Mork, un extraterrestre aux yeux d’enfant.
Il nous a fait rire, pleurer, perturber, grincer des dents. Cet acteur plus humain que comédien, car on a toujours eu l'impression qu'il vivait son rôle plus qu'il ne l'interprétait, a toujours surfé entre gaieté et mélancolie. Un acteur unique et incroyable qui aura été récompensé, durant ses trente-sept ans de carrière, davantage par son public que par ses pairs.
Nommé à trois reprises pour Good Morning Vietnam (1988), Dead Poets Society (1990) et Fisher King en 1992, il n'a tenu en main qu'une seule fois la statuette dorée des oscars pour son second rôle dans Good Will Hunting. Ce soir-là, d'ailleurs, l'ovation debout et les applaudissements étaient à leur paroxysme, au Kodak Theatre, et l'acteur avait fait éclater sa joie et son émotion dans les bras de son ami de toujours, Billy Crystal. Récemment, son film Boulevard tourné en 2014, non pas son dernier film puisqu'il y a eu par la suite Nuit au musée, et pas, non plus, son meilleur, aura confirmé la justesse, l'authenticité, la démesure de son jeu. Dans ce film, il interprète le rôle d'un homme marié qui découvre son homosexualité à l'âge de soixante ans. C'est comme si Robin Williams se cherchait encore dans ce milieu hollywoodien quasi carnassier. Il est donc juste de rappeler certaines de ses prestations inoubliables, toujours à fleur de peau, et observer comment cet acteur écorché mais brillant s'est laissé, au fil du temps, phagocyter par l'ombre. Travelling arrière sur ses compositions les plus remarquables.
Le professeur Keating
Son rôle le plus lumineux. Pour Peter Weir, il joue le professeur qui redonne à la poésie ses titres de noblesse et qui en fait une philosophie de vie. Comment oublier la scène finale où le professeur Keating, alias Robin Williams, remercie ses élèves de s'être mis debout sur les pupitres en signe d'appréciation. « Merci les garçons », dit-il en esquissant son sourire timide... et merci à toi, Mr. Williams.
Parry le mendiant
Dans cette fable mi-onirique, mi-réaliste de Terry Gilliam, Williams est le preux chevalier squattant le bitume qui rencontre un cynique présentateur de radio, semant venin et insultes, et qu'il aimerait sauver. Une histoire tellement actuelle. À eux deux, ils vont à la conquête du Graal dans un monde urbain particulièrement violent. Robin Williams et Jeff Bridges forment une paire de déjantés en quête d'une « morale » défunte. Et cela leur va bien.
Le chercheur Malcom Sayer
Awakenings, ou L'Éveil, est inspiré d'un fait réel. Dans les années 20, une épidémie d'encéphalite sévit aux États-Unis et plonge un grand nombre de personnes dans une léthargie soudaine. Dans ce film, le chercheur incarné par Robin Williams est convaincu qu'il peut réveiller ses malades. Si le patient est interprété par un magistral Robert de Niro, face à lui, Williams, dans sa quête désespérée de la vie, émeut et bouleverse une fois de plus.
Adrian Cronauer
Sa phrase hurlée chaque matin sur les ondes de la radio de Saigon « Good morning Vietnaaaaaaam » a fait de cet animateur un pacificateur dans un monde de guerre. Robin Williams, c'est cela, aussi, une voix, un sourire et des yeux qui brillent malgré le bruit des bottes et des armes.
Daniel Hillard/Madame Doubtfire
Il se fait passer pour une nanny afin de regagner l'amour et le respect de ses enfants. Dans Mrs. Doubtfire, Robin Williams n'a pas peur de cabotiner, ni de se grimer et de s'habiller en femme, ni de danser le boogie avec son balai mécanique, ni de se tartiner la face de crème. Tel est le talent des grands comiques, de Laurel et Hardy à Louis de Funès, en passant par Chaplin. L'acteur surprend et émeut grands et petits.
Le professeur Lambeau
Encore une fois, l'acteur joue le rôle d'enseignant, d'accompagnateur. Dans ses yeux couleur pervenche, on lit toute la tristesse et la douleur des génies délaissés, marginalisés, au détriment de loups aux dents longues, dans une société à la mécanique bien huilée, qui ne laisse place ni aux échecs ni aux faux pas. Combien Robin Williams s'efface avec pudeur derrière le personnage pour laisser s'exprimer les nouveaux venus, à savoir Matt Damon.
Mork...
La série Mork and Mindy créée en 1978 pour la télévision par Gary Marshall fait un tabac. Le personnage n'est pas nouveau puisque les téléspectateurs l'ont vu dans une autre série à succès, Happy Days. Robin Williams y est un extraterrestre venu d'Ork sur la planète Terre pour analyser les humains. Réalisateurs et producteurs ont tout compris dès le début. Williams est un personnage atypique, différent du reste des humains, prêt à scruter à la loupe leurs comportements, quitte à se blesser lui-même.
... et dix ans plus tard, le génie d'Aladin.
Il était le génie d'Aladin, cette voix qu'on n'écoutera plus jamais puisque l'acteur a interdit qu'elle soit employée après sa mort pour une suite du film animé Disney. Trente blagues à la minute, une présence incroyable, disent les créateurs de cette franchise. Un génie qu'on aimerait encore qu'il sorte de la bouteille pour nous faire rire. Mais ceci n'a lieu que dans les films.
Pour mémoire
Robin Williams au musée des grands


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