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Liban

Dans le Chouf, le « grignotage démographique » chiite inquiète chrétiens et druzes

Tensions confessionnelles

Le gouvernement accorde à la municipalité de Debbiyé un répit d'un mois pour tenter de récupérer « le cachet chrétien » d'un bien-fonds.

Fady NOUN | OLJ
19/08/2016

Le Conseil des ministres a décidé hier, à la majorité de ses membres, d'accorder à la municipalité de Debbiyé, village chrétien du Chouf, et à sa demande, un délai pour s'entendre avec le propriétaire chiite d'un large terrain sur la destination finale de ce bien-fonds, dont il réclame l'amendement du coefficient d'exploitation. La municipalité avait initialement demandé un délai de six mois pour se prononcer. Elle en a obtenu un seul.

Derrière ce délai, a affirmé à l'issue de la réunion le ministre du Travail, Sejean Azzi, il y a en réalité un projet foncier jugé indésirable par une partie de la population de Debbiyé et du Chouf environnant.
Selon le ministre, un homme d'affaires maronite avait acheté le bien-fonds, avec l'intention initiale « d'en préserver le cachet ». Toutefois, a enchaîné en substance M. Azzi, séduit par l'énorme bénéfice dont il pouvait en tirer, cet homme a changé d'avis et a vendu le terrain « au détriment du cachet chrétien » de la région.

« Réclamer l'amendement du coefficient d'exploitation est certes un droit du propriétaire, a commenté M. Azzi, mais le projet a réveillé des sensibilités dans la région, ce qui a poussé la municipalité de Debbiyé à demander un délai de six mois pour donner son avis sur ce sujet. En conséquence, la municipalité et le propriétaire du bien-fonds ont été invités à se réunir pour s'entendre sur tous les tenants et aboutissants du projet et, à toutes fins utiles, j'ai proposé que le projet soit ajourné quelque temps. »

 

Un « paravent » du Hezbollah
On apprend en fait, de source proche du dossier, que seuls les ministres du Hezbollah, Hussein Hajj Hassan et Mohammad Fneich, ainsi que Ghazi Zeaïter (Amal), ont voté pour que la demande du propriétaire du bien-fonds soit approuvée sur-le-champ, face à un Conseil des ministres qui s'est rendu aux arguments de M. Azzi et de Gebran Bassil, qui reflétaient les appréhensions confessionnelles locales.

Le propriétaire du bien-fonds serait le richissime homme d'affaires Ali Tajeddine, que certains considèrent comme étant un « paravent » établi du Hezbollah. M. Tajeddine demande que le coefficient d'exploitation du bien-fonds passe de celui d'une zone industrielle à celui d'une zone résidentielle, ajoutent ces mêmes sources.

Selon la source précitée, le bien-fonds avait été acheté par le bijoutier Robert Moawad à ses anciens propriétaires pour la valeur de 58 millions de dollars vers la fin des années 90. Ce dernier avait assuré au patriarche maronite qu'il « préserverait le cachet chrétien du sol ». Il s'était dédit quelques mois plus tard, en vendant le terrain pour la coquette somme de 246 millions de dollars.

Le marché a cependant réveillé les sensibilités confessionnelles des chrétiens et des druzes du Chouf, qui redoutent à la fois d'être « envahis » et de voir s'établir une « continuité démographique chiite » à coloration politique particulière entre la banlieue sud et Naqoura. Ce « grignotage » démographique soulève les appréhensions de communautés qui se prêtent mutuellement des « arrière-pensées », en l'absence d'un contrat social clair et d'un État fort.

On s'inquiète d'autant plus dans les milieux concernés qu'au-dessus du bien-fonds en question, l'Université arabe financée par des fonds égyptiens a acheté, il y a une quinzaine d'années, un terrain de 1,2 million de mètres carrés sur lequel s'élève un campus qui compte parmi ses bâtiments... une mosquée. Le campus de l'Université arabe avait, lui aussi, été cédé à l'UA par trois copropriétaires terriens chrétiens.

 

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Remy Martin

Le Libanais vendrait sa mere pour quelques dollars de plus, et desole pour ceux qui sont pas d'accord ...

