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Moyen Orient et Monde - Focus

Transition politique en Libye : retour à la case départ ?

Le chemin à parcourir reste long avant que le pays ne s'unisse et puisse envisager l'avenir avec sérénité.

Fayez el-Sarraj, Premier ministre libyen désigné par la communauté internationale, lors d’une conférence de presse, à Tripoli. Stringer/Archives AFP

Nouveau coup de théâtre en Libye. Le Parlement, installé à Tobrouk, a refusé encore une fois ce mois d'accorder sa confiance au gouvernement d'union nationale (GNA). Cet événement marque un nouveau coup dur pour le gouvernement censé sortir la Libye de l'immense chaos dans lequel elle se trouve. Cet échec montre également que la légitimité du GNA est une nouvelle fois fortement contestée en Libye.

 

Un pays, deux gouvernements
La chute de Mouammar Kadhafi en 2011 a plongé la Libye dans une totale anarchie. Depuis, la vie politique du pays est rythmée par la violence et l'absence d'autorité centrale, les gouvernements de Tobrouk et de Tripoli se disputant tous deux le pouvoir.

Mais en octobre 2015, l'annonce d'un gouvernement de coalition rassemblant les deux factions rivales ravive les espoirs d'une éventuelle sortie de crise. Quelques mois plus tard, Fayez el-Sarraj forme un gouvernement « d'union nationale » avec le soutien de la communauté internationale, qui reconnaît également le Parlement de Tobrouk. Le début de la transition démocratique semble être acté. Cependant, la méfiance des parlementaires envers le GNA prouve que les entités politiques libyennes sont encore loin de s'accorder. « Dès le départ, les Nations unies ont reconnu le Parlement de Tobrouk en oubliant qu'il pouvait être le premier ennemi du gouvernement », souligne Hasni Abidi, politologue spécialiste du monde arabe.

 

(Lire aussi : Pourquoi l’État islamique n’arrive pas à faire son nid en Libye)

 

 

Le Parlement de Tobrouk est effectivement sous la coupe du commandant en chef de l'Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, considéré comme un obstacle majeur au processus parrainé par l'Onu pour améliorer la situation dans ce grand pays. « Le gouvernement d'union nationale n'a donc pas les mains libres », affirme le spécialiste. « Légalement et constitutionnellement, c'est un retour à la case départ », renchérit-il.

Certaines avancées se font toutefois sentir. Si le GNA n'est pas encore ancré politiquement, il est déjà accepté par une grande partie de la population, notamment à Tripoli et dans la partie ouest du pays. Il est également soutenu par plusieurs grandes institutions, telles que la Banque centrale ou la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC), et par de nombreux pays comme les États-Unis ou la France. En réussissant à chasser l'État islamique de Syrte, le Premier ministre a d'ailleurs réussi à s'imposer comme un partenaire stable et crédible aux yeux de la communauté internationale.

 

(Pour mémoire : L'EI pourchassé dans ses derniers carrés à Syrte)

 

Incertitude
Pour répondre aux attentes du Parlement, le Conseil présidentiel libyen a annoncé la semaine dernière qu'il allait lui soumettre un nouveau cabinet. Cette décision pourra-t-elle enfin satisfaire les deux protagonistes ? « Tout dépendra des noms que M. Sarraj va proposer. Dans tous les cas, il faudra que la liste réponde aux demandes de Tobrouk et de M. Haftar », affirme Hasni Abidi. Si la proposition du Premier ministre venait à être acceptée par le Parlement de Tobrouk, « la dynamique politique et institutionnelle s'enclencherait enfin pour unir les deux forces », explique le politologue. Mais cette étape ne serait que la première avant la convocation des élections et la rédaction d'une Constitution. Il reste donc un long chemin à parcourir avant qu'une Libye unie puisse envisager l'avenir avec sérénité.

Les menaces de l'EI sur Syrte ont provoqué une prise de conscience salvatrice de la part des Occidentaux sur la situation libyenne. Mais avec l'affaiblissement du groupe jihadiste dans la région, Hasni Abidi craint que la communauté internationale ne laisse le pays « s'enfoncer dans un chaos politique et économique ». « Si l'Occident s'en détourne comme il l'a fait après la chute de Kadhafi, la Libye va continuer dans cette voie sombre avec des conséquences dramatiques pour les Libyens eux-mêmes et pour leurs voisins. » Car à seulement 300 kilomètres des côtes italiennes, la crise libyenne et l'implantation de l'EI pourraient avoir de graves conséquences pour les Européens.

 

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