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Culture - En Librairie

Komitas, grand musicien et saint martyr

Un livre en anglais, écrit par Serge Momjian, dédié au parcours aujourd'hui mythique de Komitas, sauveur de la musique arménienne. Mais aussi, transcription d'une vie tumultueuse, entre homme de Dieu et compositeur inspiré, qui se mêle intimement au drame des enfants du pays de saint Grégoire l'Illuminateur.

Ni le premier ni sans doute le dernier ouvrage sur un artiste de talent qui a toutes les sympathies et les faveurs non seulement d'un public planétaire, mais surtout celui de l'immense diaspora des enfants du pays du lac Sevan. Komitas, the Artist and the Martyr de Serge Momjian, un livre riche en détails historiques et témoignage sur un grand drame que l'humanité n'est pas prête encore d'oublier.
Une vie dédiée à Dieu en premier lieu, ensuite baignée dans la musique entre maître de chœur, professeur de musique, auteur d'une Messe qui laisse l'auditeur aux portes du ciel par sa beauté polyphonique et son sens de l'élévation, tout en soulignant l'aspect de fondateur de chorales qui sillonneront l'Europe avec succès. Un travail titanesque au plus profond de l'Arménie, à travers une quête monumentale de pionnier chercheur ethno-musical.
Komitas parcourt, en tout bonheur comme ces bienheureux trouvères de jadis, toutes les provinces de la région pour répertorier, sérier et classer les mélodies anciennes transmises oralement. Folklore précieux recueilli avec dévotion et qui est une véritable richesse non seulement nationale mais universelle, pour une mémoire collective sonore jalousement gardée. Et par la suite revisitée et réarrangée.
Cinquième ouvrage littéraire de Serge Momjian, écrivain récompensé de la médaille William Saroyan à Erevan, ce roman à caractère biographique du vartabed (père, en langue arménienne) au plus de 3 000 partitions est un hymne et un hommage à la musique ainsi qu'un émouvant témoignage sur les traumatismes du tragique arménien. Car Komitas, né en 1869 à Kutahya, n'a pas échappé à la rafle du gouvernement ottoman en Anatolie des 200 intellectuels arméniens la nuit du 24 avril 1915, connue sous le nom du Dimanche rouge.

Le drame de vivre arménien
Déporté, torturé et jeté dans un destin cauchemardesque, sa libération est due à une intervention de la diplomatie étrangère. Mais il laissera des bribes de sa raison. Ses crises de démence seront traitées à Ville Evrad et à Villejuif en France. La folie, l'angoisse et une peur panique le guetteront jusqu'au bout.
Par-delà les colères qu'il pique, le mutisme où il s'enferme, cette obsession d'un chat qui lui griffe l'estomac, l'excès d'anxiolytiques que les médecins lui prescrivent, il y aura quand même quelques moments de répit, de lucidité et d'émergence vers la clarté. Pour cet homme voué à la prière et au chant, déjà fragilisé par les revers d'une enfance sans parents, le choc est fatal. La musique, touche consolatrice, n'est même plus un baume réparateur, pas plus qu'un refuge salvateur, une source de joie, d'équilibre et de paix, intérieure et extérieure.
Incarnation du drame de vivre arménien, Komitas n'en reste pas moins un musicien incomparable. Sa chorale Goussan composée de bardes de chœur mixte avait été triomphalement applaudie à Paris, à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, juste 11 jours avant que les horreurs ne s'abattent sur les enfants du pays de Naïri...
Un livre intense, écrit dans une langue anglaise limpide, fouillant avec intelligence les archives de l'histoire. Des propos justes et courageux pour un ouvrage qui rend justice à ce grand musicien qui a été salué avec déférence par Claude Debussy. Et dont les statues, érigées à travers le monde, inondent les places publiques du Québec à Paris (où il est mort en 1935) en passant par Erevan où même le conservatoire national porte son nom.
Il est bon et enrichissant de retrouver la figure de proue d'une des personnalités les plus attachantes du monde de l'art arménien à travers une traversée humaine scindée en deux: l'avant et l'après-génocide, la lumière et les ténèbres, les jours de cristal et ceux de plomb, l'espoir à travers les campagnes verdoyantes et les morsures des ronces de l'adversité. Un livre qui parle quand même de l'espoir et de l'amour pour la vie.
Par-delà nostalgie, mélancolie, deuil et chagrin, il faut écouter, pour mieux encore retrouver Komitas, Grounk, Dzirani dzar, Sona Yar et Gakavik et faire quelques mouvements et pirouettes avec ses Danses de Mouch. Mais les mots de ce livre, à la trame et l'histoire bouleversantes d'un saint homme, vous diront tout cela aussi...

*En librairie et sur Amazon, « Komitas, The Artist and the Martyr, » de Serge Momjian (222 pages, Janus Publishing Company Limited, Cambridge, Angleterre) en marge du centenaire du génocide arménien.

Ni le premier ni sans doute le dernier ouvrage sur un artiste de talent qui a toutes les sympathies et les faveurs non seulement d'un public planétaire, mais surtout celui de l'immense diaspora des enfants du pays du lac Sevan. Komitas, the Artist and the Martyr de Serge Momjian, un livre riche en détails historiques et témoignage sur un grand drame que l'humanité n'est pas prête encore d'oublier.Une vie dédiée à Dieu en premier lieu, ensuite baignée dans la musique entre maître de chœur, professeur de musique, auteur d'une Messe qui laisse l'auditeur aux portes du ciel par sa beauté polyphonique et son sens de l'élévation, tout en soulignant l'aspect de fondateur de chorales qui sillonneront l'Europe avec succès. Un travail titanesque au plus profond de l'Arménie, à travers une quête monumentale de pionnier chercheur...
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