Homère, l'ingénieux Homère, serait heureux de savoir que son épopée est toujours vivante ! Et pourtant, la pythie de Delphes n'existe plus, et pourtant, beaucoup de ses prédictions n'avaient pas de fondements, et pourtant, une guerre ressemble à une autre bien que la différence ne soit qu'une affaire d'époques. Entre la guerre « de » Troie, et la guerre « en » Syrie, des similitudes flagrantes s'imposent et seulement deux prépositions pour les discerner. Des similitudes. Un seul motif, l'économie. Une seule finalité, le pouvoir.
On a envié à Troie sa prospérité, comme pour la Syrie, et il fallait un prétexte pour soulever toute la Grèce. La belle Hélène n'était qu'un prétexte, comme l'a été la liberté tant convoitée par des Syriens. Ramener Hélène la garce – qui rentre après tout avec Ménélas, comme si de rien n'était –
a déchaîné la Grèce entière contre Troie. C'est elle le vrai cheval de Troie. Le piège. Hélène ou la liberté, la garce. Des prétextes. Pour faire la guerre, il suffit d'un incident insignifiant, l'histoire nous en donne plein d'exemples, de prétextes plutôt.
Toute la Grèce s'est alliée contre Troie, comme le monde entier contre la Syrie. Des Agamemnon, facile à trouver. Il suffit de regarder les puissances militaires pour les compter. De l'Antiquité jusqu'à nos jours, rien n'a changé. Il s'agissait et il s'agit toujours de guerres de civilisations, de butin et de pouvoir. Rivaliser avec les dieux, rêve originel et péché primaire de l'homme, de tout homme au pouvoir, est la seule vérité vraie. Vouloir jouer le rôle des dieux, être maître de la terre et des cieux, est l'idée qui le hante et qui terrorise ses nuits. Aussi, la guerre revient comme passe-temps favori pour détruire afin de reconstruire, selon des termes imposés par les plus forts et les moins humains.
Les rivières de sang qui coulent sous les yeux du monde entier et la création d'un monstre qui sème la terreur par sa barbarie ne font qu'endormir davantage la conscience humaine. Pour renverser un tyran, ils en ont créé plusieurs. « Ils » sont les dieux modernes. Les Syriens sont les « mortels », figurines entre les mains des grandes puissances mondiales qui se réunissent sur le mont Olympe, boivent du nectar, et trinquent en observant les batailles. Parfois, ils y interviennent, comme à l'épisode des combats, dans l'Iliade. Chacun choisit un favori et le soutient. Le fameux chant XXI. Les dieux s'amusent aussi. Et personne, même pas Homère, ne pense aux souffrances des Troyens restées dans l'anonymat, ni celle des Syriens qu'affichent les médias sans que le cours de la guerre ne soit perturbé, comme un anéantissement de l'humanité.
La Syrie comme Troie rasée, incendiée, violée sous les yeux du monde entier qui regarde ailleurs. Et Charon qui entasse les pièces d'or et se plaint de la surcharge de travail, à cause des Syriens. Charon est fatigué, ayez pitié de lui, au moins.
Diaspora
Les familles qui échappent aux combats et arrivent au Liban sont assujetties à la discrimination, à l'humiliation, et à un sort pire que la mort. Certaines sont sélectionnées pour émigrer en Occident. C'est ce même Occident, qui contribue à la destruction de la Syrie, qui propose de les accueillir. Les plus chanceuses se trouvent déportées vers un nouveau continent pour vivre sur une terre étrangère et souffrir en silence. Des réfugiés – que ce mot est horrible ! – qui errent fuyant la mort et le feu sur terre, retrouvent un autre genre de mort.
Mourir, c'est un déracinement. Mourir, c'est ne plus pouvoir embrasser sa ville natale. Mourir, c'est la ruine des souvenirs. Mourir, c'est élever ses enfants sur une terre étrangère et mourir chaque jour de manque de souvenirs.
Rappel : en ce moment, les dieux trinquent sur le mont Olympe.
Ghada JABAK
#Pensées_matinales


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
En vous lisant Ghada, je n'arrêtais pas de penser au cheval de Troie planté en Occident complaisant avec le wahabisme de connivence avec une autre idéologie que je ne nommerais pas ici de peur de me faire censurer. Qui ne dit mot consent .
10 h 56, le 21 juillet 2016