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Nos lecteurs ont la parole - Abdel Hamid El-Ahdab

2- Nous devons repenser notre religion chez les musulmans

Ben Laden.

Le grand sentiment d'impuissance enfantant la misère est alimenté par les grands vestiges du passé. L'impuissance est devenue le symbole de la misère. Elle est née du fait que les musulmans ont, en majorité tout au moins, le sentiment de ne plus être que du menu fretin sur l'échiquier mondial. Ce sentiment est renforcé par la défaite dans la guerre de Palestine dans laquelle le nombre des combattants de la Hagana était supérieur à celui des soldats de toutes les armées arabes réunies. La grande tragédie a été la défaite de 1967 qui a consacré l'image d'une impuissance musulmane héritée, notamment culturelle. A suivi, en 1973, une demi-victoire – ou une demi-défaite – suite à laquelle Israël a « gambadé » seul en Orient et a même encerclé, en 1982, une capitale arabe (Beyrouth), sans que les Arabes et les musulmans, incapables, ne puissent réagir.
C'est cette impuissance qui a engendré un enfer justifiant la légalisation d'une violence sanguinaire totale voulant transformer la victime en tribut offert au ciel. Cette dérive religieuse est en elle-même un des signes de la misère islamique, ou même la misère universelle elle-même. Cette dérive a été accompagnée – ou a été causée – par les régimes politiques oppressifs qui se sont installés dans le monde musulman après le départ de l'Occident. Les gouvernants indépendantistes ont, sous le couvert de la lutte pour la libération, conquis et occupé les sièges du pouvoir pendant des dizaines d'années en imposant leur loi et en devenant un obstacle à toute modernisation ou réforme en raison de l'absence totale de liberté. Les régimes politiques se sont personnalisés et ont profité du réveil des penchants religieux populaires pour s'en alimenter et en faire un complice ; ce qui a abouti à la propagation du port du voile et à une restriction de la liberté de pensée.
Restriction dans tous les pays où vivent des musulmans. Du Soudan, qui s'est divisé en trois pays, au Yémen « heureux » qui vivait hors de l'histoire et qui est devenu malheureux, jusqu'à la Syrie, soumise à la culture de la peur et du crime ; sans oublier la corruption des républiques de l'ex-Union soviétique, la prise en main policière de la Chine ; et enfin au Liban où l'OLP a « libéré » la Palestine à partir de ses villes et qui, en perdant ses laboratoires de pensées créatifs, a privé le monde arabe d'un lieu de liberté d'opinion.
Est-il besoin aussi de se rappeler Kadhafi qui a enfermé un à un ses « sujets » pendant un demi-siècle, ces mêmes « sujets » qui, une fois sortis de cage, se sont entre-tués et se sont retrouvés vidés de toute humanité, de tout développement intellectuel et culture ? De se rappeler la Jordanie qui a tenté de libérer la Palestine en la réduisant à sa plus simple portion.
Est-il également besoin d'évoquer le wahhabisme, allié des États-Unis en Afghanistan pour finir par devenir l'islam officiel, l'islam du financement étant devenu Hanbalite jusqu'au jour où, en septembre 2001, la magie s'est retournée contre le magicien ?
Et l'Égypte où l'armée est devenue quasiment un parti et une source de profit reléguant aux oubliettes l'histoire du pays, son héritage culturel et social, son Mehemet Ali le Grand ? Parlons de Dubaï où résident trois millions d'étrangers, où les ressortissants de cet émirat ne sont que cent cinquante mille, où l'accoutrement ancestral ne change pas et où le hijab des femmes ne découvre que leurs yeux, ce qui demeure un obstacle à toute modernisation réelle. Enfin, jetons un coup d'œil du côté de « la renaissance parlementaire » au Koweït et en Jordanie à travers un changement des lois en faveur d'une modernisation virtuelle.
Le continent islamique est à présent le seul continent où la défaillance démocratique est générale. Il forme une tache où règnent les esprits mal réveillés de l'islam en association avec la nostalgie du passé glorieux et la misère du présent. La défaillance démocratique s'est accrue du fait de la défaillance patriotique, le pouvoir « national » qui est incapable de protéger le pays et ses citoyens de tout danger extérieur, étant lui-même un danger menaçant par son oppression la vie même de ses nationaux, leur dignité et leur honneur.
Se sont substitué ainsi à Omar ben el-Khattab, à Ali ben Abi Taleb, à Othman ben Aaffan, à Abou Bakr as-Sidiq, un certain Ben Laden et le calife de l'État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. La résistance de l'islam jihadiste est née de la faillite et de l'absence de liberté et de développement, ainsi que du sentiment d'impuissance, de la misère et de l'inconscience. Elle ne peut constituer une solution au problème de la honte et de l'humiliation dans les sociétés musulmanes et est devenue elle-même un problème, un grand problème pour l'islam lui-même parce qu'il accuse des similitudes avec la naissance du fascisme en Europe.
La grande erreur était celle de croire que l'islam politique jihadiste pouvait fournir une chance de sortie de la misère musulmane. Il s'avère tous les jours qu'il est lui-même la cause de cette misère. L'islam n'est que celui des quarante premières années de gouvernement du Prophète et des califes qui lui ont succédé. Après cette période, tout a régressé. Ensuite est venu Moawiya qui avait dit lors de la cérémonie d'allégeance : « Ce sera celui-ci » en désignant son fils Yazid « et pour celui qui refuse, ce sera celle-là », dit-il, en désignant son épée. L'islam s'est transformé ce jour-là, passant de l'état de message à l'état de pouvoir, à celui de roi, alors qu'il n'était ni un sultan ni un roi, mais seulement et spécifiquement un message !
Il était invitation à une mission spirituelle pure que n'entache aucun désir de régner :
« Nous ne t'avons pas envoyé pour que tu sois leur protecteur. »
(Sourate du Voyage nocturne – verset 54).

