Émilie Andéol (-78 kg, en kimono blanc), transfigurée, a enchaîné hier les victoires, au forceps, pour offrir aux Bleus une folle journée au dojo olympique. Damien Meyer/AFP
Le colosse rejoint les dieux de l'Olympe : Teddy Riner est entré au panthéon des Jeux olympiques avec un deuxième sacre chez les poids lourds (+100 kg), hier à Rio, égalant le mythe David Douillet et sauvant le judo français avec l'aide d'Émilie Andéol, titrée chez les dames (-78 kg). Double champion olympique et octuple champion du monde à seulement 27 ans, Riner dispose désormais du plus beau palmarès de l'histoire dans la catégorie reine. Et il n'a pas tremblé en finale face au présomptueux japonais Hisayoshi Harasawa, battu aux pénalités (2 à 1).
Joli réveil pour les judokas tricolores, qui avaient mal débuté leur semaine à Rio et l'ont conclue en fanfare. Les Bleus terminent ces Jeux avec 2 médailles d'or, 2 médailles d'argent et 1 de bronze, un excellent bilan sur les tatamis par rapport aux 7 médailles de Londres (2 d'or, 5 de bronze). Ce final rêvé, pour Riner, était attendu : invaincu depuis 2010, le géant français (2,03 m, 137 kg) a survolé la journée, étirant sa série d'invincibilité à 98 combats internationaux. Il devient le troisième poids lourd de l'histoire à remporter deux titres olympiques en judo après Douillet (1996, 2000) et le Japonais Hitoshi Saito (1984, 1988).
Ongle retourné
À l'annonce de sa victoire, sous les yeux de son fils Éden (2 ans) présent en tribunes, Teddy Riner s'est frappé le torse avant de lever les poings au ciel.
Comme souvent depuis son tout premier titre de champion du monde, en 2007 et déjà à Rio, il y a eu, hier, Riner et les autres. Et pendant que les autres se battaient pour savoir qui aurait l'immense honneur de devenir vice-champion olympique, le Guadeloupéen s'est battu contre ses adversaires, mais aussi contre lui-même, pour réussir là où tout le monde attendait qu'il réussisse. C'était écrit, certes, mais encore fallait-il suivre le scénario à la lettre. Déterminé, Riner a rendu une copie parfaite avec pour seul accroc notable un ongle retourné en quarts de finale ou un doigt dans l'œil reçu en demies. Et en finale, il a surclassé Harasawa, qui avait pourtant dit vouloir être le premier à faire tomber Riner.
Avec cette deuxième médaille d'or, le porte-drapeau des Bleus à Rio rejoint le petit cercle des judokas ayant décroché trois podiums olympiques puisqu'il avait aussi obtenu le bronze en 2008 à Pékin. Il y retrouve le Japonais Tadahiro Nomura (-60 kg), seul judoka de l'histoire à avoir décroché trois fois l'or olympique (1996, 2000, 2004). Et il y côtoie un autre mastodonte du sport français, son prédécesseur David Douillet, qui compte lui aussi deux titres et une médaille de bronze (1992).
Andéol transfigurée
On aura du mal à trancher un jour le débat de savoir qui de Douillet ou Riner aurait gagné un éventuel combat opposant ces deux monstres sacrés. Le second a pour lui le privilège de la jeunesse : il aura 31 ans pour les Jeux de 2020, âge où Douillet s'imposait en 2000 à Sydney. Et il ne tient qu'à Riner de devenir encore plus grand en devenant le premier poids lourd triple champion olympique dans quatre ans à Tokyo, au Japon, pays d'origine de ce sport qui l'a fait roi. Ce serait un exploit herculéen, bien digne de lui.
Mais le colosse a aussi ses failles. Et malgré son ultradomination, cette deuxième médaille d'or vient effacer quatre années ponctuées de blessures et de moments de doute, où Riner continuait à gagner en serrant les dents et en attendant des jours meilleurs.
Patron de sa catégorie et chef de bande, Riner a parachevé une semaine riche en émotions pour le judo français, qui termine 2e au classement des médailles de la discipline derrière le Japon (3 titres). Et ce grâce à une Émilie Andéol transfigurée qui a enchaîné, hier, les victoires au forceps en prolongations (3 en 4 combats) et terrassé en finale la championne olympique en titre, la Cubaine Idalys Ortiz, pour offrir aux Bleus une folle journée à deux Marseillaises au dojo olympique.
(Source : AFP)


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