la reconstruction d'une nation.

Rabih NASSAR

Paraît qu'on risque de trouver un président. Et qu'on pourrait même se retrouver avec un gouvernement qui gouverne. Or quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne et qu'importe sa couleur, la prochaine troïka branlante qui, de par l'absence d'exploits passés, représente plus un trépied qu'un tricycle, a du pain sur la planche. Et pas de ce pain croustillant à l'odeur appétissante dont on rêve le matin en passant devant une boulangerie. Non. Le pain rassis de l'immobilisme et du voyage dans le temps qui a verdi dans un placard, tandis que tout le monde s'affaire autour de problèmes annexes, égocentriques, du genre « je veux être calife à la place du calife », « pousse-toi de là que je m'y mette », « je l'ai vue en premier » et le fameux « c'est très bien les vestes double face, mais si on danse ? ».Enfin,...
commentaires (3)

Cette population suiviste dont vous vous plaignez Mr. Nassar n'est que le produit d'un système éducatif infiltre et mine par ceux-là même que l'on blâme pour encourager et protéger la corruption, les corrupteurs et les corrompus au Liban. Quoique le salut ne puisse venir que de nos jeunes au Liban, ces derniers, malheureusement, ne pourront être libres d'agir et de réclamer les réformes indispensables que le jour ou cessera la tutelle qu’exerce la classe dirigeante sur nos universités pour empêcher que ces reformes n'y prennent corps. Ce fait explique pourquoi nos jeunes ont hâte de partir vers l’étranger après avoir terminé leurs études car ils savent pertinemment qu’ils ne peuvent espérer être témoins de sitôt d’un changement positif au Liban.

George Sabat

20 h 56, le 30 octobre 2016

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Commentaires (3)

  • Cette population suiviste dont vous vous plaignez Mr. Nassar n'est que le produit d'un système éducatif infiltre et mine par ceux-là même que l'on blâme pour encourager et protéger la corruption, les corrupteurs et les corrompus au Liban. Quoique le salut ne puisse venir que de nos jeunes au Liban, ces derniers, malheureusement, ne pourront être libres d'agir et de réclamer les réformes indispensables que le jour ou cessera la tutelle qu’exerce la classe dirigeante sur nos universités pour empêcher que ces reformes n'y prennent corps. Ce fait explique pourquoi nos jeunes ont hâte de partir vers l’étranger après avoir terminé leurs études car ils savent pertinemment qu’ils ne peuvent espérer être témoins de sitôt d’un changement positif au Liban.

    George Sabat

    20 h 56, le 30 octobre 2016

  • Brillant rappel de ce qui définit une démocratie "normale" et un programme qui pourrait faire renaître notre Liban des cendres nauséabondes dans lesquelles nous ont plongé les leaders que nous avons élus et réélus! Bravo Rabih et un grand merci!

    Gabriel Sara

    23 h 21, le 29 octobre 2016

  • FALLAIT FAIRE APPEL A HERCULE ET SA PROGENITURE CAR LES TRAVAUX SONT PLUS QUE DOUZE FOIS MULTIPLIES PAR DOUZE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 46, le 29 octobre 2016

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