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Culture - Rétrospective

Mona Hatoum, au singulier et au pluriel

Les œuvres de Mona Hatoum habitent la Tate Modern à Londres, jusqu'au 21 août. Une petite visite vaut le détour si on est dans le coin.

L’idée de l’emprisonnement est cher à Mona Hatoum, présente en force dans « Light Sentence » réalisé en 1992.

Elle marche, marche, Mona Haoum. Comme si elle traversait la planète. Cette artiste aux vies multiples, aux mille fenêtres dans sa tête, avance à grands pas. Elle marche tout comme sa vidéo l'indique alors qu'elle a attaché des Doc Martins à ses pieds nus (symbole à la fois de la police et des Skinheads) et a marché dans les rues de Brixton en 1985 pour participer à une exposition collective organisée par Stefan Szczelkun.
Tout le travail de Mona Hatoum est étayé par les événements du monde. Il en est l'écho. Restreindre son œuvre à son identité palestinienne et à sa démarche en faveur d'une région serait réducteur car l'artiste est citoyenne du monde.

« You're on camera »
Depuis qu'elle s'est établie à Londres après la guerre du Liban, cette originaire de Palestine, née à Beyrouth et voguant aujourd'hui entre les eaux britanniques et berlinoises, a panaché durant trente-cinq ans son corps d'œuvre, d'une poésie et d'un réalisme sans frontières. Autant de l'Orient que de l'Occident, elle en a pris les fondations, les outils. Elle est comme ce sismographe qui enregistre la moindre turbulence, la plus petite secousse. Dans cette énorme rétrospective qui occupe les lieux, l'artiste deviendra tour à tour physicienne, tisserande ou radiologiste dans des performances toujours aussi diverses que puissantes.
Don't Smile, You're on Camera en 1980 mélange ainsi des images vidéo live de l'audience avec des imageries de corps nus. En se servant de son art comme une arme, Mona Hatoum fustige la surveillance devenue omniprésente, voire planétaire.
Toujours dans l'esprit de surveillance, ce Corps étranger, sorte de capsule futuriste où l'on pénètre et où l'on est révulsé par ce qu'on voit. Au sol, une vidéo sorte d'endoscopie projette des organes humains avec le bruit de fluides qui y circulent. Invasion du corps mais aussi des frontières d'autrui, c'est ce que Mona Hatoum essaye de remettre en évidence en 1994 par cette installation qui, insidieusement, hante l'esprit et fait questionner l'individu.

Public vs public
Dans un autre registre, l'artiste interroge ce qui est public. À travers une chaise à forme féminine (avec poils de pubis sur le siège) – mais dont on retrouve la forme dans tous les jardins publics –, elle conjure l'esprit surréaliste de Magritte. Cet humour, on le retrouve souvent dans les œuvres de Mona Hatoum qui questionnent l'utilité et la portée des objets qui meublent la vie contemporaine.
Que sont les objets quotidiens, quelle signification ont-ils dans notre vie de tous les jours ? Ne sont-ils pas également une intrusion de notre intime ? En abordant ces questions, Mona Hatoum réalise en 1993 deux grands meubles, censés être familiers : un lit métallique qui n'assure pourtant que de l'inconfort ainsi qu'un paravent en forme d'une râpe. Plus tard, en 2000, elle reprend cette même idée d'environnement qui, quoique d'apparence anodine, semble menaçant. Chaque individu les a introduits, volontairement ou non, dans son intime pour en devenir par la suite l'esclave. Homebound, construit en 2000, traduit la dextérité de l'artiste ainsi que ses nombreuses connaissances de la physique, de la géométrie dans l'espace et des mathématiques. Au loin, on entend un grésillement. En approchant de cette pièce qui offre à voir l'assemblage d'une chaise électrique, on découvre à notre grande surprise que ce ne sont que des ustensiles de cuisine. Installés dans un circuit électrique et fermé, ils témoignent de notre dépendance de simples modèles créés par l'homme lui-même.

À l'écoute du monde
Le confinement, l'étrangeté et l'emprisonnement sont autant de thèmes chers à Mona Hatoum, qui a ce talent de les exprimer sous différents angles et de différentes manières. Emprisonnement dans cette Light sentence en 1992 (réalisée donc avant Homebound) ; dans Quarters en 1996 mais également dans Impenetrable en 2009. Toute impression d'aérien s'estompe laissant place à une incarcération effroyable dans cette structure légère de fils métalliques qui semblent léviter, appelée Light Sentence. Les fils métalliques ne sont en effet que des fils barbelés qui évoquent les grandes prisons célèbres. Mona Hatoum aime tromper le regard et se jouer des intimes sensations. Elle sème le trouble dans tout esprit apaisé par la monotonie et réveille les corps alanguis. Dans ces grandes installations, où elle a recours à des grilles, à la géométrie du cube ainsi qu'à la sérialité, Hatoum peut transformer le cube en une cage et la grille en barrière. Pour elle, Light Sentence utilise la lumière, les ombres et le mouvement afin de déstabiliser l'espace.
L'instabilité du monde a toujours été au centre des préoccupations de l'artiste pluridisciplinaire. Certes, la nostalgie de la Palestine, son pays natal, est évoquée à travers cette grande installation de plus de deux mille carrés de savons originaires de Naplouse, où une carte a été dessinée d'après les accords d'Oslo de 1993 ; à travers une conversation intimiste avec sa mère mais aussi à travers ces douze broderies réalisées par Inaash (2012-2013) et accrochées comme des fenêtres et qui représentent des régions de la Palestine. Mais au-delà de ces problèmes régionaux, Hatoum aime faire un éclairage sur les grands problèmes du monde et qui sont certainement les grands conflits qui génèrent sans cesse l'instabilité. Un grand module de sable avec une grande aiguille rotative, réalisé en 1994 puis en 2004, aplanit puis disperse le sable dans un mouvement rotatoire continu. Plus loin, de grosses billes noires posées au sol traduisent ce même sentiment d'instabilité. Comme une énergie... sombre. Enfin, le regard est attiré à la sortie par cette mappemonde énorme brillant de mille feux rouges. Ces néons qui illuminent les continents réfèrent à ce qu'a appelé Mona Hatoum Hot Spot, une sphère en danger continu et qui ne connaît peut-être jamais (?) la tranquillité.

 

Pour mémoire
Entrer avec Mona Hatoum, puis sortir tout secoué...

Mona Hatoum et Etel Adnan à l'honneur au Mathaf de Doha

Elle marche, marche, Mona Haoum. Comme si elle traversait la planète. Cette artiste aux vies multiples, aux mille fenêtres dans sa tête, avance à grands pas. Elle marche tout comme sa vidéo l'indique alors qu'elle a attaché des Doc Martins à ses pieds nus (symbole à la fois de la police et des Skinheads) et a marché dans les rues de Brixton en 1985 pour participer à une exposition...
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