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Du venin dans les réseaux

Une France en état d'urgence mais guère à l'abri, pour autant, des coups du terrorisme, à l'heure où elle relève courageusement, malgré les violences des hooligans et l'agitation, le défi de l'Euro. Et une Amérique en pleine campagne présidentielle où le massacre d'Orlando vient apporter de l'eau – fortement mêlée de sang – au moulin de Donald Trump, comme de sa rivale Hillary Clinton. Le premier y voit évidemment une douloureuse confirmation de ses thèses dures concernant l'immigration de musulmans. Pour ne pas être en reste, la candidate démocrate fustige trois royaumes arabes du Golfe accusés de financer les mosquées radicales et trouve dans le massacre d'Orlando un argument de poids dans sa lutte contre la prolifération d'armes individuelles.

En Floride comme dans les Yvelines, ce sont deux terroristes en puissance, deux criminels hautement probables, dûment fichés par la police mais inadéquatement surveillés, qui ont commis leurs horribles forfaits. Ce n'est pas là cependant leur seul point commun. C'est sur Internet que s'est radicalisé Omar Mateen, l'auteur solitaire du Bataclan américain qui, à l'aide de son fusil d'assaut, a fait 49 morts et une soixantaine de blessés dans une boîte gay. Et c'est sur Facebook que Larossi Abballa, égorgeur d'un policier et de sa compagne, a trouvé moyen, peu avant d'être abattu, de s'exhiber triomphalement en selfie, près des corps de ses deux victimes, pour appeler à faire de l'Euro un cimetière. De manière moins dramatique, c'est sur la Toile encore que François Hollande, exprimant sa solidarité avec les familles des victimes d'Orlando, se faisait copieusement épingler hier pour avoir maladroitement défendu le droit de tout un chacun de choisir son orientation sexuelle. Méprisable de stupide cruauté, en revanche, est la cascade de messages électroniques – bien fait pour leurs gueules ! – qui a salué l'hécatombe d'homos dont a été le théâtre le bar Pulse.

C'est dire à quel point tous ces réseaux dits sociaux peuvent s'avérer destructeurs, furieusement antisociaux, quand on en use à mauvais escient, ce qui est souvent le cas de nos jours. Conçus pour tisser des liens de convivialité à travers la planète, ils offrent une tribune inespérée, en termes d'audience, à tout individu pas forcément intelligent mais équipé d'un téléphone qui l'est, lui. C'est là que peuvent être déversés des flots d'outrances et d'inepties, des torrents de haine et d'apologie de la violence, c'est là que le débat vire à l'anathème, la communication à l'excommunication.

Notre microcosme libanais n'avait évidemment aucune chance d'échapper à cet effet pervers, et cela d'autant que l'impunité quasi absolue dont jouit le clavier s'y double d'une pratique abusive de la liberté de presse, dès lors que celle-ci se trouve politiquement engagée. Dans un passé récent, de véritables incitations au crime, propagées sur le papier comme sur les écrans, ont ainsi été lancées contre des personnages publics, sans que la justice s'en émeuve. Plus récemment, les mêmes fractions affichant simultanément, et sans la moindre gêne, militantisme arabe et obédience à la sanguinaire tyrannie syrienne ont orchestré une cabale visant l'écrivain de stature mondiale Amin Maalouf. Et ce sont toujours les mêmes, avec les mêmes moyens, que l'on a vus abreuver d'accusations, et même d'injures, le gouverneur de la Banque du Liban. Qui, en se conformant aux directives américaines relatives aux comptes servant à financer les activités du Hezbollah, a épargné l'option du suicide au secteur bancaire libanais.

On ne fera certes pas à la milice l'insulte de croire qu'elle a pu commander un attentat à la bombe aussi accablant en apparence que celui perpétré dimanche soir contre un grand établissement de la place. Mais n'est-ce pas déjà assez d'avoir planté le décor du crime ?

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Une France en état d'urgence mais guère à l'abri, pour autant, des coups du terrorisme, à l'heure où elle relève courageusement, malgré les violences des hooligans et l'agitation, le défi de l'Euro. Et une Amérique en pleine campagne présidentielle où le massacre d'Orlando vient apporter de l'eau – fortement mêlée de sang – au moulin de Donald Trump, comme de sa rivale Hillary Clinton. Le premier y voit évidemment une douloureuse confirmation de ses thèses dures concernant l'immigration de musulmans. Pour ne pas être en reste, la candidate démocrate fustige trois royaumes arabes du Golfe accusés de financer les mosquées radicales et trouve dans le massacre d'Orlando un argument de poids dans sa lutte contre la prolifération d'armes individuelles.En Floride comme dans les Yvelines, ce sont deux terroristes en...