Ana Lebnene, Lebnene ou bess

"homme d'affaire" et "maronite" deviennent de plus en plus synonymes (et j'en suis un) avec tous nos politiciens maronites (et je dis bien TOUS) qui nous donnent tous les jours des examples, des references et des "best practices" pour associer de plus en plus ces 2 mots.
Etre chrétien au Liban, et encore plus etre maronite, ne veut pas/plus dire aimer l'autre, aider l'autre, partager avec l'autre, pardonner a l'autre ... enfin simplement etre chrétien ... mas plutôt obtenir une part du gateau sous le label "chrétien". Ou est Dieu la dedans?
Nous nous sommes coupes (et continuons allegrement) la branche sur laquelle nous sommes assis, l'arbre qui nous réchauffe et les fruits qui nous nourrissent.
N'en voulant pas aux autres ... mais a nous meme.

Sabbagha Antoine

Celui qui va à la chasse perd sa place . Les chrétiens et druzes vendent leurs bien-fonds et regrettent ensuite . Les Chiites àleur tour au nom de la loi du nombre et du traffic d'influence gagnent ainsi du terrain imitant ainsi la politique des maronites au Moyen age , acheter les cimes pour changer la confession des villages .

Jack Gardner

Moawad voulait devenir Député ou ministre a cette époque, promis par Nasrallah Sfeir, il n’a pas été "sélectionner", il a vendu ce terrain par vengeance et business bien sûr....tout en sachant les conséquences de cette transaction.

C. F. /////////////////////////////

A propos de changement démographique, résultat de guerres en tout genre, cette région a connu des invasions mettant à mal les rêves de quelques grands bâtisseurs, ajoutant une image de qualité à une région, belle entre toutes comme chacun le sait, surplombe la méditerranée et n’a de rivale que les splendides plage de la Grèce. Après les projets du grand Orthodoxe-Libanais Georges Debbas à Mechref, (assassiné chez lui il y a tout juste quarante ans, pour des motifs que l’on devine aujourd’hui), et ceux de la famille beyrouthine Kettané (qui a vendu à Mouawad, et puis à Tajjeeddine), en installant un des premiers terrains de golf au Proche-Orient, que jalousent par la qualité du "green", et l’inclinaisons des terrains, les grands champions de ce sport. De toutes ces invasions, syriennes, palestiniennes, et israéliennes (ceux-ci ont installé un héliport), la dernière invasion en date et l’inquiétude qu’elle suscite, s’annonce durable. A coup de dollars et de tractations en tout genre, on craint même des poussées de fièvres. L’avenir est inquiétant…

Irene Said

Je conseille vivement à tous ces soi-disant "ministres", hommes d'affaires et représentants religieux etc., qui ont tous un drapeau libanais qui trône bien en vue dans leur bureau, de remplacer l'image du cèdre du Liban par le symbole du dollar : $
Car manifestement c'est tout ce qu'ils connaissent !
Irène Saïd

Honneur et Patrie

Les chrétiens vendent leur terres au Liban en pièces détachées sciant ainsi la branche sur laquelle ils sont assis, les musulmans et les chrétiens avaient vendu leurs terres en Palestine aux Sionistes bien avant eux. Mabrouk pour les uns et tant pis pour l'autre.

Marionet

L'appât financier est certainement très présent dans cette transaction. Mais comment ne pas incriminer les seigneurs de la guerre, et en particulier Walid joumblatt et Samir geaga dont l'aventurisme a fait fuir les chrétiens de cette région? La vente d'un terrain par un chrétien à un chiite réveille des fantômes car comme l'écrit si bien Fadi noun, l'inexistence d'une puissance étatique et la puissance de l'argent permettent tous les excès. Affaire à suivre...

FAKHOURI

“La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique.”
Blaise Pascal De Blaise Pascal / Pensées sur la religion

George Khoury

et pendant ce temps, rai est en Coree en train d'essayer de rabibocher kim song-un avec la Coree du Sud

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le marché a cependant réveillé les sensibilités confessionnelles des maronites et des druzes du Chouf.".
Classique : Qui se ressemble s'assemble....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Qu'en pensent la paire de Shâïkhs bala äëél et, bien entendu, le Râââëéh de Diméééne et Bkérkéhhh ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Läâmâh ! Un caillou rocailleux usité à faire brouter les chèvres, valant à présent plusieurs millions de dollars !
Du jamais vu !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le marché a cependant réveillé les sensibilités confessionnelles des chrétiens et des druzes du Chouf, qui redoutent à la fois d'être « envahis » et de voir s'établir une « continuité démographique chiite » entre la banlieue sud et Naqoura. Ce « grignotage » démographique soulève les appréhensions de ces communautés." !
Yîhhh ! Khâââï !
Pour une fois, ce ne sont pas des "envahisseurs"-réfugiés ni palestiniens ni syriens !

