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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Je suis rentrée au Liban en septembre 1985. Ce sera mon dernier voyage »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal » *. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Henriette.
Cette photo est celle de l'un de mes derniers moments de bonheur.
À 58 ans, j'étais grand-mère de dix petits-enfants. M'occuper d'eux était pour moi un grand bonheur. J'aimais les voir grandir, jouer avec eux et les entendre rire aux éclats. Le temps que je leur consacrais n'avait pas de prix.
Mais j'étais aussi restée une femme très active et indépendante. J'avais l'habitude de me lever très tôt le matin pour pouvoir accomplir toutes les tâches que je m'étais fixées pour la journée.
Avant la guerre, j'avais ouvert un magasin de prêt-à-porter dont j'adorais m'occuper. Cependant, comme beaucoup de Libanais, les combats nous avaient poussés à partir, à tout laisser derrière nous.
Mon mari et moi avions donc fini par rejoindre trois de nos quatre enfants, qui vivaient déjà en Amérique du Nord.
Pourtant, à chaque accalmie au Liban, nous faisions le voyage inverse. Nous voulions retrouver nos proches, restés sur place, et profiter, pendant quelques jours, des choses qui nous manquaient tant en étant loin.
Je suis rentrée au Liban en septembre 1985. Ce sera mon dernier voyage. J'ai été enlevée le 26 septembre, alors que je traversais en voiture la ligne de démarcation au niveau du Musée.
Alors que nous avions pensé mettre notre famille à l'abri des violences en quittant notre pays, la guerre avait tout de même fini par nous rattraper.
Des années après mon enlèvement, un homme est venu annoncer à mes proches qu'il avait été mon voisin de cellule dans un centre de détention situé dans la région du Musée. Il leur a dit que, là-bas, je ne cessais de répéter le nom de mes quatre enfants.
Pour mes proches, ce fut d'abord l'incompréhension puis le sentiment terrible d'impuissance.
Trente ans plus tard, la blessure reste béante pour l'ensemble de ma famille. Mais il reste aussi les souvenirs et les photos de ces moments de bonheur passés en famille.
Mon nom est Henriette Haddad. Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici.

* « Fus'hat amal » est une plateforme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de Fus'hat amal à l'adresse: www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

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