Les Britanniques ont choisi de quitter l'UE, un désaveu cinglant pour la construction européenne. Selon les résultats définitifs, 51,9 % des électeurs ont voté pour le Brexit lors du référendum organisé jeudi, marqué par une forte participation (72,2 %). Le vote laisse un pays divisé, avec Londres, l'Écosse et l'Irlande du Nord qui voulaient rester, tandis que le Nord de l'Angleterre ou le pays de Galles ont largement voté pour le « out ».
Entré dans le club européen en 1973, mais voulant surtout y voir un marché unique et non un projet politique, le Royaume-Uni est le premier pays à le quitter en 60 ans de construction européenne. Ignorant les mises en garde du camp du maintien, les Britanniques ont préféré croire aux promesses de reconquête de leur « indépendance » vis-à-vis de Bruxelles, comme à celle d'arrêter l'immigration en provenance de l'UE. « C'est le côté émotionnel qui l'a emporté », a constaté Iain Begg, de la London School of Economics. Leur décision est un terrible désaveu pour une Union déjà affaiblie par la crise des réfugiés et la persistance de la crise économique.
Face au spectre d'une décomposition de l'UE, dirigeants et responsables européens se mobilisent. Les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'Union doivent se réunir dès aujourd'hui à Berlin. La chancelière allemande Angela Merkel a invité lundi à Berlin le président français François Hollande, le président du Conseil européen Donald Tusk et le Premier ministre italien Matteo Renzi, avant un sommet à Bruxelles, mardi et mercredi. Paris et Berlin présenteront aux autres pays européens des solutions pour rendre l'UE « plus efficace », sans se lancer dans « une fuite en avant institutionnelle », a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault.
Une sortie « sans précipitation »
Londres va à présent entrer dans un long tunnel de négociations avec l'UE sur les conditions de sortie, qui pourrait durer jusqu'à deux ans. D'ici là, le Royaume-Uni restera lié par les accords existants. Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé le pays de lancer « dès que possible » cette procédure en se disant « prêts », le FMI insistant pour une transition « en douceur » et le président des États-Unis Barack Obama pour une sortie « sans heurts ».
Le Premier ministre conservateur David Cameron, qui a lancé ce référendum et mené toute la campagne pour un maintien dans l'UE, a quant à lui annoncé sa démission quelques heures après la publication des résultats, dans une brève allocution devant ses bureaux au 10, Downing Street. « Les Britanniques ont pris une décision claire (...). Le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction », a-t-il déclaré, très ému, précisant qu'il resterait en poste jusqu'à l'automne et la désignation d'un nouveau leader par son parti. Il a ajouté qu'il appartiendrait à son successeur de mener la négociation avec l'UE sur le processus de sortie de son pays.
La démission de M. Cameron ouvre la question de sa succession. Le chef de file conservateur de la campagne pro-Brexit Boris Johnson, ancien maire de Londres, semblerait un choix logique. Mais il pourrait se révéler trop clivant pour rassembler un parti et un pays divisés. Sortant de chez lui, il a été hué et injurié par une foule de partisans de l'UE, qui ont même bloqué sa voiture avec leurs vélos.
Dans une déclaration après le vote, Boris Johnson a estimé que la sortie de l'Union européenne devait se faire « sans précipitation ». Le leader du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, autre grand gagnant du référendum, a lui immédiatement appelé à la formation d'un gouvernement pro-Brexit.
(Source : AFP)