C. F. /////////////////////////////

"…Ce dernier avait assuré au patriarche maronite qu'il « préserverait le cachet chrétien du sol ». Il s'était dédit quelques mois plus tard, en vendant le terrain pour la coquette somme de 246 millions de dollars."

Voilà ! Nous y arrivons : "LE CACHET CHRETIEN DU SOL" : et la récupération politique... et les slogans lors de la dernière campagne pour les municipales. Le cas de Debbiyé n’est pas unique dans cette région très sensible, où on n’a pas hésité à faire de "l’identité" et le "cachet du sol" un thème électoral, bien sûr pour mobiliser l’électeur.
Le projet du "Mtoll" dans la municipalité de Mechreff, et les habitants du quartier de Saadiyat à Damour, (non loin de Debbiyé), revendiquent la construction d’une mosquée, et mettent devant le fait accompli le Conseil municipal de Damour pour une séparation administrative et territoriale… Il est où le fameux "vivre- ensemble" ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,USURPIE LOCALE PROGRAMMEE ET FINANCEE... COPIE CONFORME DE L,USURPIE VOISINE PRETENDUMENT COMBATTUE COMME TELLE...!

C. F. /////////////////////////////

"… Ce « grignotage » démographique soulève les appréhensions de communautés qui se prêtent mutuellement des « arrière-pensées », en l'absence d'un contrat social clair et d'un État fort."


Voilà ce qui est bien dit, en l’absence d’un Etat fort, tout est permis. On assiste à une modification profonde du tissu social de cette région en défaveur des chrétiens faut-il le souligner. Et ce ne sont pas seulement les séquelles de la guerre, et le "vivre ensemble" à la libanaise prend un coup.
Souvenez-vous, les terrains en cause ont servi à une base de lancement de roquettes vers la capitale … dans un passé très proche, et là les appréhensions communautaires sont légitimes !

C. F. /////////////////////////////

Vous écrivez : "...Le marché a cependant réveillé les sensibilités confessionnelles des chrétiens et des druzes du Chouf, qui redoutent à la fois d'être « envahis » et de voir s'établir une « continuité démographique chiite » à coloration politique particulière entre la banlieue sud et Naqoura."

Le chrétien du Chouf redoute l’envahissement, vraiment ? Quelle était la propagande pendant la guerre ? Par crainte de l’envahissement chiite, on procédait à l’arasement complet de villages chrétiens…

Mais la "continuité démographique chiite" entre "Dahié" et la frontière avec la "Palestine occupée", est impossible à réaliser. Le sunnite Hariri, grand bâtisseur, a déjà acheté des terrains pour ne pas dire des régions entières et avait par la même occasion des options pour d’autres. A moins qu’un deal entre des sunnites et des chiites selon la logique d’un vendeur de tapis persan ( if you see what i mean).

C. F. /////////////////////////////

Voici encore un exemple à propos d'un mot très controversé: "la partition/taksim" du Liban. Après Lassa, vient celui de Debbiyé.

Vous écrivez :
..."Selon la source précitée, le bien-fonds avait été acheté par le bijoutier Robert Moawad à ses anciens propriétaires pour la valeur de 58 millions de dollars vers la fin des années 90. Ce dernier avait assuré au patriarche maronite qu'il « préserverait le cachet chrétien du sol ». Il s'était dédit quelques mois plus tard, en vendant le terrain pour la coquette somme de 246 millions de dollars."

A l'origine de la vente par le bijoutier, non pas seulement le bénéfice financier, mais une politique-business d'un leader druze, faisant de son village la capitale régionale du Chouf. Son interventionnisme dans la moindre transaction immobilière, surtout dans la région du littoral, a fait fuir le richissime Moawad, (dont la fortune est faite en grande partie en Arabie, faut-il le rappeler). Mais pourquoi les chrétiens de la région vendent leurs biens ? Que fait l'église maronite, à part des gesticulations et des déclarations d'intention ?

Cette affaire montre deux limites :
celle des moyens (financier et politique) dont dispose le maître de la région du Chouf, comparé au budget colossal de l'acheteur,(sinon, il aurait pu l'acheter lui-même), et surtout la limite de la "réconciliation de la montagne"...

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