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La complainte des textes

Depuis le temps qu'on en parle, qu'on s'en alarme même, elle est connue comme le loup blanc. Et pourtant nul, à ce jour, n'était allé jusqu'à s'en réclamer ouvertement. C'est chose faite désormais, avec l'appel lancé jeudi par le chef du Parti démocratique, Talal Arslane, à la convocation d'une assemblée constituante, puisqu'il s'agit bien d'elle.


À première vue, mais à première vue seulement, le plaidoyer d'Arslane ne manque pas de bon sens. Force est de reconnaître en effet que l'actuelle Constitution, dont l'élaboration a coûté quinze ans de guerre, n'est plus, dans les faits, qu'un chiffon de papier dépourvu de toute force contraignante. Que le système libanais est désespérément en panne, qu'il est en train de rendre l'âme sous nos yeux. Pour Arslane, dès lors, seule une nouvelle règle du jeu, reconnue et respectée de tous, permettra d'éviter un suicide national.


Le leader du clan druze yazbaki reconnaît que le terme même d'assemblée constituante peut en effrayer plus d'un ; dès lors, et non sans un certain humour, il laisse libre tout un chacun de baptiser ces assises du nom qu'il voudra. Pirouette encore plus acrobatique, il omet toutefois de rappeler que si l'on en est là, c'est bien parce que le bloc du 8 Mars, dont il fait lui-même partie, a fait fi, tout au long des dernières années, de toutes les règles démocratiques. Qu'il a refusé de reconnaître la majorité issue des élections libres de 2009. Qu'il a usé de l'intimidation et même de la force des armes pour imposer ses vues, qu'il a cautionné la fermeture du Parlement par son propre président. Qu'il a institué toute une série d'hérésies constitutionnelles, les moindres n'étant pas la minorité gouvernementale de blocage et la démocratie prétendument consensuelle. Qu'il persiste enfin à bloquer l'élection présidentielle en boycottant le scrutin à l'Assemblée.


Or, même s'il fallait passer l'éponge sur un passé aussi lourd, on ne pourrait empêcher chat échaudé de craindre l'eau froide. Toute négociation n'en est pas une si l'un des protagonistes n'a pas laissé son revolver au vestiaire, comme le montre la consternante stérilité des sessions de dialogue national organisées par le président Nabih Berry. Car qui a triché trichera. Et même si ses exigences étaient satisfaites, nul ne saurait garantir qu'un Hezbollah laissé en possession de son formidable arsenal ne tarderait pas à réclamer encore et toujours davantage.


Cela dit, pourquoi la milice continue-t-elle, pour le moment, à proclamer un feint attachement à cette même Constitution qu'elle ne cesse pourtant de violer ? Sans doute parce qu'une fois mise sur rails, la Constituante ne peut que mettre prématurément sur le tapis deux dossiers explosifs.


Le premier est celui de la parité islamo-chrétienne consacrée par l'accord de Taëf, mais que menace l'insidieux projet dit des trois tiers, en vertu duquel les pouvoirs seraient partagés à égalité entre chétiens, sunnites et chiites. S'ajoutant à la lente mais régulière érosion de la présidence de la République, l'actuelle polémique autour du commandement de l'armée achève entre-temps de fragiliser la part des chrétiens ; et par le plus grand des paradoxes, c'est au nom du recouvrement des droits des chrétiens que le CPL du général Michel Aoun s'associe activement à ce travail de sape.


Une renégociation du pacte national de 1943 aurait par ailleurs pour inévitable corollaire un réaménagement de la maison libanaise : chantier encore plus hasardeux et prématuré que le précédent, en attendant que soient fixées les configurations futures de l'Irak et de la Syrie. Tout aussi tabou que celui de Constituante demeure, dans notre pays, le mot de confédération.


La belle affaire, appelez ça comme vous voudrez, dirait sans doute Talal Arslane...

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Depuis le temps qu'on en parle, qu'on s'en alarme même, elle est connue comme le loup blanc. Et pourtant nul, à ce jour, n'était allé jusqu'à s'en réclamer ouvertement. C'est chose faite désormais, avec l'appel lancé jeudi par le chef du Parti démocratique, Talal Arslane, à la convocation d'une assemblée constituante, puisqu'il s'agit bien d'elle.
À première vue, mais à première vue seulement, le plaidoyer d'Arslane ne manque pas de bon sens. Force est de reconnaître en effet que l'actuelle Constitution, dont l'élaboration a coûté quinze ans de guerre, n'est plus, dans les faits, qu'un chiffon de papier dépourvu de toute force contraignante. Que le système libanais est désespérément en panne, qu'il est en train de rendre l'âme sous nos yeux. Pour Arslane, dès lors, seule une nouvelle règle du jeu, reconnue et...