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Liban

Une nouvelle initiative pour défendre les enfants face au marché du travail

Humanitaire

1 800 mineurs, en majorité syriens, ainsi que des enfants libanais et palestiniens bénéficieront de ce programme de 16 mois lancé dans Beyrouth et sa banlieue, ainsi que dans le Mont-Liban.

27/10/2016

Mohammad, réfugié syrien de 12 ans, a commencé à travailler à l'âge de 9 ans, son père étant incapable de trouver un emploi à cause d'un problème à la main. C'est son employeur actuel, un réparateur de carrosseries de voitures, qui l'a encouragé à se rendre au centre du ministère des Affaires sociales à Chiyah où il a pu s'inscrire au programme lancé hier officiellement par l'ONG Dar al-Amal, le Regional Development and Protection Programme (RDPP) et les ministères du Travail et des Affaires sociales.

Mille huit cents mineurs, sur les centaines de milliers d'enfants que l'on retrouve sur le marché du travail au Liban, devraient bénéficier de ce programme baptisé « Ensemble pour un nouveau départ pour les enfants réfugiés syriens au Liban ». Cette initiative, qui s'étalera sur 16 mois, a été lancée il y a à peu près six semaines sur le terrain, dans Beyrouth et sa banlieue ainsi que dans le Mont-Liban. Elle vise à « améliorer les mécanismes de protection dans le monde du travail et les conditions de vie des enfants syriens et de ceux des sociétés d'accueil », selon Manal Eid, qui collabore avec Dar al-Amal sur ce projet. Ce programme de soutien s'adresse principalement aux enfants des réfugiés syriens obligés de travailler, mais également aux enfants libanais et palestiniens issus des milieux défavorisés et qui vivent dans la ceinture de pauvreté de la capitale.

« Il n'y a pas de chiffres fiables concernant le nombre d'enfants sur le marché du travail au Liban. On estime qu'ils sont des centaines de milliers. Le nombre d'enfants pris en charge par notre programme correspond au budget alloué à cette initiative », indique Sergio Garcia, directeur du RDPP au Liban, conscient du fait que cette initiative n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan.

Concrètement, le programme en question se traduit sur le terrain par un accompagnement des enfants dans quatre centres affiliés au ministère des Affaires sociales, à Tarik Jdidé, Chiyah, Ghobeyri et Bourj Brajneh, ainsi que dans les bureaux de Dar al-Amal à Sabra et Bourj Hammoud. « Notre initiative comporte un programme de lutte contre l'analphabétisme ainsi que des cours de mise à niveau pour les enfants qui ont les bases nécessaires en langues. Les enfants bénéficieront également d'un appui psychologique ainsi que d'activités ludiques », indique Manal Eid. « Nous proposons par ailleurs un programme technique pour apprendre aux enfants qui ne peuvent plus reprendre l'école un métier comme la coiffure, la réparation des téléphones... Des ateliers de sensibilisation seront également organisés pour les parents », ajoute-t-elle.

 

« Apprendre aux enfants à se protéger »
Mohammad, comme la plupart des enfants qui travaillent au Liban, est payé 50 000 LL par semaine, soit 200 000 LL par mois, ou 133 dollars, sachant que le salaire mensuel minimum au Liban a été fixé en 2012 à 450 dollars. Selon la loi du travail au Liban, l'âge minimal pour travailler est de 14 ans. Par ailleurs, la loi 686, adoptée en 1998, a rendu l'école primaire obligatoire et gratuite dans les établissements publics. Des lois qui, visiblement, peinent à se faire respecter, en raison de l'afflux massif des réfugiés syriens ces dernières années et de la régression de la situation économique qui oblige de plus en plus d'enfants à déserter les bancs de l'école pour gagner leur vie, souvent sous la pression des parents.

Mahmoud, 15 ans, rêve de devenir coiffeur pour homme, mais aussi footballeur professionnel. Né de père syrien et de mère libanaise, et abandonné par son père, il a dû travailler très tôt pour subvenir aux besoins de la famille. Comme Mohammad, il répare des carrosseries de voitures et touche 50 000 LL par semaine. Très actif sur les réseaux sociaux et plein d'enthousiasme, le jeune homme s'est inscrit au programme, sur les conseils de sa mère, auprès du centre de Tarik Jdidé où il compte apprendre le métier de coiffeur.
« Notre programme vise à aider les enfants inscrits à trouver de meilleurs emplois, en leur apprenant certains métiers. Nous essayons également de sensibiliser les parents aux métiers dangereux pour leurs enfants », explique Manal Eid. « Six projets de sensibilisation sur le sujet seront lancés bientôt. Ils seront entièrement montés par des enfants ayant bénéficié du soutien de notre programme, qui s'adresseront à d'autres enfants obligés de travailler », ajoute-t-elle.

Pour Habib Hatem, directeur de Dar al-Amal, le projet vise avant tout « à apprendre aux enfants à se protéger face aux dangers qu'ils seraient susceptibles de rencontrer ». « Nous voulons également les aider à acquérir certaines compétences, à savoir affronter les difficultés et trouver des solutions sans recourir à la violence », a-t-il dit.
Sanaa el-Kurdi, directrice du centre du ministère des Affaires sociales à Tarik Jdidé, fait quant à elle état d'une « immense détresse » qui touche la population vivant dans les quartiers pauvres de Beyrouth. « Nous recevons beaucoup d'enfants syriens et palestiniens dans le centre. Nous avons même eu des enfants syriens de 6 ans qui se sont inscrits aux cours de lutte contre l'analphabétisme, ils sont nés durant la guerre et ne sont jamais allés à l'école », souligne-t-elle.

 

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