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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Pour un confessionnalisme bien tempéré

Une université italienne se penche désormais sur une question existentielle, celle de la marginalisation des chrétiens du Liban. Ses chercheurs ont relevé des indices troublants comme le rachat de larges propriétés terriennes de « nasaras » par des fonds malintentionnés ou d'origine suspecte. Mais ils font surtout état de l'islamisation de la fonction publique. Attention au grignotage, nous
glisse-t-on!
Comment réfuter les arguments massues qui sonnent le tocsin pour les communautés confessionnelles, autrefois prospères et vibrantes, mais aujourd'hui en voie de
minoration?
Or certains intellectuels, des nostalgiques du nationalisme arabe ou des rescapés de la gauche internationaliste, récusent les craintes irraisonnées des communautés non musulmanes. C'est un faux problème, nous assènent-ils, du moment qu'il ne rentre pas dans leurs catégories idéologiques ou dans leur grille d'interprétation. Ces «effendis» des temps modernes s'élèvent contre l'immonde communautarisme, spécifique à notre pays, et soutiennent mordicus que le laïcisme constitue la recette miracle pour résoudre tous les conflits de l'heure. C'est que leurs convictions jacobines et universalistes sont restées méfiantes à l'égard des particularismes identitaires; alors ils s'attachent à les déconsidérer et à les écarter d'un revers de manche.
S'attacher au système désuet de la «taifiya siassiya al-baghida», ce système politique de partage du gâteau entre diverses communautés religieuses et où la loi n'est pas la même pour tous, constituerait, aux yeux de certains essayistes, le délit de communautarisme. Ainsi, le laïcisme, ce fonds de commerce républicain, demeure le cheval de bataille de certains clercs.

Cette dérive intellectuelle engage la réflexion à deux niveaux :
1 - Rien de plus fallacieux que d'opposer la laïcité au communautarisme ! Et s'il y a une opposition de principe à faire, c'est entre le sécularisme et la protection des minorités, entre l'uniformité citoyenne et le pluralisme culturel, entre la centralisation jacobine et les franchises locales. Après tout, le confessionnalisme politique n'est qu'un instrument, qu'une méthode de gouvernement.
Convenons que toute politique implique domination, et que cette domination doit être régulée pour éviter l'appel aux armes et le recours à la violence. La «taifiya» n'est rien de plus qu'une technique entre autres, un système de partage du pouvoir qui, peu ou prou, sert de garde-fou et régente les relations entre groupes distincts. Certes ladite taifiya est injuste, mais ne prévient-elle pas des injustices autrement plus graves? Rappelons combien le laïcisme a été dévoyé par ceux qui le proclamaient. Saddam Hussein appliquant les théories du Baas laïc a « tikritisé » les fonctions civiles et militaires en Irak. Et, de l'autre côté de la frontière, le régime Assad (une autre version du Baas séculier) a mis les nervis d'une même confession aux commandes du pays. La servilité fut le lot des chiites en Irak et des sunnites en Syrie. Du moins, c'est ainsi que les choses étaient perçues par les administrés.
Le totalitarisme intellectuel des laïcistes peut-il oblitérer la férocité de la guerre libanaise, qui a surpris en son temps plus d'un observateur étranger? Peut-on encore affirmer que les diverses entités constitutives de ce pays ne nourrissent pas des tendances hégémoniques et des instincts grégaires? Or nous savons très bien qu'elles sont encore disposées à commettre des Saint-Barthélemy et des nettoyages ethniques en ville comme en montagne. Nous, Libanais, sommes quelque part des Hutus et des Tutsis. Et ce n'est pas en déclarant que nous sommes tous burundais, citoyens, régis par une unique loi égale pour tous, qu'on résout nos dissensions internes ou qu'on prévient les carnages à venir.
2 - Comme technique de gestion du pluralisme, la taifiya remonte au système des millets sous l'Empire ottoman. Nous n'allons pas verser dans l'essentialisme et nous admettrons, avec l'historien Ussama Makdisi, que le communautarisme est moins un phénomène historique ancestral qu'un discours né à l'intersection entre le colonialisme européen du XIX siècle et la modernisation ottomane, et comme conséquence directe de la construction de l'Autre. La taifiya a vu le jour à un moment donné de l'histoire ; elle est née comme le nationalisme, comme l'État-nation dans sa mouture occidentale et comme les religions monothéistes. Et toutes ces constructions ou superstructures sont condamnées à évoluer, à se réformer ou à dépérir.
Doit-on pour autant faire preuve de patience, dans les siècles des siècles, pour que les choses se tassent et se décantent? Non, car ce
serait confondre temps long et temps immédiat. Quand on parle de temps long, temps qui peut s'étaler sur des décennies et des siècles, on peut affirmer que violence et persécution ne seront, au bout du compte, qu'un fâcheux souvenir. «Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons», dirait Renan. Notre réflexion peut porter sur les décades étalées, mais ce ne sera que du domaine de la réflexion scientifique ou nostalgique. Or nous vivons l'histoire immédiate, et les entités particulières ont tout à fait le droit d'exiger des garanties contre une discrimination qui se profile menaçante. Et l'on doit parer au plus pressé.
Ô cerveaux enfantins, allez raconter vos bobards à de jeunes yazidies réduites à l'esclavage sexuel ! Une belle jambe que ça leur fera, que votre universalisme béat !
Enfin, je citerai Clémentine Autain, une femme politique française, qui s'insurgeait dernièrement en ces termes : «Je n'accepte pas que la laïcité soit instrumentalisée au service d'une chasse aux musulmans» de France. Je lui emboîte le pas en disant que ce serait criminel d'instrumentaliser la laïcité pour priver les entités confessionnelles de leur part réservataire, cette part qui sauvegarde leur droit à participer à la gestion du pays. À ce propos, je rappellerai le testament (al-wasaya) de cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine qui, admonestant les siens, considérait que l'abrogation du système confessionnel réduirait les chrétiens et, par voie de conséquence, liquiderait l'expérience libanaise !
À la foi républicaine des laïcards, je préfère la sagesse des hommes de tradition !