« Sur toi nous avons fait descendre pour les hommes le Livre, en toute vérité. » Celui qui est bien dirigé l'est pour lui-même ;
« Celui qui s'égare n'agit qu'à son détriment. »
(Sourate Les groupes – verset 41).
« Fais entendre le rappel !
« Tu n'es que celui qui fait entendre le rappel
« Et tu n'es pas chargé de les surveiller.
« Quant à celui qui sera détourné
« Et qui était incrédule, Dieu le châtiera du châtiment le plus grand. »
(Sourate Celle qui enveloppe – verset 21).

Le problème de l'islam vient du fait que les sultans l'ont kidnappé et l'ont transformé en roi. La religion a alors été perdue et avec elle le message, quarante ans à peine après sa délivrance. Les sultans ont kidnappé la religion. De nombreuses tentatives pour faire renaître l'islam et accomplir son retour au son message religieux et à sa morale ont été effectuées et ont échoué, ont reculé puis ont succombé aujourd'hui. Le résultat tragique c'est tout ce que la religion considère comme impie et fruit d'un égarement hautement condamnable.
La solution serait comme l'a si bien dit Adonis dans ces lignes : « Nous avons le devoir de repenser les fondements de notre religion : les femmes, l'esclavage, l'adoption, la filiation et tout ce qui constitue la civilité et la construction du social. Une révolution qui se solde par la construction de Daech et son lot de cruautés nécessite et exige que nous repensions notre histoire. » (Violence et islam, entretiens avec Houria Abdelouahed, éd. Seuil, Le Point 2289, 21 juillet 2016).

Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat

Le grand sentiment d'impuissance enfantant la misère est alimenté par les grands vestiges du passé. L'impuissance est devenue le symbole de la misère. Elle est née du fait que les musulmans ont, en majorité tout au moins, le sentiment de ne plus être que du menu fretin sur l'échiquier mondial. Ce sentiment est renforcé par la défaite dans la guerre de Palestine dans laquelle le nombre des combattants de la Hagana était supérieur à celui des soldats de toutes les armées arabes réunies. La grande tragédie a été la défaite de 1967 qui a consacré l'image d'une impuissance musulmane héritée, notamment culturelle. A suivi, en 1973, une demi-victoire – ou une demi-défaite – suite à laquelle Israël a « gambadé » seul en Orient et a même encerclé, en 1982, une capitale arabe (Beyrouth), sans que les Arabes et...
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