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Moyen Orient et Monde

Deal problématique entre Washington et Moscou en Syrie

Décryptage

Un accord aurait été approuvé entre les États-Unis et la Russie afin d'éradiquer de manière conjointe
el-Qaëda en Syrie.

04/07/2016

Mais que se passe-t-il dans la tête des Américains ? Depuis le début de l'offensive russe en Syrie, en septembre dernier, les États-Unis semblaient en retrait sur le terrain, en poursuivant toutefois leurs frappes contre le groupe État islamique (EI). Mais aujourd'hui, selon la presse américaine, ils tendent carrément la main aux Russes pour leur proposer une collaboration douteuse aux résultats incertains.

Début juin, Moscou et Washington avaient évoqué une possible coopération contre le Front al-Nosra (la branche syrienne d'el-Qaëda), proposition déjà soutenue par les Russes mi-mai, mais immédiatement rejetée par les Américains. Alors que les négociations de paix sont plus que jamais au point mort, c'est au tour de Washington de relancer cet accord de partenariat visant à éradiquer le groupe terroriste. Les Américains seraient en effet prêts à une coopération militaire accrue avec les Russes contre al-Nosra, et, en contrepartie, Moscou se serait engagé à mettre la pression sur le régime de Bachar el-Assad afin qu'il cesse de bombarder les rebelles soutenus par les Américains. C'est le Washington Post, dans un article intitulé « Obama proposes new military partnership with Russia in Syria », datant du 30 juin, qui rapporte l'information suivante : l'administration Obama aurait transmis un texte d'accord le 27 juin dernier à Moscou, dans lequel elle s'engage à coordonner avec l'aviation russe dans ses opérations de ciblage contre le groupe terroriste. Le président américain, Barack Obama, et le secrétaire d'État, John Kerry, auraient tous deux soutenu ce plan, longtemps souhaité par le président russe Vladimir Poutine.

Faire pression sur Assad

Mais de nombreux officiels américains auraient d'ores et déjà remis en question la fiabilité d'un tel plan. L'ancien ambassadeur en Syrie, Robert Ford, interrogé par le Washington Post, doute fermement de l'intention des Russes de faire pression sur Assad. « Et dans le cas où les Russes auraient déjà mis la pression sur le gouvernement syrien, ils n'auraient obtenu que des résultats minimes », a-t-il déclaré au quotidien américain. Robert Ford met par ailleurs en exergue le fait qu'il est impossible de distinguer clairement les combattants d'al-Nosra des autres combattants appartenant à des groupes rebelles soutenus par les États-Unis, car « ils vivent souvent à côté ». Initialement, le secrétaire d'État à la Défense, Ashton Carter, aurait été contre ce plan, mais il a fini par s'aligner sur la position de son gouvernement. La coopération militaire Washington-Moscou sur le bombardement ciblé soulève au moins trois problématiques. La première concerne l'efficacité d'une telle opération, sachant que ce groupe combat principalement le régime syrien, et qu'en venir à bout viserait donc à renforcer la position d'Assad.

La deuxième concerne la possibilité d'une telle opération alors que tous les experts s'accordent à dire qu'il est extrêmement difficile d'établir une stricte séparation entre les combattants d'al-Nosra et les groupes de l'opposition syrienne. « Les Américains et les Russes ne peuvent battre facilement al-Nosra, car 80 % de ses membres sont syriens et nombreux sont ceux qui le soutiennent », estime un activiste de l'opposition à Alep, qui a souhaité garder l'anonymat. Les combattants de la branche syrienne d'el-Qaëda, qui seraient au nombre de 10 000 selon les dernières estimations du quotidien français Le Monde, en avril 2016, auraient plusieurs fois prêté main-forte à différents groupes rebelles. « Les autres groupes ne peuvent nier l'existence d'al-Nosra. Il y a même une coopération entre ce groupe et d'autres factions rebelles. Mais est-ce que les États-Unis et la Russie vont mettre al-Nosra et l'EI sur le même plan ? » se demande l'activiste.

Daraya sous les bombes

« En bombardant al-Nosra, les Américains et les Russes risquent de tuer des civils par la même occasion et renforceraient la popularité de ce groupe », affirme de son côté un activiste du Conseil local de Daraya, contacté par L'Orient-Le Jour sur Facebook. À Daraya, où 748 barils ont été largués (selon le Conseil local de la ville), par l'aviation du régime sur la ville assiégée depuis près de quatre ans, les habitants ont peu d'espoir que Moscou honore sa part de l'accord, à savoir faire pression sur le régime pour qu'il arrête de bombarder les groupes rebelles soutenus par les États-Unis. Cet exemple met en exergue la troisième problématique : comment faire confiance à Moscou, et donc, par extension, au régime syrien ?

Liwa chouhada el-islam et l'Armée syrienne libre sont les deux groupes d'opposition modérée qui défendent Daraya des assauts du régime et sont tous deux soutenus par Washington. « Peut-être qu'il y aura moins de pression sur nous, mais je n'en suis pas sûr », estime l'activiste, qui relève par ailleurs que l'Onu n'a fait aucun effort pour envoyer un nouveau convoi humanitaire dans la ville affamée. Un premier et unique convoi (depuis le début du siège) avait été reçu le 9 juin dernier. « Seul le régime syrien bombarde Daraya. Mais il est évident qu'il ne le ferait pas sans avoir reçu le feu vert de Moscou », poursuit-il. Moscou avait réussi à faire pression pour que le régime syrien laisse passer des camions humanitaires à Daraya. Mais peut-il réellement pousser M. Assad à cesser de bombarder les groupes qu'il considère comme « terroristes » et qu'il a promis d'éliminer jusqu'au dernier, lors de son dernier discours devant le nouveau Parlement le 7 juin dernier ?
« Pour Moscou et Washington, le problème n'est pas la Syrie. C'est juste une terre où ils mènent une guerre par procuration, estime l'activiste d'Alep. Les États-Unis ont donné la permission à la Russie de faire ce qu'elle veut. Nous n'attendons rien des États-Unis, et je ne pense pas qu'Obama va faire quoi que ce soit. Mais quand la nouvelle administration sera là, j'espère que les choses changeront », conclut-il.


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ERREUR D,APPRECIATION MASTODONTIENNE ! CAR LA NOSRA... AVEC DE LA DIPLOMATIE... EST RECUPERABLE ET ILS SONT DES SYRIENS... TROP DE CONNERIES SONT COMMISES ET PAR LES RUSSES ET PAR LES AMERICAINS... DONT LA CONNIVENCE NE VOGUE PAS AU GRE DES DONNES
SUR LES TERRAINS... MAIS DE LA VODKA ET DU WHISKY CONSOMMES... !

Amère Ri(s)que et péril.

Un article très intéressant, comme on en lit rarement , qui réussit à démêler les cheveux de rastafari.
Enfin quelqu'un qui nous dit que faire la différence entre les wahabites molles et les wahabites dures est extrêmement difficile pour l'administration américaine, qui nous dit que les us fourbes ont enfin reconnu que les russes ont les bonnes options sur le terrain.

J'ai l'impression que pour faire passer la pilule de l'échec yanky , vous avez eu besoin Caroline Hayek de conclure en bottant en touche par cette déclaration d'un "activiste " qui attention le messie d'une nouvelle administration américaine.

Ne pensez vous pas que cette administration nouvelle ne trouverait pas les choses bizarre que vous nous avez relaté encore plus bizarre une fois mise en place ?

Les russes et leurs allies de l'axe de la résistance ne dorment pas non plus .

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