Youssef MOUAWAD

Une université italienne se penche désormais sur une question existentielle, celle de la marginalisation des chrétiens du Liban. Ses chercheurs ont relevé des indices troublants comme le rachat de larges propriétés terriennes de « nasaras » par des fonds malintentionnés ou d'origine suspecte. Mais ils font surtout état de l'islamisation de la fonction publique. Attention au grignotage, nousglisse-t-on!Comment réfuter les arguments massues qui sonnent le tocsin pour les communautés confessionnelles, autrefois prospères et vibrantes, mais aujourd'hui en voie deminoration?Or certains intellectuels, des nostalgiques du nationalisme arabe ou des rescapés de la gauche internationaliste, récusent les craintes irraisonnées des communautés non musulmanes. C'est un faux problème, nous assènent-ils, du moment qu'il ne rentre...
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LA SYRIE ETAIT AVANT LAB GUERRE CIVILE LAIQUE SUR LE PAPIER... CA N,A PAS EMPECHE UNE COMMUNAUTE MINORITAIRE A PRENDRE LE POUVOIR ET GOUVERNER AVEC UNE MAIN DE FER DEPUIS PLUS DE 70 ANS... PLUS SURE LE CONFESSIONNALISME POLITIQUE QUE LA LAICITE PRETENDUE... IL NOUSSOUS MA BYINFA3OU IZA MA BIL NOUFOUS !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

09 h 33, le 22 juin 2016

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Commentaires (1)

  • LA SYRIE ETAIT AVANT LAB GUERRE CIVILE LAIQUE SUR LE PAPIER... CA N,A PAS EMPECHE UNE COMMUNAUTE MINORITAIRE A PRENDRE LE POUVOIR ET GOUVERNER AVEC UNE MAIN DE FER DEPUIS PLUS DE 70 ANS... PLUS SURE LE CONFESSIONNALISME POLITIQUE QUE LA LAICITE PRETENDUE... IL NOUSSOUS MA BYINFA3OU IZA MA BIL NOUFOUS !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 33, le 22 juin 2016

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