X

Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« J’étais à la maison, en train de bouquiner, lorsque des hommes armés ont fait irruption chez nous »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Mohieddine.
Le 15 septembre 1982, alors que j'étais à la maison en train de bouquiner, des hommes armés ont fait irruption dans la maison. Ils me demandent de les suivre pour un interrogatoire.

Ma femme et mes enfants étaient terrifiés. Ils ne pouvaient pas protester, de peur que cela ne contribue à empirer la situation dans laquelle je me trouvais. Mais mon sort avait déjà été scellé. Je ne rentrerais pas. Pendant des années, Oussama, 18 ans, Hoda, 15 ans, Mona, 11 ans, et Mazen, 9 ans, ont espéré mon retour. Puis, à force de désillusions, ils ont décidé de quitter ce pays où on leur imposait de vivre aux côtés de ceux qui avaient enlevé leur père et à qui on ne demandait pas de comptes.

Ma femme Najat n'a jamais cessé de se battre. Ayant identifié trois de mes ravisseurs, elle a porté plainte contre eux. Armée de son seul courage et de sa détermination, elle les a confrontés pour entendre leurs aveux et connaître la vérité sur mon sort.

Mais même son droit de savoir lui a été dérobé. Au bout de vingt-huit ans de procès, d'audiences ajournées et de pressions politiques, aucune charge ne sera retenue contre les trois prévenus. Son amertume est grande. Najat n'a toutefois pas baissé les bras. Elle se tient toujours aux côtés des autres familles de disparus. Elle passe aussi beaucoup de temps à l'étranger pour profiter de nos enfants qui, à leur tour, ont fondé une famille.

Le 15 septembre 2012, trente ans jour pour jour après mon enlèvement, Jana est née. Un événement qui constitue un immense bonheur pour notre famille. C'est aussi une coïncidence étrange. C'est comme si c'était un message d'espoir pour dire que, malgré les pressions pour taire la vérité, son grand-père ne sera pas oublié.
Mon nom est Mohieddine Hachicho. Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

 

À la une

Retour au dossier "Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner..."

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Les menaces israéliennes contre le Liban et le test de Gaza

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué