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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

« Votre père a disparu. Je ne sais pas s’il va revenir »

Pour préserver l’espoir

Pour que la cause des personnes disparues au Liban ne tombe pas dans l'oubli, l'ONG Act for the Disappeared a lancé le projet « Fus'hat amal » *. Dans ce cadre, nous publions une série de témoignages fictifs qu'auraient apportés des Libanais arrachés à leur milieu familial et social.

OLJ
13/04/2016

Mon nom est Hanna.
Il y a 37 ans, à peu près à la même période de l'année, je faisais le trajet depuis Dbayé, où j'habitais, vers Bqaa Kafra (Bécharré). Je devais y rejoindre ma femme et mes six enfants qui passaient les derniers jours d'été au village de ma famille.
En traversant Amioun, j'ai été arrêté à un barrage par des hommes armés. Après m'avoir posé quelques questions, ils m'ont demandé de descendre de la voiture, une Simca que je venais d'acheter, et de partir sans me retourner.
À mon arrivée à Bqaa Kafra, l'histoire de ce qui s'était passé s'est vite répandue. Les habitants du village se sont réunis chez mon père qui en était alors le moukhtar. Suite à de longues discussions, nous avons décidé de contacter des personnes d'Amioun que mon père connaissait et de partir négocier avec elles pour qu'on nous rende la voiture.
Nous n'aurions évidemment pas pu imaginer que cela nous vaudrait, à mon père et à moi, d'être enlevés et de disparaître à jamais.
Quelque temps après, un homme qui avait été détenu avec nous est venu voir ma famille. Il a expliqué à ma femme que mon père suppliait nos tortionnaires de ne pas me frapper, que j'avais une famille dont je devais prendre soin et qu'ils n'avaient qu'à le torturer à ma place. Selon cet homme, mon père serait mort quelque temps après. On ne sait pas si j'ai subi le même sort ou si, par la suite, j'ai été emmené en Syrie.
« Votre père a disparu. Je ne sais pas s'il va revenir. » Comment dire, comment expliquer à de jeunes enfants ?
Mon fils Georges, qui avait 7 ans à l'époque, se souvient qu'on l'appelait « le fils du disparu ». Il ne comprenait pas vraiment ce que cela voulait dire. Mais il remarquait que ce nouveau surnom s'accompagnait de bien plus d'attention et de gentillesse de la part de son entourage. Il en avait conclu que « disparu » était un trait de caractère pour qualifier quelque chose de « grand » que son père aurait fait et que c'était pour cette raison qu'il était traité avec tant d'égards.
Il se heurtera à la vérité quelque temps après, lorsqu'il demandera avec insistance « où est papa ? ».
Mon nom est Hanna Makhlouf, mon père s'appelle Wadih. Ne laissez pas notre histoire s'interrompre ici.

 

* « Fus'hat amal » est une plate-forme numérique qui rassemble les histoires des personnes disparues au Liban. Le projet est financé par le Comité international de la Croix-Rouge, l'Union européenne, le National Endowment for Democracy et la Fondation Robert Bosch.
Des histoires d'autres personnes ayant disparu durant la guerre sont disponibles sur le site Web de « Fus'hat amal » à l'adresse : www.fushatamal.org
Si vous êtes un proche d'une personne disparue, vous pouvez partager son histoire sur le site du projet ou contacter Act for the Disappeared aux 01/443104, 76/933306.

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