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Moyen Orient et Monde

Pour l’Onu, il est faux de dire que l’aide atteint surtout les zones tenues par le régime

Entretien express

Un rapport de l'ONG The Syria Campaign épingle le travail humanitaire de l'Onu, qu'il estime partial. David Swanson, le porte-parole régional sur la crise syrienne de l'OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs – Bureau pour la coordination des affaires humanitaires) de l'Onu, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

17/06/2016

Mercredi matin, un rapport d'une cinquantaine de pages rédigé par l'ONG syrienne basée à Beyrouth The Syria Campaign, et cosigné par plus de 50 associations dont les fameux Casques blancs syriens, a été publié, critiquant avec virulence le travail de l'Onu en Syrie. Si l'ONG précise dès le départ que le Conseil de sécurité et les agences internationales de l'Organisation ne sont pas mis en cause, elle accuse sa branche syrienne de, entre autres, « violer les principes humanitaires » et d'avoir « perdu de vue les valeurs humanitaires vitales d'impartialité, d'indépendance et de neutralité ». Basé sur des entretiens avec des dizaines de membres anciens ou actuels de l'Onu, de travailleurs humanitaires d'autres ONG, ainsi que de nombreux témoins, le rapport affirme notamment que la plupart des aides de l'Onu destinées aux populations dans le besoin à travers la Syrie vont, en réalité et dans leur grande majorité, aux résidents de zones tenues par le régime syrien de Bachar el-Assad.

 

Qu'avez-vous à répondre au rapport de l'ONG The Syria Campaign, cosigné par 55 ONG, et qui critique le rôle de l'Onu en Syrie, ainsi que d'autres organisations comme le Croissant-Rouge arabe syrien ?
Nous sommes ouverts à tout dialogue constructif sur la manière dont les Nations unies peuvent mieux répondre aux besoins du peuple syrien et qui nous permettrait de percevoir comment faire mieux et plus. Mais il faut être très clair sur le fait que les agences humanitaires ne sont pas à blâmer pour le conflit syrien. Il n'y a d'autre alternative qu'une solution politique à cette crise.

 

Le rapport précise qu'en avril 2016, 88 % de l'aide fournie – ainsi que 99 % de celle distribuée en août 2015 – par l'Onu a été destinée aux zones contrôlées par le régime...
Affirmer que le travail humanitaire des Nations unies destiné à aider les populations des régions dans le besoin, contrôlées par le régime ou autres, manque de neutralité ou d'impartialité discrédite l'action des travailleurs humanitaires, nationaux ou internationaux. Nombreux sont ceux qui, parmi ces humanitaires, risquent leur vie chaque jour pour venir en aide aux hommes, femmes et enfants syriens dans le besoin. Comme dans toutes les crises humanitaires, les principes d'impartialité, de neutralité et d'indépendance guident notre travail en Syrie.
Les organisations nationales d'aide humanitaire basées en Syrie continuent de porter assistance aux personnes vulnérables, atteignant plusieurs millions de Syriens chaque mois qui reçoivent une aide vitale. Ces opérations sont internes et transfrontalières, et arrivent à des populations de régions tenues par le régime comme à celles tenues par l'opposition. Par exemple, chaque mois, les Nations unies continuent d'atteindre plus d'un million de Syriens résidant dans des zones tenues par des groupes armés malgré les lignes de front. Cette aide onusienne vient de la Syrie même, ou encore passe par la Turquie, la Jordanie et l'Irak, et elle continue d'augmenter.

 

Les Nations unies peuvent-elles faire plus ? D'un point de vue légal et international, le régime syrien peut-il réellement les empêcher d'atteindre plus de régions assiégées dans le besoin, nuisant encore plus aux civils ?
Chaque mois, nous nourrissons plus de cinq millions de Syriens, sauvant des dizaines de milliers de vies. Est-ce assez ? Non, et c'est précisément pour cette raison que nous persistons à vouloir en faire plus. Nous continuons à lutter pour atteindre chaque homme, femme et enfant dans le besoin.
Malgré le fait que l'Onu a fait et continue de faire face à des obstacles pour accéder aux zones assiégées notamment, la notion selon laquelle son aide humanitaire atteint surtout les personnes résidant dans les zones tenues par le régime est de facto inexacte.
Il n'est pas faisable, ni réaliste d'ailleurs, que des travailleurs humanitaires traversent des lignes de front sans l'assurance préalable et sans l'approbation expresse de toutes les parties du conflit, dont le gouvernement syrien. Sinon, ce serait tout simplement mettre en grave danger tous ceux qui participent aux convois d'aide.
La population syrienne continue de porter le poids de la violence, de l'insécurité et des abus de la part de toutes les parties du conflit, dont les forces du régime, les milices armées et les groupes reconnus comme terroristes, et que la communauté internationale a manqué de mettre en échec.

 

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