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Le juge Stephen Breyer, Kim Kardashian et Camus, un trio insolite

Comme si l'art d'être perpétuellement à l'avant-scène était la nature même des Kardashian... Le spectaculaire vol de ses bijoux à Paris a propulsé Kim... au cœur de la Cour suprême US.

La flamboyante Kim Kardashian. Photo AFP

Kim Kardashian, herself, ne pensait sûrement pas avoir un jour droit de cité dans ce sacro- saint lieu de la justice qu'est la Cour suprême américaine, sommet du pouvoir judiciaire constitué d'une élite de neuf juges. Parmi eux, Stephen Breyer fait partie de ce que l'on appelle le quatuor progressiste. Il est de surcroît un grand érudit et un éminent francophile, parlant à la perfection la langue de Molière. Comme rien de ce qui se passe dans le monde ne lui est étranger, le vol à Paris, estimé à 10 millions de dollars, des bijoux de Kim Kardashian a retenu son attention.

La semaine dernière, il a établi une analogie entre ce braquage et celui d'une fraude bancaire, lors d'un débat à la Cour suprême. L'auteur de cette fraude, Eugene Shaw, demandait que l'on statue sur son acte, alléguant que ceci n'est pas une infraction, car la banque était assurée. Le juge Stephen Breyer a alors fait un parallèle inattendu avec le vol des bijoux de la star américaine en soulevant l'argument suivant: «Même le voleur de Kardashian, s'il y en a un, soupçonne que tous les bijoux sont assurés. Et, effectivement, très assurés. Alors ce n'est pas un vol?» Il a ensuite poursuivi l'analogie en laissant penser que « si la banque ne perdait pas d'argent, alors il n'y avait pas vraiment de fraude».

Puis, il imagine ironiquement le scénario suivant: «Imaginez qu'une personne se présente à votre porte et vous dit: "chère madame Kardashian, je suis la personne chargée de prendre soin de vos bijoux. Donnez- les moi". Elle s'exécute. Et ce n'est pas de la fraude. Il voulait les bijoux. Il pensait aussi que c'était juste un emprunt pour la soirée, qu'elle était triplement assurée et qu'elle ne perdrait même pas de l'argent parce que la publicité en valait la peine. D'accord?» Une allégation qui ne fait que jeter encore plus d'ombre sur l'affaire Kardashian, de taille cette fois, qui continue à donner lieu à moult hypothèses, dont un coup monté. Affaire à suivre...

Un « camusien » pur sang

Le juge Breyer est un grand admirateur et connaisseur d'Albert Camus, qui reste à ses yeux une référence incontournable. Il le cite souvent pour renforcer son argumentation. C'est ce qu'il a confié quand L'Orient Le Jour l'a rencontré, par hasard, lors d'une lecture à Washington de La peste, faite par Francis Huster. À cette occasion, Breyer avait récité à sa manière, avec son français impeccable, ce passage de l'œuvre de Camus: «Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais ; il peut rester des dizaines d'années endormi dans les meubles et dans le linge; il attend patiemment dans les chambres, les caves... Il réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. Le bacille est donc vivant et le restera encore pour de longues années, menaçant les hommes du retour d'un éventuel drame...». Et d'ajouter: « À l'homme de le vaincre.»

Par ailleurs, ce camusien et francophone conserve un contact permanent avec la France où il se rend souvent pour donner des conférences. En 2012, il a été élu membre associé étranger de l'Académie des sciences morales et politiques et, l'année suivante, a été reçu sous la coupole de l'Institut de France. Les éditions Odile Jacob ont publié trois ouvrages portant sa signature: Pour une démocratie active (2007), La Cour suprême, l'Amérique et son histoire (2010) et Cour suprême, le droit américain et le monde. Il a également rédigé en collaboration avec Mireille Delmas-Marty, professeur honoraire au Collège de France, Regards croisés sur l'internationalisation du droit: France-États-Unis (2009).

Last but not least, le juge Breyer a confié que l'un de ses grands amis est libanais. Il se nomme Tony Asseily et l'avait connu, ainsi que toute sa famille, lorsqu'il faisait ses études à l'Université d'Oxford, en Angleterre.


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