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Culture - Événement

Comprendre le patrimoine pour mieux le protéger

Les avis sont partagés : le plus inquiétant, le plus turbulent ou le plus à la mode ? Ai Weiwei, l'artiste chinois, est certainement tout cela à la fois, mais il reste surtout le plus poète des plasticiens. Il s'installe au musée archéologique de Baalbeck à partir du 17 septembre, accompagné de huit autres artistes. Un point de rencontre inéluctable.

L’artiste chinois Ai Weiwei expose en septembre à Baalbeck. Michel Cizek/AFP

Sous le patronage du ministère de la Culture et en partenariat avec l'Unesco, organisation protectrice du patrimoine, ainsi que la municipalité de Baalbeck, The Silent Echo* est une exposition organisée par Studiocur/Art. Karina Helou, fondatrice ce cette plateforme basée à Paris, confie : « Après une rencontre avec le président du conseil municipal de Baalbeck, l'idée d'instaurer un dialogue entre l'art contemporain et l'archéologie est née. Cet espace, au passé si riche en croyances et rituels funéraires, était le lieu idéal pour mettre ces artistes en contact avec l'histoire. »
« Le musée de Baalbeck a ouvert ses portes en 1998, ajoute-t-elle. C'est un espace d'exposition où l'on trouve des pièces archéologiques de toute la région, de Douris à Yammouné, une archéologie en grande partie romaine. Studiocur/Art investit les galeries de ce musée dans une des premières manifestations hors du contexte local et régional. » Cette exposition porteuse de messages donne l'opportunité à la terre de s'exprimer, aux visiteurs de s'interroger et à la mémoire de se réveiller.

Identité réfléchie
L'Antiquité a toujours été, depuis la Renaissance, une source d'inspiration pour les amoureux de l'art. Aujourd'hui encore, dans ce monde postcolonial, neuf artistes – Ai Weiwei, Suzanne Hiller, Marwan Rechmawi, Theo Mercier, Laurent Grasso, Ziad Antar, Cynthia Zaven, Paola Yaacoub et Danica Danik – lancent à travers les ruines millénaires un cri qui résonne comme un écho du passé et se projette dans le futur. Un écho qui appelle à la conservation d'une identité culturelle et d'une spiritualité désormais perdue. Un écho qui ne se contente pas de l'esthétique, mais qui puise dans les méandres des civilisations et dénonce l'iconoclasme. Il tenterait ainsi de comprendre les phénomènes paranormaux, de se pencher sur toutes les formes de magie et de rituels, dans une expression contemporaine, celle de l'art déconceptualisé.

 

(Lire aussi : Restauration du temple de Bacchus pour relancer l'activité économique à Baalbeck)

 

Écho à neuf voix
Dans un alignement parfait, créant une sorte de forum, des bases de colonnes ont étés recueillies d'une maison détruite, sont disposées au sol et invitent les gens à s'y installer, pour créer une agora contemporaine. Karina Helou explique : « Discuter autour d'une dynamique, celle de construire un avenir harmonieux en se basant sur la destruction, est l'initiative de l'artiste chinois Ai Weiwei qui défend ainsi une culture attaquée à travers ses symboles. Pour lui, le réseau Internet est le lieu qui permet de s'exprimer, il est l'agora version XXIe siècle. »

L'américaine Suzanne Hiller, remue les consciences avec The last silent movie, sur les langues en danger d'extinction. Sur un écran noir qui chuchote un message subliminal dans une langue morte, les fantômes du passé exhortent le visiteur à ne pas les oublier. Pour l'artiste, les civilisations sont vouées à demeurer silencieuses. Les piliers en béton, interrompus dans leurs élans, sont pour Marwan Rechmawi l'archéologie de demain, convaincu que dans trois mille ans la terre regorgera de béton armé et de métal rouillé. « La magie est une thématique récurrente chez Theo Mercier », précise la curatrice. « Artiste français nominé au prix Marcel Duchamps, il présente 12 sculptures en polystyrène qui regroupent une archéologie mixte, celle du monde entier. Pour lui, toutes les anciennes civilisations ont des valeurs et des rituels communs et la croyance en des forces universelles divines est une sorte de magie. »

Une vidéoprojection de Laurent Grasso intitulée Soleil Noir montre des ruines dans une forme si futuriste qu'elles en deviennent obsolètes, étrangères à la vie quotidienne, démunies de tout fonctionnement, atemporelles. « Le Soleil Noir, ajoute Karina Helou renvoie à l'apocalypse. » Quant à Ziad Antar, il s'interroge sur le rôle des sculptures dans un espace public et les présente protégées par un voile, inspirées par des photos prises par lui. Tandis que Cynthia Zaven, une artiste audio, se penche sur le temps qui passe avec douze haut-parleurs qui, par un rythme continu, ponctuent les heures qui s'écoulent...
Le temps efface les civilisations, jusqu'au moment où l'homme se met à creuser pour les retrouver. À travers ses recherches (qui seront exposées à Baalbeck) sur les excavations de Beyrouth durant les années 90, Paola Yaacoub cherche à souligner la complexité de l'histoire et à mettre en lumière la multiplicité de ses strates.

Sur le thème de l'identité perdue, Danica Dakic a pris en photo des individus égarés, sans papiers, posant devant une reproduction grande échelle de la peinture Vue imaginaire de La Grande Galerie du Louvre en ruines de Hubert Robert (1733-1808).

Conférences
En parallèle à cette exposition, forte de tous les partenaires et les associations qui la soutiennent (La Banque du Liban, le ministère du Tourisme, l'ambassade d'Allemagne, Apeal, le Festival de Baalbeck, Beirut Art Fair, l'association Philippe Jabre...) et de son comité présidé par Diane Abéla, une journée de conférences aura lieu le 19 septembre, au Musée Sursock. Archéologues du monde entier et penseurs débattront de thèmes importants, telle la (re)définition de l'identité culturelle dans cette région du Levant considérée comme le berceau des civilisations, et de son interaction avec l'art contemporain. Quand les conflits politiques et les dérives économiques menacent l'essence même de cette identité, les artistes se mobilisent pour poser l'ultime question. À quoi donc va ressembler notre futur ? Le Chaos, divinité primordiale de laquelle tout est issu, est-il ce vers quoi notre monde s'achemine, inexorablement ?

*« The Silent Echo », exposition au musée de Baalbeck, curation par Karina Helou. Coorganisée avec Diane Abéla. Du 17 septembre au 17 octobre.

 

 

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