X

Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Nous avons été kidnappés et exécutés pour venger la mort du chef de l’État récemment assassiné »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal »*. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Abed.
J'avais 25 ans et je venais d'obtenir mon diplôme de génie mécanique d'un pays du bloc soviétique où j'avais suivi des études.
Le jour de ma disparition, j'étais assis devant la maison. Je sirotais mon café tout en profitant du soleil d'automne. De retour au Liban seulement quelques jours auparavant, je m'interrogeais sur mon avenir dans ce pays et sur l'éventualité de devoir voyager à nouveau à la recherche d'un travail.
La maison était calme. Ma famille passait l'été à Qmatiyé (Aley). Soudain, des hommes armés ont fait irruption devant la maison. Ils voulaient savoir où se trouvait mon frère Ali. J'ai essayé de gagner du temps en leur demandant ce qu'ils lui voulaient et pour le compte de qui ils travaillaient. Ils se sont énervés et m'ont embarqué avec mon frère.
Je réalisais alors, stupéfait, que les années de violence et de crimes impunis, dont j'avais été épargné en étant loin, avaient rendu possible et presque anodin notre enlèvement en plein jour par des hommes à visage découvert. Des voisins diront à mes proches qu'avant notre disparition, ils avaient vu une voiture – une Mazda rouge – rôder autour de la maison.
Ma famille apprendra plus tard que nous avions fait partie des personnes kidnappées et exécutées afin de venger la mort du président de la République récemment assassiné.
Aujourd'hui, ma famille vit toujours dans la maison où nous avons été kidnappés. Souvent, ma mère se tient sur le pas de la porte, scrutant la rue et se demandant si sa présence au moment du rapt aurait pu empêcher que ses deux enfants lui soient enlevés.
Mon nom est Abed Hamadé, mon frère Ali Hamadé. Ne laissez pas notre histoire s'interrompre ici.

 

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

À la une

Retour au dossier "Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner..."

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.