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Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea

Parole, parole ?

Et tout d'abord, je m'inscris en faux contre la lassante rengaine qui consiste à se lamenter en permanence. Pour la bonne raison que la base populaire libanaise est encore incapable de s'imposer sur le terrain. Ainsi, tant que le laisser-faire, la mollesse et le je-m'en-fichisme perdureront, nul n'a le droit de protester de façon oiseuse au prétexte de je ne sais quel désespoir. Diriger une institution ou un État n'est certes pas chose aisée. Et il ne suffit ni de récriminer ni de dénoncer scandales et corruption si, en contrepartie, on ne peut avancer de solution au problème fondamental de notre société, à savoir : le sens civique. Si notre nation s'avère désorganisée à ce point (alors qu'elle dispose depuis un siècle de tous les éléments juridiques, constitutionnels et réglementaires qui fondent une société civilisée), c'est tout simplement parce que les individus qui en font partie restent, au plan de l'éducation civique, au stade de l'infantilisme. Voilà pourquoi le problème numéro un du Liban est la lacune de « l'éducation tout court ». Un héritage lourd de conséquences dans une région où le sens des responsabilités aura été vicié par des siècles d'oppression.
Toutes les révoltes locales dites populaires que le pays connaît ne seraient que feu de paille tant que le Libanais ne prendra pas conscience de son véritable « état de citoyen ». Ce qui explique la parade quasi automatique du repliement de chacun sur sa communauté ethnique ou religieuse, doctrinale et spécifiquement tribale dont il se fait un refuge. Et qui l'oblige à un comportement égoïste débouchant sur un fanatisme obsessionnel indigne du genre humain. D'où la répétition lamentable des mêmes scénarios politiques depuis toujours. Les causes identiques reproduisant d'identiques effets, c'est vers le désordre perpétuel que continuera d'aller notre malheureux pays. Les commodités de la société de consommation n'y changeront rien. Au contraire, c'est dans l'excès de confort et de fausse prospérité – ce qui est typiquement notre cas – que se manifeste davantage le comportement des médiocres. L'ardeur que mettent ces derniers à manier les ustensiles soit de l'information, soit des réjouissances quotidiennes ou même des armes de guerre est la preuve incontestable de la vacuité de leur ego. Si l'éducation ne devait pas y suppléer un jour, la vie au Liban restera en état d'enfer continu.
Il nous faut donc réagir au plus tôt. Avant le manque d'électricité et d'eau, avant les routes à entretenir et les déchets ménagers à balayer, c'est à une réforme en profondeur de tout l'enseignement public et privé qu'il faut procéder. Le ministère de l'Éducation nationale est, à mon sens aujourd'hui, l'office gouvernemental le plus important et le plus gravement exposé. Je sais que nulle réforme ne peut advenir avant l'élection d'une nouvelle Chambre et d'un nouveau président. Mais le point de mire est là sous nos yeux. Chaque Libanais devrait méditer là-dessus s'il tient à sa propre survie publique. Voilà pourquoi, nonobstant les guerres qui dévastent le Moyen-Orient et sans attendre une solution au conflit syrien qui mettra des années à voir le jour, sans espérer aide ou intervention de quelque puissance mondiale que ce soit, il nous incombe d'opérer sans tarder le réajustement de nos institutions.
Or cette idée est dans l'air. Miraculeusement ! En dépit des cris d'Orfraie de soi-disant sourcilleux responsables qui, sous prétexte de veiller à la « lettre » de notre Constitution, n'ont cessé en sous-main d'en violer l'esprit pour d'hypocrites et inavouables raisons. L'idée en avait été lancée dans la rubrique « Opinion » de L'Orient-Le Jour au mois de mars de cette même année, sous le titre « Présidentielles ». Elle fut reprise ensuite par l'ancien président de la Chambre Hussein el-Husseini au cours d'une émission télévisée. Il l'avait lui-même suggérée, affirmait-il, quelque temps auparavant. Les grandes idées, sinon les grands esprits, se retrouvent, dit-on. Hier même, dans une autre interview télévisée, des documents attestant de la même vision des choses ont été divulgués sur le petit écran comme émanant d'une haute autorité religieuse à l'adresse d'un président étranger lui demandant d'en appuyer la réalisation.
Tout cela pour souligner l'urgence d'un processus. Il s'agirait, pour être précis, de « choisir » – encore une fois au nom de la nécessité – un président neutre et provisoire pour une durée bien déterminée. Avec pour mission d'imposer des élections législatives rééquilibrées et de permettre de la sorte l'élection régulière d'un chef d'État, sinon au suffrage universel, du moins de façon parfaitement légale. De grâce, que nous soient épargnées les fausses protestations d'anticonstitutionnalité de la part de tous ceux-là qui l'ont foulée aux pieds.
Se posera alors par la suite la fameuse équation de l'éducation et de l'enseignement et, à travers eux, de l'histoire même du Liban. Il nous faut, en effet, travailler à changer les mentalités. L'être humain, aussi négligé que soit son état d'esprit, reste réceptif à ce qui sonne juste. Ne pas laisser aux nouvelles générations le loisir d'épouser à nouveau les thèmes ringards de leurs géniteurs. Seraient mises à contribution toutes les émissions locales de télévision. Des programmes de débats, d'éducation civique et de critiques positives devront être proposés aux médias afin de promouvoir cette poussée de réformes. Il ne tient qu'à nous de le réaliser et, en conséquence, de savoir aussi comment trier nos élus.
D'aucuns, dans la presse quotidienne, relèvent de temps en temps des faits divers, remettant en valeur certaines créations libanaises dans le domaine scientifique et artistique, et des succès apparus dans le volontariat ou le mécénat. On y parle avec nostalgie de Beyrouth, de nos us et coutumes, des bonnes choses de notre passé. Ce ne sont ni des rêves ni des racontars. Il y a bel et bien un ADN qui sommeille quelque part. Il faut y veiller... et le réveiller. À force de répéter les mêmes souhaits, comme jadis les mensonges dans le système communiste, on finit par convaincre. À plus forte raison si ces souhaits-là sont sincères et justes. Tout être humain véhicule de l'esprit. Et l'esprit est imputrescible. Qu'attend le Libanais pour redonner à sa patrie ce gage minimal d'humanisme et de générosité ?
Ce n'est pas en vivant dans le plus beau climat de la planète qu'il convient de rater son existence. Que cet axiome soit répété sur tous les toits... même si, parfois, nos toits de béton n'étaient que passoires !

Et tout d'abord, je m'inscris en faux contre la lassante rengaine qui consiste à se lamenter en permanence. Pour la bonne raison que la base populaire libanaise est encore incapable de s'imposer sur le terrain. Ainsi, tant que le laisser-faire, la mollesse et le je-m'en-fichisme perdureront, nul n'a le droit de protester de façon oiseuse au prétexte de je ne sais quel désespoir. Diriger une institution ou un État n'est certes pas chose aisée. Et il ne suffit ni de récriminer ni de dénoncer scandales et corruption si, en contrepartie, on ne peut avancer de solution au problème fondamental de notre société, à savoir : le sens civique. Si notre nation s'avère désorganisée à ce point (alors qu'elle dispose depuis un siècle de tous les éléments juridiques, constitutionnels et réglementaires qui fondent une société...
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